Julie Bouchard : Vivian Vachon contre le réel : Antiroman :  Éditions de la Pleine Lune : Collection « PLUME » : Troisième trimestre 2026 : 179 pages

Je commence cette chronique avec un lieu commun, ou plutôt une lapalissade. Un livre est bon lorsqu’il est encore meilleur lors des lectures subséquentes qu’il suscite, lectures que l’on fait non pas forcément pour démêler ce qui serait de l’ordre de l’inextricable, mais tout simplement afin de renouveler le plaisir ressenti lors de la première lecture. Évidemment, la découverte de subtilités qui nous avaient d’abord échappé apporte invariablement un surcroît de satisfaction. À l’inverse, plus un livre est moyen, plus il gagne en médiocrité au fil des relectures, à condition bien entendu qu’on ne se refuse pas à lui accorder ces nouvelles chances. Disons-le tout net : le livre de Julie Bouchard appartient à la première catégorie. Nuance, il fait, partie de ces rares ouvrages dont on se réjouit de souligner l’excellence. Soit dit en passant, j’ai lu deux fois Vivian Vachon contre le réel et ne reculerais pas devant l’éventualité d’une troisième lecture.

En fait, s’il faut être absolument honnête, je dois avouer que le début de l’ouvrage m’a plutôt déconcerté. C’est que la chose est audacieuse et rare, elle rompt avec le confort généré par les ouvrages plus traditionnels, les vrais romans, conformes aux grands principes qui ont fait leurs preuves depuis que l’humanité se raconte des histoires, que les conteurs cherchent à captiver et séduire leur auditoire, à l’embobiner dans la spirale de l’action et du drame, du suspens plus vrai que nature, de la fiction donnant l’illusion du réel.

Pour tout dire, sans être rébarbative, la forme utilisée, je dirai inventée, pour raconter l’histoire de Vivian Vachon me semblait de prime abord annoncer du fil à retordre, augurer de complications à venir. Il n’en était rien. Après deux ou trois pages, ce qui aurait pu être compliqué s’avéra plutôt séduisant, intrigant. Certes, ce drôle de roman allait proposer de la complexité, mais cette complexité allait somme toute devenir au fil de la lecture claire comme de l’eau de roche. Enfin ! On aura compris.

Ce n’est pas parce qu’une histoire n’est pas racontée dans l’ordre habituel et consacré  (avec un début qui commence au commencement et non pas un peu partout au milieu de  l’ouvrage ; avec ensuite un déroulement qui s’enchaîne selon une progression propre à la logique narrative usuelle ; puis, avec une fin qui termine l’histoire à la toute fin et non pas au début, au milieu et un peu partout dans l’ouvrage), ce n’est pas, dis-je, parce qu’on procède autrement et de manière originale qu’un récit est forcément désordonné. Le lecteur en a vu d’autres.  Lisant Vivian Vachon contre le réel, il n’abandonnera certainement pas sa lecture en cours de route. Il est le captif d’un piège drôlement bien conçu.

Au début, ce qui l’aura déstabilisé, c’est sans doute la présence de ce qui apparaît comme étant deux narratrices. Tout se passe comme si la narratrice de l’histoire de Vivian Vachon se dédoublait, se regardait écrire dans le miroir de la page. En fait, elle décrit le travail de celle qu’elle appelle la Narratrice. Il y a donc une première narratrice (petit « n ») et une seconde (la Narratrice avec un grand « N »). C’est compliqué ? Pas vraiment.

Mais un tel procédé est-il nécessaire pour raconter l’histoire de Vivian Vachon, la célèbre lutteuse ? Non, assurément, il ne l’est pas si l’idée est tout simplement de faire tenir en quelques pages l’histoire de cette grande championne. De toute évidence, Julie Bouchard n’a pas voulu rédiger une véritable biographie. Elle a fait beaucoup plus que ça.

On l’aura compris, l’auteure a chassé plus d’un lièvre à la fois, a fait d’une pierre deux coups et même plusieurs. Elle a créé une forme littéraire appropriée à son propos, lequel consistait à creuser le réel d’une vie dont une large part, tout particulièrement celle de l’âme, échappe au type de discours que seuls les faits nourrissent. Elle est parvenue au-delà et en deçà des faits, son imagination lui ayant prêté main-forte.

Autre curiosité. La Narratrice, en tant personnage de l’histoire, travaille en présence d’un autre personnage. C’est le « Témoin de l’histoire en cours ». De quelle histoire au juste est-il témoin ? Celle de Vivian ou celle qui parallèlement est racontée par la première narratrice, la narratrice petit « n » qui observe et décrit le travail d’écriture de la Narratrice ainsi que ses rapports et conversations avec ce Témoin qui, avoue-t-elle, sert à « déjouer, eh oui [sa] grande solitude de narratrice » ?

Ce Témoin correspond-il à une sorte de personnage intérieur, un double, une instance psychique équivalant à l’esprit critique ou la conscience créatrice de la Narratrice, pas tout à fait son surmoi, mais une sorte de consultant intérieur, de presque conseiller, de témoin donc de ce qui s’écrit, ange par-dessus l’épaule ? Évidemment, il est difficile de parler ici d’une instance psychique dans la mesure où, tout comme la Narratrice, le Témoin est un personnage qui joue un rôle dans cette histoire, pas dans celle de Vivian, quoique … (il assiste à l’instar de l’Éditeur et de la Narratrice aux funérailles  de la lutteuse qui ont eu lien quelque quarante ans plus tôt alors qu’il n’était peut-être pas encore né !) ; en fait, il est surtout le Témoin de l’élaboration de la forme littéraire qui en vient peu à peu à accueillir la substance de l’existence de la lutteuse.

On jugera que tout cela est très intellectuel, très formel, que peut-être même ce roman se rapproche de ce qu’on appelait naguère le nouveau roman — incidemment, la Narratrice confie avoir un immense faible pour La modification de Michel Butor (coïncidence, le célèbre romancier est décédé comme Vivian un 24 août). Par ailleurs, avec son récit, qu’elle appelle un antiroman, elle conçoit une forme qui se rapproche quelque peu des soties d’André Gide. Oui, tout cela est plus ou moins complexe. Or, il n’en demeure pas moins que ce livre, tout antiroman qu’il soit, se lit comme un roman et, quoiqu’en dise la Narratrice, faisant part à la toute fin d’un certain dépit, elle est loin d’avoir échoué dans sa tentative de placer Vivian tout contre le réel, même si son antiroman est devenu enfin de compte, et ce, malgré elle, un véritable roman … ou presque. Il l’est devenu, car on a fait des pressions sur elle pour qu’il le devienne. L’Éditeur (un personnage qui à la fin refusera de publier son récit) avait des exigences. Il voulait du solide, du ficelé, le respect des balises, le respect des paramètres littéraires les plus sûrs, du spectaculaire ainsi que du sens facile à saisir. D’autres, comme la « Lectrice exemplaire », souhaitaient une « Quête existentielle » ; on lui réclamait du « Mystère », de « l’Élévation ». Elle croit avoir cédé à ces pressions. À tout le moins, confesse-t-elle, elle aura cédé « à la loi du réel. Ce réel qui finit toujours par nous rabattre vers lui, vers le prochain fragment, vers une possible conclusion. »

Si la Narratrice a failli à la tâche (mais, rassurons-nous, il n’en est rien), que penser de cette chronique ? Elle est malheureusement en train de donner une impression que j’aurais souhaité ne pas donner. L’impression que cet antiroman s’adresse uniquement à des férus de littérature, des durs de durs, intellectuels amateurs d’illisibilité, de cheveux coupés en quatre. L’impression qu’il est fort peu question de Vivian Vachon dans ce drôle de roman. L’impression que la vive intelligence de l’auteure finit par semer lecteurs et lectrices dans la brume. Bien entendu, ce n’est pas le cas. Oui, c’est très littéraire. La narratrice cite plusieurs auteurs, dont évidemment Roland Barthes, l’auteur du « Monde où l’on catche », paru dans Mythologies. Mais, ses citations sont toutes éclairantes, toujours étroitement en lien avec son propos, propos qui est souvent grave (la mort est un thème que l’auteure ne traite pas à la légère : son récit est émaillé de réflexions pertinentes, quoique jamais lourdes, sur la mort et maints autres sujets plus ou moins métaphysiques), propos également souriant (la finesse de l’humour de Julie Bouchard opère à merveille : on fait plus que sourire en lisant Vivian Vachon contre le réel, on rit d’un bon rire sonore, et ce, à plusieurs reprises).

Oui, je le répète, cela est très littéraire. À commencer par l’écriture. La quatrième n’hésite pas à souligner « une éblouissante maîtrise de la langue ». J’ajoute et répète que Julie Bouchard a trouvé la forme parfaite pour faire revivre et mourir l’héroïne de son récit.

Cet antiroman tient tout à fait compte du réel. Il nous permet d’entrer dans le monde de la lutte. L’auteure a mené un véritable travail d’enquête et de recherche, de reporter, voire de sociologue et d’historienne. Elle restitue de manière convaincante le climat de la seconde moitié du vingtième siècle. En relatant les circonstances de la mort de Vivian Vachon, elle donne de la chair aux documents qu’elle a scrutés à la loupe. Ainsi redonne-t-elle vie aux personnes qui en ont été témoins du drame, aux policiers appelés sur les lieux, ainsi qu’aux les responsables de l’accident dont elle dresse un portrait saisissant de réalisme : il s’agit de deux jeunes fortement alcoolisés roulant à toute allure sur une petite route de campagne percutant finalement la voiture de la championne.

Qui plus est, grâce à sa sensibilité et sa vive imagination, la romancière a recréé de toutes pièces, on l’aura compris, une Vivian Vachon très proche de son modèle, de sorte que l’intériorité du personnage, pour réinventée qu’elle soit, ne nous est pas étrangère. L’avant-dire est clair sur ce point, qui annonce que les lecteurs s’apprêtent à nager en pleine fiction, ou presque : « Ce livre s’empare audacieusement du réel, qu’il détourne, déforme ou trahit au besoin. La plupart des situations, des dialogues et des personnages qui le traversent — jusqu’à la couleur du ciel du 24 août 1991 — ont été retouchés afin de servir pleinement le récit. Toute ressemblance excessive entre ces pages et la réalité devrait être interprétée comme un simple défaut d’invention. »

De manière à mettre le titre en valeur, je regroupe ci-dessous quelques passages qui aident à en percevoir la teneur.

Page 47 : « Il ne me reste donc plus que René à faire entrer dans l’affaire avant la fin de la première partie, ainsi qu’une dernière silhouette à convoquer, que je n’arrive toujours pas à placer contre le réel. » C’est moi qui souligne.

Page 97 : Énumérant la liste des lutteuses formées par la célèbre Fabulous Moolah, la Narratrice rappelle au Témoin qu’il n’en connaissait aucune avant de s’embarquer « dans cette affaire de lutte contre le réel ».

Page 113 : « C’est compliqué, plein d’humains adossés au réel, qui luttent pour rester en vie. »

Page 116 : « Tu vois, dit-elle ? J’ai placé Vivian Vachon, en personnage principal, contre ce réel : en lui inventant une vie qui n’est pas tout à fait la sienne ; en lui offrant une mort mémorable. »

Page 127 : Au début de la troisième partie, dans le but de clarifier ce que l’on doit entendre par antiroman, la Narratrice offre une définition du préfixe « anti ». « Anti : préfixe d’origine grecque signifiant « contre », « opposé à » ou « à revers ». On l’utilise pour créer des mots qui expriment une idée de résistance à une pratique, à une personne, à une forme. »  

« Contre » équivaut à « anti ». Vivian Vachon luttait, on l’aura compris, contre le réel. 

Comme en témoignent ces dernières citations, le travail d’un écrivain qui par le biais d’un antiroman s’attaque au réel consiste à recourir à l’imaginaire et à la fiction afin de placer ses personnages sur fond de réalité : tout contre le réel. Ainsi, le « contre » du titre peut-il avoir au moins deux significations. La première est relative à la place accordée à la lutteuse dans la fiction : elle est placée tout contre le réel, elle est adossée au réel. La seconde signification, comme mentionné précédemment, a trait à la lutte qu’elle aura menée pour vaincre la réalité que lui offrait le destin. Elle aura lutté comme tous ces autres humains « adossés au réel, qui luttent pour rester en vie. »

Mikhaïl Gorbatchev, l’ancien secrétaire général du Parti communiste de l’URSS, traverse cet antiroman, tel une espèce de motif structurant, telle une des quelques « tiges d’acier » auxquelles recourt l’auteure afin de bien ficeler et consolider son ouvrage, sa forme autant que son propos, — les détails chez Julie Bouchard ayant tous leur utilité — : le destin de ce chef d’État se trouve lié à celui de la lutteuse : « Et vos deux destins n’auraient pas dû se croiser, trente-cinq ans plus tard, par une pure fantaisie de narratrice, au gré des coïncidences, dans un roman devenu anti, qui lutte contre le réel, depuis 20 h 20, sans qu’aucun arbitre ne daigne lever, en signe de victoire, le bras du vainqueur. »

Lever le bras en signe de victoire ! Mais, vous, moi, le lecteur et la « fameuse Lectrice exemplaire » à qui réfère à quelques reprises la Narratice, ne sommes-nous pas tous une personne en bonne position pour éventuellement arbitrer la performance littéraire d’un romancier ou d’une romancière, voire ici, d’une anti-romancière ? Chose certaine, je suis persuadé qu’il s’en trouvera plusieurs parmi nous pour lever le bras de Julie Bouchard après avoir refermé ce livre. À l’instar de Vivian Vachon, cette écrivaine est une championne. Elle remporte haut la main le combat contre le réel qu’elle a livré afin de raconter l’histoire de Vivian Vachon.

Mais ce n’est pas tout. Une étonnante surprise arrive à la page 177, la page  

dite des Salutations, celle où, une fois son travail terminé, la romancière, l’anti-romancière, remercie entre autres ses « Éditeurs estimés, qui ont laissé toute liberté à la Narratrice. »

On tirera ce qu’on voudra de ce dernier remerciement. Je me bornerai pour ma part à sourire une fois de plus en remerciant moi aussi les éditeurs d’avoir accordé autant de liberté à la « Narratrice ». Et puisque c’est l’heure des remerciements, remercions surtout cette dernière. Qu’on se le tienne pour dit : Julie Bouchard a produit une œuvre exceptionnelle.

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

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