Mathieu Simoneau : Des longueurs dans le crépuscule : Le Noroît : 2023, 85 pages

La démarche de l’auteur me paraît remarquable, tant par sa rigueur que par sa cohérence. La mesure impeccable de son phrasé libère une pensée qu’on prend plaisir à saisir, quand bien même sa gravité préoccupe.

La fantaisie dont Mathieu Simoneau fait preuve çà et là n’a rien de gratuit ; l’idée de jouer avec les mots ne la suscite pas. Ici, tout est sérieux. Bien que le vers soit quasi transparent, des mots y font énigme. Lorsque le poète fait vibrer les cordes de sa lyre, il faut laisser à la lecture un certain temps de silence afin que puisse se faire entendre pleinement leur résonance.

À la fin de son recueil, le poète fera une confession, une certaine profession de foi. Elle aura trait à sa poétique. Il avouera ne pas chercher à émouvoir. Il écrit : « je chasse toute intention / de placer la flèche au cœur de la cible // l’œil à atteindre est invisible / et le sens du vent / trop subtil / pour être pris par la bride ». Ainsi en va-t‑il du sens des poèmes, trop subtil pour qu’on s’acharne à l’enfermer dans les limites étroites de l’interprétation.

Et si, plutôt que de gloser à leur sujet, on se bornait à mettre en évidence la beauté de ces poèmes ? Assurément, cela semblerait court. Or, s’ils sont beaux, pourquoi mettre leur luminosité sous le boisseau ? J’en citerais volontiers des dizaines. Du reste, leur beauté formelle est indissociable de leur sens, dont celui qui préside à l’élaboration et à la poursuite de tout ce travail d’écriture. La démarche du poète est au cœur de son œuvre. Elle en assure les battements.

Mais que fait donc Simoneau à travers ce recueil ? Bien malin qui répondra qu’il s’adonne à faire « des longueurs dans le crépuscule ». Contrairement à Baudelaire qui, dans « Le soleil », se disant en quête de rimes, s’exerce seul à sa « fantasque escrime », Simoneau entreprend avec ses poèmes de traverser l’espace, non pour s’exercer, mais bien parce que justement il a pour but d’atteindre le soleil au bout de l’horizon.

Le soleil. Voilà le maître-mot ici. Dans « Le coucher du soleil romantique », Baudelaire écrit qu’il « poursui[t] en vain le Dieu qui se retire ». Qu’en est-il chez Simoneau ? Son recueil fraie-t-il avec une quelconque métaphysique ? Il pose en tout cas la question du sens de la vie. L’auteur sait que ce sens n’est pas « cet enchaînement de livres / qui mangeront la poussière en leur temps » ; il se situe plutôt dans « cet élan de paix / qui me prend / quand je rêve / et reconnais / le nid que le soleil s’est fait en moi ».

Dans cet excellent recueil, le poète « noie en pensée le monde / sous une verdure inextricable ». Il est étonnant de voir à quel point l’homme s’y trouve ramené à des proportions pour ainsi dire naturelles. Les erreurs consécutives à son règne sont évoquées : « pourquoi le monde / n’est-il qu’une tôle froissée / qui perdure à mon oreille ». Au rang des espèces, l’homme se retrouve dans une position de quasi-vassalité. Il n’est qu’une herbe parmi tant d’autres. De même qu’ici les arbres sont personnifiés, éprouvent des sentiments et profèrent des paroles, le poète se végétalise : « j’aimerais parler arbre ». Il entend « dans [s]es gènes / des brassages de fougères ». C’est là une manière de correspondance suprême, de parfaite adéquation entre les différents univers où se meuvent « une femme verdoyante » et un homme né « d’un arbre qui avait tout vu ».

Publié dans le numéro 172 du magazine Nuit blanche, 2023|

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

2 réflexions sur « Mathieu Simoneau : Des longueurs dans le crépuscule : Le Noroît : 2023, 85 pages »

  1. Coucou Daniel, Voici le vrai Mathieu que je connais 🙂 Mathieu Simoneau | Les voix de la poésie

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    bisous

    Nora AtallaPoète, romancière et nouvelliste Vice-présidente+1 438 881-6672 (cellulaire) +1 438 807-3560 (tél. IP) Artistede l’année dans la Capitale-Nationale 2023 (CALQ) Prix d’Excellence 2023 – Institut Canadien de Québec http://fr.wikipedia.org/wiki/Nora_Atalla Poète, éditions Mains libresRomancière, nouvelliste, éditions de la Pleine lunePoète, éditions Écrits des Forges

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