Robert Lévesque : Déambulations : Essais : Boréal : Collection « Papiers collés », 2024, 144 pages

Où va-t-il ? Le sait-il seulement ?…

Ces questions figurent dans Errances narratives, un curieux essai, non moins singulier que tous les autres contenus dans cet ouvrage. On marche beaucoup chez Lévesque. On marche en sa compagnie, avec des écrivains et des écrivaines, ainsi qu’avec des personnages de leurs œuvres, qui eux-mêmes sont des randonneurs, des promeneurs. Si, comme nous l’apprend l’essayiste, avant d’écrire un roman, Echenoz sort de chez lui pour parcourir la ville à la recherche de l’inspiration, c’est parce que, comme le déclare Lévesque au début de l’essai qu’il lui consacre, « Avant d’écrire, il faut marcher. »

Un romancier, un écrivain, comme un lecteur qui du reste ignore où le conduira sa lecture, bien souvent ne sait pas tout à fait où il va. Certes, lecteurs et écrivains partent à l’aventure. Chez Lévesque, les voyages sont multiples, qui combinent à la fois lecture et écriture. Cet auteur me fait quelque peu songer au narrateur de Mercier et Camier, un roman de Beckett inédit de son vivant. Dans Larghissimo, l’essai qu’il réserve à ce roman, Lévesque précise que ce narrateur est « le plus discret des narrateurs », qu’il est un « tiers ». Ce n’est pas que notre essayiste soit franchement discret, mais comme tiers il occupe une position centrale et essentielle, il s’efface quelque peu devant les œuvres qu’il commente pour le plus grand profit de ses propres lecteurs, lecteurs qu’il prend bien soin d’intégrer à ses déambulations, s’adressant à eux, les prenant à témoin : « et là encore j’vous dit pas tout » « mais rassurons-nous et ne craignons rien, chère fratrie lectrice : ce roman, aussi malaisément mis en marche que ça puisse paraître, va bel et bien s’écrire, il est paru chez Minuit en 2020 et je l’ai lu, le titre en est Vie de Gérard Fulmard ».

Les quatorze essais au menu de Déambulations offrent un divertissement de haut niveau. On pourrait à leur sujet reprendre les mots que Gilles Archambault adresse dans une lettre posthume à son ami Jacques Brault. Cette missive se trouve dans Au bout du chemin, un recueil de lettres dans lequel des proches, des amis, des collègues évoquent la figure et l’œuvre du poète de Moments fragiles. Je reprends ses mots qui décrivent à merveille l’attitude de Robert Lévesque : « Jacques réussissait comme personne à parler des livres et de leurs auteurs, et ce, sans recours aux formulations absconses dont l’époque se régalait. Rien de ce qu’on appelle de façon si légère la vulgarisation. Il n’était pas rare non plus que Jacques parvienne à me faire découvrir chez des écrivains que je croyais connaître des aspects pour moi tout à fait inédits. »

S’il ne s’agit pas chez lui de vulgarisation, si son profil est plus ou moins celui de l’écrivain pour écrivains, on aurait tort de croire que ses essais ont quoi que ce soit de rébarbatif. Il m’est avis qu’ils s’adressent à un public assez large, du moins à la fraction du public lecteur qui recherche non seulement le divertissement, mais se montre également curieux de découvertes, bref qui aime s’instruire tout en se distrayant. Savante sans ostentation, flirtant à l’occasion avec le registre familier, l’écriture raffinée de Lévesque présente ici et là une apparente désinvolture, apparence due en partie au recours occasionnel à l’argot d’outremer. À dire vrai, cette écriture n’a rien de négligé, au contraire, tout ici est solidement ficelé, maîtrisé, l’auteur exerçant un contrôle minutieux sur ses écrits : la moindre virgule y est soignée bien que l’auteur n’appartienne pas à l’espèce des puristes.

Ses déambulations seraient des relectures. C’est ce que nous apprend la quatrième de couverture de l’ouvrage. Relectures. Qu’entend-on exactement par ce terme ?  Oui, mais d’abord, qu’est-ce qu’une lecture ? Lire, c’est parcourir, traverser un ouvrage, comme on traverse un paysage, un océan. Lire dans certains cas se fait à la vitesse de l’éclair, comme on parcourt de nuit un paysage en roulant à vive allure et sans discerner ses particularités. Mais lire vraiment se fait surtout à pas lent, en prenant le temps de s’imprégner du moindre brin d’herbe s’offrant à notre vue, comme Brault le faisait avant de parvenir au bout de son chemin. Les relectures de Lévesque sont de cet ordre. Sont des lectures appliquées, amoureuses. Ses pérégrinations se font un peu en terre québécoise (il évoque des figures comme celle du romancier Poulin, dédie l’un de ses essais à Marie-Claire Blais) ; elles le conduisent surtout dans la vieille Europe, sur le territoire français, en Russie, en Angleterre, ailleurs aussi. Il s’attarde à des œuvres neuves, à de plus anciennes, celles du vingtième siècle principalement. Il n’est pas snob pour deux sous. Il a renoué récemment avec Simenon, plongeant dans une bonne trentaine de ses titres « enfilés en un mois et demi durant la pandémie » — on ne boude pas son plaisir ; du reste, Gide n’affirmait-il pas que Simenon était le plus grand des écrivains français de son temps ? Boutade ? Allez savoir.

On aura compris que les essais de Lévesque, qui n’a pourtant rien du mauvais élève, s’éloignent du modèle scolaire. Ils semblent produits par un professeur ayant choisi de fréquenter pour un temps l’école buissonnière. Celui qui rédige Déambulations, tout féru qu’il est de littérature, a décidé de prendre la clef des champs, il n’évoque pas ses lectures en adoptant le ton et la manière des doctes. En lisant ses écrits, on découvre presque un nouveau genre littéraire. Il pratique une forme de critique fort peu conventionnelle, du moins m’est-il rarement arrivé de lire de tels ouvrages, animés principalement, me semble-t-il, par l’amour de la lecture et rédigés avec le souci d’honorer les livres tout en leur réservant, et ceci me paraît capital, un traitement lui-même résolument littéraire.

Je souhaite examiner la manière de l’auteur. Pour ce faire, je choisis de m’arrêter un moment à l’extrait suivant. il se trouve dans Errances narratives.

Dans la rue, vos membres répondent vite à la liberté inespérée qu’on vient de leur procurer, ils ont comme acquis une mobilité inhabituelle et voilà que vous marchez à grands pas et que vous vous mettez quasiment à courir tout au long des rues. Votre famille quittée s’abîme dans le néant. Vous aviez, et cela vous rassure, le pouvoir, plus encore que le besoin, de provoquer et de supporter le changement le plus soudain.

L’usage de guillemets, règle générale, établit dans un texte une coupure, mettant en vis-à-vis, distincts l’un de l’autre, l’extrait cité et le texte dans lequel il se voit insérer. En adoptant l’italique plutôt que les guillemets, Lévesque fond deux discours en un seul. Il présente un tout, crée un amalgame. Il évite par ce procédé de voir son écrit assimilé au compte-rendu de type informatif ou au commentaire critique, et fait ainsi basculer son texte du côté de la création littéraire, car, en effet, de nombreux essais contenus dans ce recueil sont en fait des narrations, l’auteur reprenant à son compte les récits dont il semble faire le résumé ou dont il présente plutôt une nouvelle version. Il s’agit alors d’un genre de translation. De même, un peintre au musée peut, sans chercher à le reproduire trait pour trait, s’installer devant un tableau afin d’en restituer fidèlement, quoique librement, l’essence.

Par ailleurs, en intégrant sans recourir aux guillemets les écrits des auteurs dont il présente les œuvres, en usant seulement de l’italique, manière d’atténuation, il produit un texte qui, en raison de l’effet de continuité, se présente comme émanant de sa seule voix. C’est Lévesque que nous lisons, et les pièces rapportées, collées si l’on peut dire, finissent par faire partie intégrante de son œuvre — le terme n’est pas trop fort.

C’est la manière qu’il a trouvée pour se faire l’intermédiaire, l’entremetteur de lecture qu’il est.  Il produit une œuvre autonome, quoique liée à sa source, mais autonome en cela qu’elle est complète en soi. Elle occupe cette position entre l’œuvre mère et les lecteurs, « accompagnateurs invisibles », à qui Lévesque la présente. Il rédige des sortes d’adaptations. Il adopte les œuvres, les fait siennes, les materne, leur redonne vie. Songeons aux créateurs qui dans d’autres domaines procèdent à peu près de la même manière. Des bédéistes transposent des romans, en font des bandes dessinées. Des scénaristes puisent leur matériau chez les romanciers, les nouvellistes et les dramaturges. Pour le cinéma et la télévision, on produit des œuvres qui dérivent de leurs travaux. Toutefois, avec les adaptations, comme le remarque Lévesque, on peut manquer son coup : « Dans L’angoisse du gardien de but au moment du penalty, dont Wenders a tiré un film raté (preuve que comme celles de Proust ou de Céline, on ne peut adapter au cinéma l’œuvre de Handke ». Cela étant dit, il va sans dire que Lévesque évite de tels écueils. Il ramène dans son cabinet de lecture, puis sur sa table de travail, certaines œuvres d’Hugo, de Tchekhov, Beckett, etc. Il met ses pas dans les traces laissées dans leurs déambulations et autres errances par les Gertrude Stein, Walter Benjamin, Echenoz et d’autres encore.

Un critique littéraire, quelle que soit sa méthode, joue le rôle d’un médiateur. Cicerone, il conduit à une œuvre de nouveaux lecteurs ou les y ramène si déjà ils la connaissaient, les y engageant plus à fond, leur faisant découvrir, comme le souligne Archambault à propos de Brault, des aspects tout à fait inédits. 

Dans le court chapitre intitulé Errances narratives, notre écrivain, à nouveau au sommet de son art, propose trois morceaux, des fragments de fragments, encore une fois des reprises de récits dont il prélève de manière fort à propos les déambulations qu’ils contiennent. On ne le sait pas encore, car, comme avec la plupart de ses autres essais, ce n’est qu’à la fin du volume qu’on retrouvera dans la section bibliographique les traces des « originaux », les références des écrits à partir desquels Lévesque produit les brefs récits que contient Errances narratives. Comme dans presque tous les chapitres, et le premier déjà en était la parfaite illustration, nous sommes projetés en terrain vague, je veux dire en terre inconnue ; à moins de posséder le bagage littéraire de l’auteur, ne serait-ce qu’en partie, on risque d’ignorer, par exemple dans le premier chapitre que le déambulateur se nomme Hugo. Bien entendu, des indices dans ce dernier cas sont progressivement donnés qui finissent par mettre la puce à l’oreille pour qui aurait besoin que des points soient mis sur les i.

Dans Errances narratives, dès la deuxième ligne est mentionnée le lieu où se situe la déambulation. Il s’agit « d’une vieille ville de la Mitteleuropa ». Bon, milieu de l’Europe, si on ne savait pas. Dans le dernier morceau, il est fait mention de la ville de Prague. En conclusion de ce microrécit, il nous est dit que « ce promeneur solitaire, ce serait un Tchèque peut-être … » Ah ! se dit-on, Lévesque ressuscite sans doute ici le plus célèbre des écrivains praguois. Kundera ? Non, Kafka, ce que vient confirmer la bibliographie à la fin du volume.

Le lien entre ses trois petits récits est évidemment la déambulation, trait commun à l’ensemble de l’ouvrage. Ce fil conducteur est en soi très intéressant ; on le voit, l’auteur a de la suite dans les idées. Ses nombreuses lectures l’ont mis en présence d’un nombre impressionnant de récits et de faits vécus par des écrivains qui ont pratiqué la marche ou y ont été contraints, comme Benjamin qui, tentant de fuir « l’horreur nazie », entreprit de traverser la frontière pour passer en Espagne. Ce qui me fascine, le mot n’est pas trop fort, c’est que Lévesque parvient à écrire avec ces Errances narratives, ainsi que dans la plupart des autres chapitres de son livre, un texte qui, je me répète, possède en lui-même une grande valeur littéraire. Les trois fragments de fragments de ce chapitre forment un texte évocateur, quelque peu étrange, énigmatique. La réunion de ce petit trio donne à rêver. On pourrait presque parler de petits poèmes en prose et, tant les liens sont serrés qui les unissent, on pourrait avancer qu’il s’agit d’un triptyque.

Valéry consacra un des essais de Variété à Victor Hugo, l’écrivain avec lequel Lévesque ouvre magnifiquement son propre recueil. Le titre donné par Valéry à son essai est Victor Hugo, créateur par la forme. Voilà qui justement décrit très bien le travail de Lévesque, sa grande originalité. Oui, je sais, on n’invente jamais rien et Lévesque est sans doute redevable d’auteurs que je ne fréquente pas. Il n’en demeure pas moins que ses écrits brillent par un souci de construction qui fait de certaines de ses pièces des ouvrages de très fine horlogerie. Son Hugo impressionne. Il est constitué de trois déambulations qui prennent le poète des Choses vues à trois périodes de sa vie. Leur arrimage dans le texte de Lévesque est sans défaut. Elles se suivent en offrant un saisissant portrait du poète des Contemplations. Enfin ! Je ne possède pas les outils qui permettraient de rendre vraiment compte du travail entrepris ici par Lévesque. Des études plus savantes pourraient et devraient être consacrées à sa manière, laquelle donne lieu à d’autres types de composition dans les autres essais.

On le sait, de brillantes constructions, de complexes architectures textuelles ne recouvrent parfois que du vide. On aura compris que Lévesque n’est pas homme à discourir pour ne rien dire. J’ai mentionné qu’on s’instruit en le lisant, j’ai omis de dire à quel point on s’amuse. Nos prunelles scintillent lorsque nous tombons sur les perles qui se glissent sous la plume de cet auteur. Par exemple, lorsque, parlant de Hugo, il mentionne que ce père attentif « sera un grand-père dans toutes les règles de l’art. » Ou lorsqu’il écrit que Gertrude Stein « arrosera ses roses, ses roses, ses roses … » Voilà de petits bijoux d’intertextualité. Il s’en trouve pour notre plaisir de nombreux autres dans cet ouvrage. Ces allusions, ces brefs emprunts sont des clins d’œil au lecteur qui, s’il ne les perçoit pas, passe son chemin non plus uniquement pour aller s’amuser plus loin, mais aussi pour éprouver de belles émotions lorsque Lévesque évoque la fin touchante de Benjamin ainsi que celle de Robert Walter.

Cicerone, le critique littéraire, quelle que soit sa méthode, joue le rôle d’un passeur. Il conduit à une œuvre de nouveaux lecteurs ou les y ramène si déjà ils la connaissaient, les y engageant cette fois plus à fond, leur faisant découvrir, comme le souligne Archambault à propos de Brault, des aspects de l’œuvre tout à fait inédits. J’aurais voulu mieux expliquer combien Lévesque opte pour une méthode à ce point singulière. Valéry parlait de « l’amateur de poèmes », tenant en haute estime qui fréquente la poésie. « Amateur de poèmes » englobait chez lui jusqu’aux plus grands poètes. Ce titre renvoyait à la passion amoureuse que certains vouent à la poésie. En fin connaisseur, Lévesque hante tous les coins et recoins de l’espace littéraire. On fait avec lui le tour du monde. Amateur pour le désigner ne serait qu’un pauvre euphémisme. Appliqué à cet essayiste, ce mot tamise une érudition peu commune. Quant au terme de critique, il convient à la condition de ne pas masquer son véritable visage d’écrivain.

Pour terminer en beauté, j’emprunte à l’auteur les derniers mots du chapitre qu’il consacre à Thomas Bernhard et Peter Handke. Il y est question de l’essai que ce dernier écrivit sur le monde du juke-box. On peut l’appliquer au livre de Robert Lévesque.  

Cet essai […] n’a pas été qu’écrit par lui, il a d’abord été imaginé, pensé, marché, avant qu’il le laisse à lire au lecteur, au promeneur suivant …

L’écrivain est un passeur

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

3 réflexions sur « Robert Lévesque : Déambulations : Essais : Boréal : Collection « Papiers collés », 2024, 144 pages »

  1. J’ose voir une belle «parenté» entre ce livre de Lévesque et tes «petites études».

    Il me semble, que chacun de façon différente, vous parlez amoureusement des oeuvres et des auteurs que vous lisez en nous faisant découvrir des facettes insoupçonnées grâce à votre sensibilité et érudition uniques.

    Comme Lévesque, tu fais souvent corps avec l’ouvrage que tu explores pour nous.

    Partages-tu quelque peu cette perception, Daniel?

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    1. Cher Laurent,
      Oui, tu dis vrai, mais il y a de grosses différences entre son livre et ce que je fais paraître sur mon blogue.
      D’abord, en ce qui a trait à l’amour des livres, eh bien, lui dans son livre parle, en effet, de livres qui l’ont profondément marqué et, oui, il les aime. Son rapport aux livres est profond, ils sont pour lui vitaux. De mon côté, je poursuis un autre but. Je tente de comprendre les livres dont je parle, peu importe que je les aime modérément ou énormément. Je cherche à en donner des descriptions qui soient fidèles. Je veux aussi faire connaître ces livres. Je sais trop la tristesse des auteurs et autrices qui, ayant publié un ouvrage, n’entendent à son sujet qu’un silence chargé d’indifférence. Notre littérature québécoise, je veux qu’elle soit connue. Évidemment, j’ai adoré le livre de Lévesque. À mes yeux, c’est de la grande littérature.
      Ensuite, je dois souligner une autre différence. Ce monsieur a une connaissance très étendue d’un bassin d’ouvrages plus vaste que celui que j’explore. Je m’en tiens à peu près à la littérature actuelle, et surtout celle d’ici. J’ai peu fréquenté les littératures étrangères. Je connais néanmoins assez bien la Française, peu la contemporaine, davantage celle qui va de la Renaissance aux années 70 du siècle dernier.
      J’admire la plume de Lévesque, et son érudition m’impressionne.

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