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Joël Pourbaix : Les os du paysage : Poésie : Les Éditions Mains libres : 2025 : 126 pages 

Et si nous commencions par la fin ? En lisant le premier des cinq poèmes de l’épilogue.

J’atteins six pieds de profondeur  
percer la croûte terrestre   
mon projet inachevé à huit ans       
je dépose ma tête au fond du trou
j’entends l’os de la roche-mère     
entrouvrir sa chair
des kilomètres de magma 
font méandres nœuds lanières     
nuées ardentes du séisme
les enfants barbouillés de cendre  
s’amusent dans le ventre de la Terre

Je vois une précocité à l’œuvre dans ces vers ; j’y lis un signe avant-coureur manifesté par la curiosité de l’enfant précoce que fut le poète. À huit ans, il amorçait une quête que le désir maintiendrait tout au long de son parcours ; l’ensemble de ce recueil témoigne de sa quête. Ce projet n’avait rien de véritablement enfantin : « percer la croûte terrestre », comme on perce un mystère à force de science et de conscience, de méditation et de poésie. Et cela au gré de pérégrinations entraînant le poète ici et là sur les routes, à l’étranger, chez lui, marchant dans les sentiers et les rues. À la recherche de quoi ? D’un certain bonheur, peut-être ; en tout cas est-il désireux de connaître l’éblouissement inquiet qu’offrent les découvertes pour qui sait ardemment creuser les territoires et hanter les grottes où se révèlent non seulement l’âme de l’humanité, mais également, dans le bouillonnement tellurique de la Terre, les forces d’une création en perpétuel mouvement. Le poète est ici un enfant prenant plaisir « dans le ventre de la Terre ».

Le savoir est source de joie ou d’apaisement. L’angoisse d’ignorer met en branle le processus de la recherche. À certains moments, la vie n’offre rien moins qu’une série de cauchemars. Déposer sa tête au fond du trou, c’est aussi un peu déposer son corps, ses os au creux, au cœur du paysage, pour ne faire qu’un avec la Terre, dans le savoir ultime peut-être que procure la mort. Ce poème qui inaugure la fin du recueil est à l’image des pages qui le précèdent. Il est riche de sens et d’avenues. J’en retiens néanmoins tout principalement l’aspect que je dirais scientifique de la démarche et de l’esprit du poète.

Joël Pourbaix ne manipule pas les mots de manière aléatoire, en leur abandonnant les rênes d’une pensée déréglée. On pourrait le dire cartésien dans son approche et faisant montre de rigueur dans son travail. Cartésien, peut-être pas tout à fait, mais assurément méthodique, ce qui bien entendu n’éteint pas la flamme de l’imagination, mais vise à fixer le verbe à l’intérieur de balises concertées ou, si l’on préfère, dans un cadre solidement conçu. La table des matières de l’ouvrage en témoigne éloquemment, le recueil étant divisé en trois parties de dimensions similaires, comptant environ une trentaine de poèmes chacune, répartis en deux sections.  Suit l’épilogue. Des titres sont donnés aux grandes parties ainsi qu’aux sections. Ce dispositif pourrait n’être qu’une apparence de souci formel, de soin apporté à la composition. Ce ne l’est pas. Il suffit pour s’en convaincre de percer la croûte du recueil, de s’attarder aux poèmes que le poète a déposés dans ses couches, de suivre ses traces sur les chemins où il s’aventure, de pénétrer avec lui dans les temples et les grottes où il descend afin d’y contempler des ossuaires, des signes que la vie laisse derrière elle et devant nous, tant au passé qu’au présent.

C’est un hasard, mais il se trouve qu’alors que me voici plongé dans ce recueil m’arrive par la poste le dernier numéro de la revue Exo planète. Je l’ouvre et y fais maintes découvertes, dont celle d’un texte du poète. Je lis ce qui suit : « Les choses et les êtres naissaient comme des histoires voyageuses recueillies au long de mes promenades avant que je les rassemble au chevet de la lampe. Lire et écrire étaient des actes sacrés, guérisseurs, rapiéçant la solitude, réanimant des voix intérieures, pourvoyeuses de joyeux mystères. » Ces mots m’ont rappelé le précédent recueil de l’auteur. Dans Nous sommes oiseaux, ce dernier nous entraînait dans des explorations entreprises le long de la Rivière-des-Prairies. C’était là des histoires justement voyageuses, des promenades comme il s’en trouve également dans Les os du paysage.

À un voyageur aussi curieux sied bien le titre d’explorateur. Quoi ? Il resterait encore de nos jours des choses à découvrir, des territoires à explorer. Oui. Un terrain vague recèle des secrets. Un entrepôt abandonné en livre tout autant. Un ruisseau révèle sur ses rives des végétations de plus en plus rares. Le poète ouvre les yeux. Quand vient le soir, à la clarté des lampes, le poème accueille dans son antre les marges du monde, celles qu’oblitèrent des passants qui ne voient que le temps passer et non pas ce que l’espace déploie face à leur aveuglement.

Un explorateur est un regardeur. Il contemple et analyse non seulement le monde dans lequel il vit, mais se montre également attentif à son monde intérieur, à la noirceur que le sommeil de ses nuits éclaire dans chacun de ses rêves et surtout dans ceux qui virent au cauchemar.

Le tout premier poème du recueil s’ouvre sur un magnifique paysage, un paysage rêvé, idyllique : « L’air salin d’une mer si bleue / la famille entière et heureuse / des oranges roulent sur le sable ». C’est là une image de bonheur. Mais : « brutalement les images s’affaissent / tu te redresses dans le lit », frappé de plein fouet par la brutalité de la réalité : il y a parallèlement aux joies intimes, dans des ailleurs que le poète n’occulte pas, « des blessés des disparus des morts ». C’est le bruit des explosions lointaines, inaudibles pour qui repose au sein de la paix, qui pourtant a précipité le dormeur en dehors de ses songes. Combien de cadavres ? 2000 ou 200 000. Les chiffres ne font rien à l’affaire, il semblerait que « les nombres ne pèsent rien ». D’autres poèmes suivront qui rediront ce constat : « nous parlons d’un enfer / comme s’il n’existait pas vraiment », « soigneusement l’indifférence / participe à l’effort de guerre ». Nous sommes au cœur de l’infamie, dans la section qui ouvre le recueil et a justement ce mot pour titre : « Infamie ». Un autre poème y décrit une scène de guerre. De dévastation. Dans un appartement dont les murs extérieurs ont peut-être volé en éclats — quoi qu’il en soit c’est tout comme —, un vieillard et sa compagne « dans leur cuisine boivent un dernier thé / main dans la main amoureusement ». Les bombes font entendre leurs coups de tonnerre.

Notre poète a de la suite dans les idées. Sa première salve de poèmes embrasse une même thématique, traite du monde contemporain. Mais aborde également les proches moments de l’histoire où de grandes infamies ont embrasé le monde : en août 1943, les « travaux forcés en Basse-Silésie », à la fin de la Seconde Guerre, Hiroshima, Nagasaki, l’explosion enfin d’une bombe H « sur l’atoll de Bikini ». Tout cela a eu lieu, alors qu’aujourd’hui le pire se produit à nouveau : « tranquillité du chez soi une jolie fiction / sous la dislocation du monde ».

Dans la seconde section, le rêve est toujours présent. Le narrateur est ébranlé. Hanté. « Cette fièvre émiette le troupeau des rêves / je quitte furtivement mes draps ». Le poème s’arrête sur une scène, nous fait pénétrer dans la psyché de l’explorateur. D’autres poèmes semblent ensuite référer à son corps malade. Nous étions au début mis en présence d’un univers dans lequel les sujets « individuels » souffraient au sein d’un mal collectif (la guerre), le chaos maintenant se manifeste à l’intérieur du corps intime. Le poète est dans un « lit sans fond », il est « un tas de sable ». Comme il le dira dans l’épilogue dont nous avons lu le premier poème, il a atteint six pieds de profondeur, il a percé la croûte terrestre et déposé sa tête rêveuse et exploratrice au fond du trou. Il peut se « souvenir de ses rêves » et il en livre quelques-uns, dont celui où « revoici la prairie et son cheval ». Un autre poème fait bientôt apparaître un moine qui « dort dans sa cellule ».

Je ne saurais raconter en détail ce qui se passe dans chaque poème, mais tous sont saisissants, et leur substance est riche et savoureuse. Le réel avec Pourbaix se présente dans toute sa complexité, et pour la saisir et nous la faire saisir, le poète recourt à sa puissante imagination poétique. Ainsi, dans le poème où dort le moine, c’est dans un sursaut qu’au milieu de la nuit il bondit hors de son lit, en proie à l’angoisse, tentant désespérément « d’ouvrir la porte à coups de pied ». Et le poète écrit : « je rêve que je rêve je m’acharne / à ouvrir mes paupières ». Il veut revenir à la vie.

La richesse d’un recueil de poèmes ne se résume pas, surtout lorsque chacun d’eux, isolément, brille, distinct des autres, tout en se rattachant à l’ensemble. J’en veux pour exemple cette seconde section de la première partie. Elle s’intitule « L’incubateur des limbes ». Le rêve la traverse. C’est le fil qui relie les poèmes entre eux. Qui fait converger la variété des poèmes dans un même sens, qui confère à cette section son indéniable cohésion, sa grande unité.

Ce qui est vrai pour cette section s’avère tout aussi vrai pour l’entièreté de l’ouvrage. Il est assez remarquable qu’une telle unité s’accomplisse sans le recours à de nombreuses répétitions, les variations sur les mêmes thèmes étant ici justement de véritables variations. À travers des poèmes toujours subtilement reliés les uns aux autres, le poète parvient d’une section à l’autre à faire avancer son propos de manière vivante. Sa parole est une, jamais figée, toujours en mouvement, tandis que les sauts faisant passer d’un mouvement à l’autre du recueil ne creusent aucun abyme, n’accusent aucune rupture. C’est toujours une même aventure qui se poursuit, que le poète interroge le lit sans fond de son inconscient ou qu’il nous fasse pénétrer dans une cuisine où deux octogénaires se soutiennent l’un l’autre tandis que le monde s’effondre autour d’eux, sorte d’oxymore où la paix niche au sein du tumulte … oui, c’est toujours une même aventure, celle d’un homme qui arpente le monde, promeneur, pèlerin, qui plus jamais ne cache ses « yeux d’enfant », qui entre « dans les abysses du paysage », qui « explore la gravité du monde ». Tel est notre poète, je l’ai mentionné déjà, un arpenteur doublé d’un archéologue sensible aux os du paysage, aux os des paysages défunts, ceux du néolithique et du paléolithique, ceux aussi qui soutiennent de l’intérieur les architectures du monde dans lequel nous évoluons.

Dans ce très beau recueil, excellent à vrai dire, Joël Pourbaix nous entraîne à sa suite dans la grotte de Gargas, nous fait voyager « dans les veines fuligineuses de la terre » : « couché au sol j’écoute / un profond tambour tellurique / lourd de silences dévastés ». À sa suite, nous pénétrons dans l’univers de Cézanne, marchons « dans les carrières de Bibémus », et « allons au plus près de l’intimité des choses ».

Rares sont les recueils aussi prégnants. L’écriture de Pourbaix est maîtrisée, voire savante. Elle est surtout vivante. Elle invite à vivre et à célébrer la vie.

Pauline Michel : Vertiges d’années-lumière : Poésie : L’Harmattan : 2025 : 82 pages

D’abord, ce titre. « Vertiges », au pluriel. Le mot renvoie à une position de hauteur et d’instabilité, de peur aussi bien que d’ivresse. Il exprime également la verticalité. Le concept des « années-lumière » nous propulse quant à lui dans une temporalité pour le moins énigmatique, du moins dans le cadre du présent recueil. Une femme traverse ici les heures que la vie lui impartit, vivant à même le sol terrestre ; or, son âme et sa conscience aspirent à une dimension supérieure de la vie. Elle vit donc au jour le jour ses heures terrestres tout en percevant une espèce d’autre monde, celui justement où le temps n’est pas régi par la physique de notre monde visible. Ainsi la retrouve-t-on dans ses poèmes, affairée à l’entretien de son jardin, soucieuse de son quotidien, apte à recueillir les moments de bonheur que la vie lui offre, ne serait-ce qu’humblement, en cueillant les fleurs généreuses de l’été, en se réchauffant au feu de l’âtre quand vient l’hiver, tout en contemplant paisiblement à travers ses fenêtres les flocons qui voltigent pareils au fin duvet des oiseaux. Ainsi veille-t-elle, et son esprit alors s’élève au-delà de la poussière terrestre, par-delà la poussière des étoiles.

La quatrième de couverture parle avec justesse d’un « voyage poétique aux confins de l’intime et de l’indicible. » L’intime est celui d’une solitude assumée, celui aussi que connaissent les amants, tantôt proches, tantôt prenant leur distance l’un de l’autre. C’est un intime qui fait l’objet de réflexions sur la finitude de l’être et la fragilité des liens qui l’unissent aux autres, qui unissent notamment l’amante à son amant. L’intime, c’est aussi comme dans la traversée du miroir, la démarche personnelle de l’esprit se dégageant des liens, des chaînes le retenant au sol, au terre-à-terre du quotidien, pour lui laisser entrevoir plus largement un espace-temps invisible, indicible. Il s’agit ici d’une autre dimension de la vie que le prosaïsme des jours dissimule derrière sa banalité, que cette banalité soit « ordinaire » ou tragique. Pauline Michel n’élude pas le chaos. Autour de nous et en nous.

Nous sommes étrangers à nous-mêmes, le prologue l’affirme, un poème vers la fin du recueil le confirme : « Socrate a menti / Tu ne te connaîtras jamais toi-même ». Non seulement sommes-nous étrangers à nous-mêmes, mais nous sommes également en fuite. Et le « temps vacille ». La femme apprendra-t-elle avant la fin « à s’habiter, sans peur, sans gêne, sans vertiges, face à un miroir éclaté ? » Oui, elle y parviendra. Elle poursuivra le périple qui de ce miroir éclaté — lui renvoyant l’image d’une femme elle-même brisée —, la conduira à un nouveau miroir qu’elle ne sera désormais plus seule à habiter.

Le recueil est divisé en deux parties. La première s’intitule « Années-lumière », la seconde, « Vertiges ». L’une et l’autre renferment en alternance des poèmes dont l’écriture est « tantôt incandescente, tantôt nue » comme on peut lire sur la quatrième. Une certaine dualité traverse le recueil. Non seulement l’écriture l’affiche-t-elle dans ses envolées lyriques auxquelles succède la retenue dénudée de textes plus simples, mais cette dualité va-t-elle jusqu’à s’incarner dans la personne même de la poétesse. D’entrée de jeu, elle parle de son double. Il y a deux personnes en elle : la femme de la vie ordinaire et celle qui, plus spirituelle, médite et s’élève, se détachant si l’on peut dire de son enveloppe charnelle afin d’entreprendre « une mutation vers l’invisible ».

La dualité, voire le dualisme en ce qui a trait aux concepts, donne lieu à une série de contrastes. La narratrice « navigue » entre « effroi et fascination / chute et envol / trahison et serment ». Les effets de miroirs s’étendent au cosmos : « L’océan en écho au ciel qui s’y plonge / frémit à la surface du monde ». Du reste, on retrouve le phénomène du miroir dans l’écriture elle-même : « Feuillets noircis / doubles de soi-même / à demi calcinés ».  Les contrastes, les oppositions, en cours de route, de cheminement intérieur, en viennent à s’atténuer, à fusionner, à ne faire plus qu’un : « il n’y a plus de frontières », ce dont témoigne « la parenté des pétales et des flammes / des étincelles et des cristaux d’étoiles ». Grâce au « regard vertical », la poétesse redécouvre le « lien entre le cœur de la terre et celui des astres ».

Le « regard vertical » qu’elle évoque n’est pas sans faire songer à la démarche d’un Fernand Ouellette. Certes, le style de la poétesse et celui du poète diffèrent. Celle-ci tient du reste des propos qu’on ne retrouve pas dans les ouvrages du poète ; elle s’adonne à plus de fantaisie, pour ne pas dire de légèreté. Dans ses poèmes où le sacré se manifeste, Pauline Michel, qu’elle ait ou non la foi, exprime des sentiments et des idées que n’aurait pas désavoués le poète de Vers l’embellie. On sait l’importance chez lui du « vertical ». De même, il contresignerait l’idée qui veut que « Modifié dans l’amnésie collective / l’esprit s’est aliéné des splendeurs originelles / Eden perdu dans les débris de civilisations meurtrières ». Je songe à Ouellette aussi lorsque la poétesse évoque les « derniers humains [qui] s’éveillent avec une soif intense / de lait, de miel et de Lumière » et lorsque dans ce même poème — qui s’intitule « Le concerto de l’aube » —, je lis les vers suivants : « Ainsi renaît le concerto de l’aube / de la fissure d’une coquille brisée / par les ailes d’un ange matinal / le sénior ou le seigneur des oiseaux ». Qui lira ce poème y verra à l’œuvre une belle fantaisie non dépourvue de gravité. En effet, cette coquille brisée n’est rien moins que celle du soleil.

La poétesse a vieilli, elle est « au bout de ses heures », la voici en contemplation devant un lever de soleil. Alors, « elle réinvente / l’origine du monde // Un frôlement d’ailes brise la coquille du soleil / cet œuf lumineux lové dans la Voie lactée ». L’aube est également un motif important dans l’œuvre de Ouellette. En fait, force est de constater qu’il existe dans le vaste répertoire des figures et des symboles, ce que l’on pourrait appeler des universaux. La métaphore est comme une étoile filante, elle prend chez les uns et les autres des proportions d’allégories. Dans le langage sacré, l’aube témoigne de l’avènement d’une lumière tantôt métaphysique, tantôt spirituelle. Elle marque à tout le moins un passage, un fort désir d’ouverture. Cette ouverture, sans qu’il soit besoin de s’élever au-dessus de la condition humaine, nous y replonge. Dans la trajectoire qui est celle de Pauline Michel, l’autre est essentiel : « Lorsque la solitude / se fait gisante / au fond du cœur inerte / le présent n’a de sens / que s’il est habité / par un autre / par les autres ». Et : « Entre la cendre et l’encens / le sacré / l’étincelle incandescente du regard de l’autre ».

Enfin, tel que le stipule le dernier vers du recueil, l’ultime réconciliation de soi à soi, de soi tant au monde d’ici qu’au monde de l’intemporel (« nos musiques intérieures / [sont] assoiffées / d’intemporalité »), la réconciliation, dis-je, ne peut se réaliser que grâce à la présence de l’autre : la poétesse envisage la possibilité « de voir les autres en moi / sans brouiller leur image / ni oblitérer la mienne ». Alors, comme l’indique le dernier vers du recueil, lui est-il possible de « Ne pas habiter seule [son] miroir ».  

Pauline Michel a rassemblé dans ce recueil des poèmes témoignant d’une authentique démarche de femme et d’écrivaine. Peut-on parler ici de sagesse ? Je le crois. La poétesse qui n’est pas née de la dernière pluie a beaucoup vécu. Elle a aimé, elle a ri et pleuré. De toutes les épreuves qui ont pu la déchirer, qui ont pu briser son miroir, elle a finalement su faire un jardin. De ce jardin se sont élevées mille et une réflexions sur le sens de la vie. Une espérance se manifeste en son sein : « Nous gisons près des chrysanthèmes / osant le souhait d’une renaissance / imméritée ».

Je pourrais en terminant citer maints très beaux poèmes. Plusieurs sont remarquables. Ils sont fantaisistes à souhait. Imagés. Donnant à réfléchir. J’en choisis un dont j’apprécie tout particulièrement la chute.

Elle chancelle   
en déséquilibre
dans une éternité réelle ou imaginée
jusqu’aux traces invisibles       
laissées
aux passants des chimères        
ou au plan obscur
du chorégraphe de l’humanité

Marina Girardin : Les eaux glacées de l’Isar – Essai sur la mort volontaire : Leméac : Collection L’Inconvénient : 2026 : 126 pages

On ne plaisante pas avec le suicide. Ce livre n’a rien de léger. Il ne divertit pas, au contraire, il nous plonge dans le sombre, dans la gravité, dans les abysses de la mort volontaire. Il raconte des histoires troublantes, au premier chef, celle de l’auteure ; il présente des trajectoires de vie brutalement interrompues, celles de ses amis Francis et Katerine. Il regorge également de renseignements précis et précieux en cela qu’il propose une synthèse de l’ensemble des connaissances que nous avons à ce jour sur la question du suicide. Sa lecture nous apprend entre autres comment le suicide a été perçu à différentes époques et dans différentes cultures. En tant qu’œuvre littéraire, pour notre plus grand bonheur, il répond aux exigences de celle qui l’a conçu. Question d’écriture, rien n’y est laissé au hasard : chaque mot, chaque phrase, chaque section de l’ouvrage fait l’objet d’un soin minutieux. L’écrivaine y parle de l’importance que revêt la littérature à ses yeux, montre le rôle qu’elle peut jouer dans les établissements scolaires et analyse les liens qu’elle entretient avec la vie, la mort et le suicide.

Il existerait quatre formes de suicide vésanique, entendons par-là de suicide lié à la folie. La jeune Katerine aurait agi sous le coup d’une volonté soudaine. On parle dans son cas de suicide impulsif ou automatique. Les autres formes seraient celles du suicide maniaque, du suicide mélancolique et du suicide obsessif. Selon Durkheim, le suicide automatique « résulte d’une impulsion brusque et immédiatement irrésistible. En un clin d’œil, elle surgit toute développée et suscite l’acte ou, tout au moins, un commencement d’exécution. » C’est au suicide résultant d’une charge mentale démesurée, d’une trop forte anxiété, d’une humeur extrêmement dépressive ou encore d’une misère existentielle insupportable que s’intéresse Marina Girardin. Si elle puise dans les ouvrages savants, si elle recourt aux analyses et aux savoirs des spécialistes, c’est afin d’étoffer ses propres réflexions, afin de mieux comprendre ce qu’elle a vécu et continue de vivre — le suicide n’étant pas qu’un passage à l’acte ; mais, toujours présent, il habite constamment quelque recoin de l’esprit des suicidants.  Dans ce livre fort instructif, très documenté, l’auteure ne néglige aucun aspect du sujet, elle l’aborde à partir des nombreux angles qui s’offrent à la recherche. Ainsi sont conviées la psychologie, la psychanalyse, la psychiatrie, lesquelles aident l’auteure à comprendre les sentiments qui l’habitent, sentiments de la faute, de la culpabilité et de la honte liés à ce qui au passage sera ici désigné en tant que « geste infamant » ? On le voit, si l’essayiste consulte maints ouvrages, elle scrute surtout sa propre psyché. D’où les récits qui émaillent son essai. Rien dans ces récits n’est de l’ordre de l’anecdote. On ne saurait en retirer aucun. Tous sont en lien direct avec l’analyse qu’entreprend madame Girardin. On pourrait dire qu’ils n’illustrent pas ses pensées, mais qu’ils les alimentent et qu’ils en découlent également. L’essayiste est solide, or la solidité intellectuelle de son ouvrage découle de sa grande fragilité, de sa trop humaine vulnérabilité, voire de son « empathie excessive ». On apprend beaucoup en la lisant, mais surtout, grâce au grand sentiment d’amour qui parcourt son essai, le lecteur est touché, atteint droit au cœur. C’est là ce qui fait la valeur de l’ouvrage, outre ses indéniables qualités littéraires : reposant sur un déchirant et profond sentiment d’empathie, il le procure à son tour. Il faut voir l’enseignante à l’œuvre, habitée par un grand sens de l’accueil, elle donne la parole à ses étudiants, ouvre la porte au dialogue, celle aussi de son bureau. Cela est saisissant. Un étudiant vient la saluer, lui dire adieu. Il a l’intention d’en finir avec la vie. Quel ange, quelle impulsion le pousse à venir rencontrer à son bureau celle qui lui a fait connaître le désespoir de la Mouchette de Bernanos ? Toujours est-il que la jeune enseignante lui ouvre les bras et parvient si bien à manœuvrer, le cœur dictant chacune de ses paroles, que le jeune étudiant finit par consentir à sceller avec elle un pacte de non-suicide.

Entre de telles scènes, dont les plus émouvantes sont celles où sont relatées les histoires de Francis et de Katerine, sans oublier celle de la « narratrice », celle-ci comme mentionné si haut poursuit ses lectures. Elle nous fait découvrir les liens que l’Église et l’État entretiennent avec le suicide. L’Église a longtemps interdit la sépulture ecclésiastique aux suicidés et excommunié ceux et celles qui ont attenté à leurs jours sans succès. J’ignore si c’est encore le cas aujourd’hui. Au Canada, jusqu’en 1972, le suicidant était condamné à la prison, aux travaux forcés, à l’amende ou à l’asile s’il était démontré qu’il souffrait d’aliénation mentale. L’inventivité de l’auteure vient illustrer les tragédies liées à ces positions légales. Elle imagine de brèves histoires où elle révèle l’ampleur des drames que suscite l’intransigeance de l’État en matière de suicide. Ces histoires font évidemment progresser la pensée de l’essayiste.

Camus nourrit ses réflexions. Il est d’avis que l’idée du suicide germe « dans le silence du cœur » et que la société « n’a pas grand-chose à voir avec ces débuts. » Notre essayiste ne partage pas ce point de vue. Elle soutient le contraire. Elle aborde l’anxiété générée par le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et s’interroge sur l’impact que les divers chaos peuvent avoir sur la jeunesse. Elle rend compte des impacts qu’ont les modèles économiques centrés sur le profit et la surconsommation : « L’asservissement du travailleur en régime capitaliste est jugé dangereux dès la naissance de la société industrielle, où des penseurs accusent les gouvernements de générer les misères qui conduisent à l’autodestruction. » Tout ce qu’elle étudie la conduit à affirmer que la « psychologie du suicide rejoint donc désormais la psychologie du burn-out ».

Je dois insister sur ce point, contrairement à ce que pourrait être un essai strictement scientifique, de type universitaire ou savant, l’auteure pratique une écriture qui fait la part belle au littéraire, à l’écriture de l’intime. Ainsi au fil des pages sommes-nous mis en présence non pas de deux types d’écriture, mais d’un amalgame où registres savant et littéraire s’entremêlent sans qu’il soit toujours possible de les distinguer, sauf quand il s’agit de passages nettement littéraires, voire poétiques.

Marina Girardin est une littéraire, elle travaille la forme d’une manière subtile, avec une rigueur qui n’a rien de rigide. Les sections de son ouvrage s’enchaînent, pourrait-on dire, de manière à la fois logique et naturelle. Cela coule comme l’eau d’une rivière. Sa phrase est tout aussi fluide. Sa richesse impressionne, toute discrète soit-elle. Elle se manifeste avec brio tout particulièrement dans les passages où l’écrivaine laisse libre cours à son inventivité, à son intelligence littéraire, à sa sensibilité créatrice. Il n’y a pas de réelle rupture entre les pages plus littéraires et celles qui relèvent davantage de l’écriture essayistique, une différence certes est marquée — on quitte un registre pour un autre —, mais l’enchaînement est assuré par un principe que j’allais dire de nécessité, de nécessité intérieure si je puis dire, de nécessité littéraire. Au bout du compte, l’écriture seule, l’écriture littéraire s’entend, permet selon l’écrivaine d’accéder au dicible, de manifester au plus juste et au plus près l’expérience du suicide. Comble de réussite, l’alternance de l’essai et du littéraire est telle que ces deux formes s’agencent ici à la perfection, l’une nourrissant l’autre et vice versa. Il y a là un dialogue entre le général et le particulier, entre les passages où l’auteure réfère aux ouvrages qu’elle consulte et ceux où elle se livre à une écriture relatant ses propres expériences et celles de ses précieux disparus. L’analytique et l’empirique entretiennent dans son texte des rapports très étroits.

Pour écrire son livre, l’auteure dit qu’il lui a fallu sortir du tragique. Prendre ses distances d’avec sa propre expérience du suicide, qui est, confie-t-elle, et n’est pas qu’une faute. Pour atteindre un état de calme relatif, pour parvenir à « cette disposition à la fois intellectuelle et morale […] nécessaire à la mise en mots de ce que j’avais vécu, par un retour du balancier, seule l’écriture pouvait véritablement me permettre d’y accéder. » Elle s’interroge : « ce livre risque-t-il de me garder prisonnière du sentiment de la faute ? Il est des moments où l’envie me prend de faire avec lui ce que j’ai maintes fois voulu accomplir dans ma vie : j’accroche le document numérique avec ma souris et le jette dans la corbeille puis, l’instant d’après, je le récupère et le dépose à nouveau près des autres icônes. » On assiste ici en quelque sorte au suicide du livre. Dans une sorte de contagion, de truchement, à la manière d’un exutoire, l’écrivaine songe à imposer à son livre la mort volontaire qui la hante.

Lorsqu’on écrit avec simplicité, rien de très clinquant ne dérange l’attention du lecteur, ne force son admiration ou son exaspération face à l’exhibitionnisme stylistique. Une écriture marquée par la sobriété n’en recèle pas moins de richesse. C’est le cas ici. L’auteure sans vantardise aucune reconnaît ses dettes à l’endroit des écrivains qui l’ont marquée : « Murakami […] m’a aidé à cultiver le calme nécessaire à la réflexion en me rappelant que l’important était de dire les choses simplement. Flaubert, lui, a maintenu ferme en moi l’exigence du mot juste. » Tout dans cet essai est clair et limpide. Les mots sont les mots qui conviennent. Le vocabulaire sans être recherché est propre à nommer les phénomènes qui préoccupent l’auteure. Ce sont là des qualités auxquelles s’ajoutent en plus-value un fin doigté littéraire, un souci du balancement de la phrase, un art subtil dans l’enchaînement des différentes phases du discours. Surtout, dans les passages les plus littéraires, remarque-t-on une inventivité narrative, elle aussi discrète, mais oh combien efficace. Il faut lire ces passages où l’écrivaine quitte l’écriture essayistique pour se livrer au récit personnel, pour raconter les drames qui ont marqué sa vie, la perte d’amis qui se sont donné la mort, les circonstances dans lesquelles ces suicides se sont produits. On se croirait dans un roman tant cela est vivant, vrai et intense.

Enseignante, elle met au programme des œuvres fréquemment en lien avec sa hantise du suicide. C’est qu’elle est persuadée qu’il faut ouvrir le dialogue, non seulement sur l’épineuse question de la mort volontaire, mais sur tous les sujets qui heurtent les sensibilités et fractionnent l’opinion publique. Elle considère que la littérature ne fait surtout pas que divertir : voici « l’idée que je me fais de la littérature, à qui je demande de me conduire au plus près du cœur sauvage, primitif, de l’exigence absolue de la Beauté — les œuvres les plus fortes étant celles qui nous mettent à l’épreuve et nous éblouissent, qui nous donnent tout à la fois le vertige des profondeurs et celui des hauteurs. » Et ceci : « Je n’ai pas appris à m’attacher aux livres qui nous gardent indemnes en ne bousculant rien de nos vérités. »

Elle ne souscrit pas à la culture du bannissement et de l’évitement. On doit pouvoir faire lire aux étudiants même des ouvrages traitant du suicide. C’est notamment avec une œuvre de Bernanos que son essai et son enseignement nouent le plus fructueux des dialogues. Nouvelle histoire de Mouchette est au centre de son essai. Je ne résumerai pas le résumé que l’écrivaine en fait. Je me bornerai à dire que Mouchette entretient avec Marina Girardin des liens bien réels, comme si l’héroïne du roman de Bernanos était en quelque sorte le double de l’essayiste.

À douze ans, la jeune Marina fait une tentative de suicide. Elle la raconte. Tout cela est saisissant, poignant. Elle vient d’absorber en grande quantité les médicaments de sa mère dépressive. Elle sort de chez elle et s’enfonce dans la forêt. Elle atteint une clairière. Mouchette pareillement dans des circonstances similaires aboutit dans une clairière. Et qui plus est, on parle dans son cas d’une mort par noyade, alors que lors de la dernière tentative de suicide de notre auteure, c’est dans sa baignoire qu’elle plongera avec une bouteille d’alcool, un flacon de comprimés et un couteau destiné à lui entailler les poignets. Est-ce là de la littérature ? Comme on le dit souvent, la réalité dépasse la fiction. Quant aux liens qui unissent Mouchette à Marina, ils sont encore plus nombreux que ce que je mentionne. On verra le livre de Bernanos devenir dans une salle de classe un sujet de discussion dont l’auteure est convaincue de la grande utilité.

On ne peut, on ne doit pas tout dire. Et malheureusement, ce qu’on dit au sujet d’un livre manque souvent de précision, de pertinence, ne l’éclaire pas tout à fait, ne rend pas tout à fait la lumière d’un texte. J’aurais pu me borner à recommander fortement la lecture de cet ouvrage. Il en a été question récemment dans Le Devoir et dans Le Journal de Montréal. À mon sens, on n’a pas suffisamment fait mention de son importance, de la grande humanité qui l’anime et du talent de l’écrivaine. Quelle écriture ! Du prologue à l’épilogue, tout se tient. Au tout début il est question d’une photographie où l’on voit la jeune femme dans les eaux glacées de l’Isar. Son sourire sur cette photo tient « d’une gageure des plus hasardeuses. » On retrouve cette rivière à la toute fin du livre. Et bien vivante, l’auteure nous sourit à nouveau. Non, vraiment, Camus a raison. « Il n’y a pas de honte à être heureux. » Et notre amie Marina d’ajouter ; « Il n’y en a pas non plus à être malheureux ou à l’avoir été. »

Merci, Marina.

Jean-Pierre Pelletier : Une poignée de vent : Poésie : Pierre Turcotte Éditeur : Collection Magma Poésie : 2025 : 83 pages

Ce poète regarde le monde et le contemple afin d’en souligner à la fois les désastres et la beauté. Au centre de son tableau, il inscrit celui qu’il appelle « l’humain » ; il montre ce dernier dans un univers dévasté, une sorte de désert, un blanc, un vide absolu. C’est là un symbole. Il brosse le portrait d’un homme en marche, d’un pèlerin. Devant lui, au bout de sa route sont des villes nouvelles à découvrir et la mer, surtout la mer, le vaste océan où joue le vent et dont les vagues se gonflent.

Lisant ce recueil, je ne puis m’empêcher de penser à l’œuvre de Saint-John Perse. Non parce que la prosodie de Pelletier s’en rapprocherait, ce qui n’est pas tout à fait le cas, mais en raison de la hauteur et de l’ampleur de son propos. Aussi parce que du début à la fin, le registre littéraire se déploie avec une certaine magnificence.  Le caractère épique de la poésie de ces deux poètes est ce qui dans mon esprit les unit. On trouve chez l’un et l’autre une entreprise, une quête, une aventure collective. Certes, Perse ressemble à un oiseau de grande envergure volant lourdement et persévérant longtemps au-dessus des vastes territoires que parcourt, explore et conquière sa parole. La force des éléments naturels semble se retrouver au cœur de sa poésie, laquelle rivalise quasiment par sa haute tenue avec les vents et la mer. Au sol, sur la grève, il crée d’immenses blocs de paroles d’où son poème s’élève jusqu’aux plus hauts sommets, aux étoiles quasiment de la pensée et du sentiment. Un souffle incommensurable alimente sa forge.

Pelletier, lui, ne donne pas dans le monumental, dans le symphonique, dans les stratosphères. Il semble cependant nous offrir des fragments dont la tonalité est souvent similaire à celle des poésies de Perse, à la différence que chez lui le verbe ne s’accomplit pas à travers de vastes déploiements. Comme mentionné ci-haut, la prosodie chez ces deux poètes diffère considérablement. Aux longs versets qu’affectionne Perse, notre poète privilégie une forme plus concise. Ses poèmes, que sur la page de titre il prend soin d’appeler des prosèmes, ne sont pas versifiés, même librement ; ils n’empruntent nullement aux divers procédés de la versification, ne sont en rien construits systématiquement dans le constant souci des accents de rythme, dans l’alternance des sonorités, comme en une danse rappelant celle des longues et des brèves, ou plutôt d’assonances et allitérations prononcées et divers procédés se trouvant chez les Anciens, que Perse, tout moderne qu’il fût, parvint admirablement à ressusciter, chez lesquels en tout cas il puisa, et dont nos contemporains et moi-même, du moins pour la plupart, ignorons à peu près tout. Il y a belle lurette que le vers à peu près partout a été chassé de la poésie.

Chez Pelletier, donc, nous ne trouvons rien qui s’apparentent à de fastueuses constructions, nul recours aux grandes figures d’une rhétorique parfois ronflante, avec ses périodes emphatiques, non, mais de manière plus retenue, notre poète produit des morceaux qu’on croirait prélevés à même de gros blocs de discours, tels ceux que pratiquait Saint-John Perse, et alors ce ne sont pas à de grandiloquentes épopées que nous avons affaire, mais, ici et là, à « un bout d’épopée », quelque chose non pas comme le puissant aquilon qui souffle dans les versets du poète de Vents, mais bien plutôt une poésie générant des paroles semées en « une poignée de vent ».

Ce rapprochement, sur lequel je ne m’éterniserai pas, faute de pouvoir le mener à bien, avec preuves à l’appui, permet néanmoins de cerner une des particularités de la poésie de Jean-Pierre Pelletier, à savoir son caractère universel. Ce n’est pas à sa propre subjectivité que le poète nous convie, c’est à une collectivité, à un projet collectif, à une marche commune. Il y eut autrefois l’impassibilité parnassienne, le poète étant de glace, son poème empruntant à la dureté du marbre. Ce n’est pas le cas ici. Le verbe de Pelletier est vraiment habité par une âme, un sujet y manifeste de la pensée. Et c’est avec chaleur qu’il entreprend d’ajuster ses mots à notre monde, de recourir au langage pour mieux situer l’humain au cœur du désert.

Mais par désert, qu’entendons-nous précisément ? Je ne saurais répondre à cette question, et du reste le poète lui-même ne s’engage pas dans ses prosèmes à préciser nettement sa pensée et encore moins ses états d’âme, quoiqu’on les puisse aisément deviner —on le sent profondément inquiet. Non, rien ici qui soit de l’ordre de l’intime. Nous n’apprendrons rien sur le sujet Pelletier en lisant sa Poignée de vent. L’intime, du moins dans ces pages, ne l’inspire pas. Il ne se confesse pas, ne nous offre pas un autoportrait. Non, je le répète, il s’intéresse au sort du plus grand nombre. Devant le présent dévasté, devant le futur incertain, le poète manifeste de graves préoccupations. Son « je » est absent dans la première partie de son recueil. Le poète écrit au « nous ».

Que dit-il de nous ?

Cela est du plus grand intérêt. L’auteur nous parle de notre aventure sur Terre, sur cette planète dont il ne répétera pas ad nauseam qu’elle est sur le point de voler en éclats, toutefois, c’est là une vérité qui se trouve en toile de fond dans son recueil et qu’il évoque sans jamais s’appesantir sur tous les malheurs qui nous accablent, malheurs qui ne sont pas uniquement d’ordre politique et social, qui sont aussi et peut-être surtout d’ordre métaphysique ; or tout cela est inextricablement relié. L’humain qu’il faut sauver est lui-même responsable de sa destinée. Nous voici lancés depuis l’aube de l’humanité dans une aventure qui aujourd’hui plus que jamais sans doute se heurte à des impasses. Du moins, tel est le constat du premier prosème :

Tout fuit, se délite, gagné par la fumée, le souffle et les choses sans forme autour desquelles nous gravitons, Les mots comme les gens courent au plus pressé puis s’effacent dans leur blancheur.

Je l’avoue, cet effacement dans la blancheur m’a longuement laissé songeur. Et admiratif. C’est là un blanc hautement significatif. L’auteur a trouvé le mot juste. Son blanc est celui de l’effacement, d’un certain retour à la page blanche de l’histoire de la Terre et de l’humanité. Nos discours — ils seront plus loin dévalorisés par le poète qui accusera leur inanité : « Se taire devient ce langage dont le vent porte très haut la connaissance et le respect. » — nos discours, dis-je, courent comme les poules sans tête que nous sommes. Les gens sont pressés. Nous sommes pressés. Puis, inéluctablement viendra notre effacement dans la blancheur. Notre disparition est en latence. Imminente.

Imminente, mais le poète tout de même ne se fait pas alarmiste, pas tout à fait ; il reste peut-être un certain espoir, qu’une page çà et là recèle, que l’ensemble du recueil assurément exprime. Le « passeur », un des « personnages » du recueil, cherche une issue afin d’échapper au délitement général. Aucune piste cependant ne lui apparaît dans le labyrinthe des cartes qu’il consulte. En l’absence des dieux, l’humain en est réduit à naviguer à l’aveugle, dans le blanc total d’une absence de sens, de direction indiquée, de directive. La nature cependant vient rappeler au poète que quelque chose en l’absence de l’homme, soit le monde tel qu’il sera ou aura été avant lui, amputé donc de sa présence, que ce monde au naturel recèle tout de même un caractère sacré, et à tout le moins connaît et manifeste une manière d’harmonie, voire d’absolu : « Nous disposons d’une patrie que nous avons peuplée par inadvertance. Les arbres, les montagnes, un étang nous incitent à l’indulgence. Nous existons peut-être par défaut. » Telle est aujourd’hui notre pauvre patrie, qu’il eût mieux valu habiter poétiquement. Ce vœu hölderlinien est fort pieu, trop sans doute pour ceux que plus loin dans son recueil le poète appellera les bourreaux et autres « prêcheurs sans envergure ». 

Le poète file dans son recueil la métaphore de la marche, de la pérégrination. Le passeur est celui qui favorise le passage d’un ici à un ailleurs. Il salue bellement « les voyageurs qui se libèrent de leurs pas. »

À la première partie du recueil, écrite au « nous », fait suite celle que le poète intitule « Des images dérobées ». Cette fois, il s’adresse à un « tu » qui est « le descendant des convoyeurs de rêves » bien que ce « tu ne rêves plus. » Devant lui se trouve « l’étendue incertaine ». D’autres départs sont à venir :

Si tu t’engages dans une terre d’exil, ou dans une voie plus délicate, continue de restituer au monde ses élans d’une jeunesse foisonnante. Il y aura toujours quelque messager aussi noir que le soleil pour t’escorter vers le terme du parcours : // tu le remercieras d’une poignée de vent. 

Ce recueil brillamment conçu contient trois parties. Après celle du « nous » vient la seconde où le poète parle au « tu » avant de donner dans la troisième la parole à un « je » qui affirme que « Tout n’est pas perdu ».

Ainsi, même par-delà « une cathédrale déserte » et même si « les pigeons ne nichent plus sur les gargouilles », le poète ne désespère pas. Il considère que tout n’est pas perdu.

« C’est cette parole qui vient d’appareiller aux quatre vents du lendemain. »

Paul Chanel MalenfantPaul Chanel Malenfant : Au passage du fleuve : Éditions du Noroît : Poésie : Montréal, 2024 : 130 p. Paul Chanel Malenfant

Le fleuve offre ses vérités à qui veut entendre les rumeurs de la marée. Un homme cherche à saisir ce que révèle tant de silence. Son regard retrouve la voyance propre à l’enfance, alors que posté devant le fleuve, il assiste au déploiement de ses eaux mêlées à l’immensité du ciel.

Il est maintenant âgé, suffisamment pour être jeune, non qu’il s’agisse ici de sénilité, mais bien plutôt d’une visite rendue, ultime peut-être, à ce qui fut au temps de son enfance et perdure jusqu’en son âge avancé. Le voici, engagé en poésie, avançant dans les territoires de la mémoire, faisant parfois face aussi à de sombres avenirs, tel un combattant de lumière. Ce qui s’est joué pour lui, devant cette presque mer qu’est le fleuve à Rimouski, se joue à nouveau. Les souvenirs lui offrent leurs plages de sable et de galets. Sous nos yeux s’ouvre le vaste album de sa vie. En se retrempant dans son passé, Paul Chanel Malenfant transforme en plénitude la mélancolie du gisant qui sous peu s’étendra auprès des siens dans le cimetière de Sainte-Luce-sur-Mer. Il reverse les couleurs d’hier dans le fleuve qui coulera encore demain. Il œuvre en vue de l’avenir. Il ne croit peut-être pas en Dieu, mais il se pourrait que Dieu croie en lui. En tout cas, bien que sa révolte le conduise à casser, en raison de son regard idiot, « une aile de l’ange de pierre agenouillé dans la neige », toute sa poésie s’ouvre à une grandeur qui transcende largement l’étroitesse de notre existence.

Dans l’épilogue, le poète rappelle qu’il y a une quarantaine d’années, il a publié un recueil intitulé Fleuves. Parlant de ses fleuves, il écrit : « Voici qu’ils poursuivent leurs cours ». On pourrait croire que le poète se répète. Encore faudrait-il rouvrir le livre ancien pour en avoir le cœur net. Une chose cependant est certaine, Chanel Malenfant est un écrivain qui se renouvelle sans cesse. En poursuivant, et même en revenant sur ses pas, il va de l’avant. Différents les uns des autres, ses derniers recueils témoignent de ses métamorphoses. Il a beau ressusciter çà et là ses vieux parents, évoquer les mêmes traumatismes (le suicide par pendaison d’un être cher), parler de ses sœurs, reboire dans les mêmes tasses un thé toujours ressemblant à celui d’antan, malgré ces retours en arrière, le poète ne fait jamais rien d’autre qu’avancer.

Son dernier opus est d’une remarquable richesse. Évidemment, les mérites formels de l’œuvre doivent être soulignés, mais il y a plus. Quelque chose ici est de l’ordre d’une quête essentielle. Pour le poète, plonger ses regards dans les abysses du fleuve, c’est remonter le cours de sa propre histoire, c’est lui donner un nouvel accomplissement. Il a des nœuds à dénouer, des détresses à affronter qu’il parviendra somme toute à convertir en enchantements. Pour ce faire, il recourra à la clef du poème, au solfège pour ne pas dire aux sortilèges de la poésie.

L’alchimie du verbe rendra possible la transformation de la détresse en enchantement. À tout le moins, verra-t-on le poète consentir à l’irrémédiable suite des choses. Un poème liminaire annonçait cette victoire. C’est une victoire qui cependant n’a rien d’épique. Elle se joue simplement à hauteur d’homme et en face du fleuve. Un revirement se produit : « j’étais […] un cadavre sur le champ d’une bataille perdue. » Cela s’est passé : « Aujourd’hui, je viens pour la pensée / qui traverse le fleuve. / Vivant, debout, // avec un cœur habité de mille voix. »

S’il est un verbe à retenir dans ce beau livre, c’est bien le verbe avancer, conjugué à la première personne de l’indicatif présent. Il se trouve dans le tout dernier poème : « J’avance désormais au pas, trébuchant parmi les missiles, les barbelés, l’artillerie des fureurs planétaires. » On le voit, le poète, ce rêveur définitif dont parlait Breton, n’occulte en rien le monde réel. Il « marche en guise d’accompagnements du monde. »

L’espace manque ici pour dire la beauté, la gravité des pages consacrées à la mère, au père surtout : « père et mère réconciliés dans la cendre ». Il faudrait citer des perles. En voici une : « Le chardonneret de l’été dans l’arbre s’est éteint. »

Le livre pose une question dont la portée métaphysique se révèle dans le passage du fleuve : « Mais qui étions-nous devant l’étendue du fleuve sans frontières ? » La question ne s’adresse pas tant à la nation (elle se referme sur ses frontières), pas uniquement au clan, à la famille du poète, ni au poète lui-même, mais bien à nous tous et toutes, dans l’absolu pourrait-on dire, dans le cœur même de notre être : qui sommes-nous au-delà de « notre existence aveugle » ?

La réponse du poète est infinie, elle part de l’enfance et y retourne : « La poésie renaîtra comme un art de l’enfance. » Ce que réalise le poète est de l’ordre d’un accomplissement. Il s’agit d’être au plus près de soi devant le fleuve, d’être vraiment vivant et de faire ainsi advenir le monde à sa pleine réalité, de sorte que l’univers retrouve « sa réelle présence, sa permanence et son poids.

EXTRAITS

Quel dieu ancien a dispersé les îles du Bic dans le cercle de l’anse ?

Blocs erratiques devant la montagne.
Mausolée.

Qui a construit, sur la rue principale du village, cette maison blanche sans fenêtres où mon amour est venu mourir une dernière fois, d’un seul souffle, dernière demeure parmi les épilobes ? 

**

Lorsque les livres se seront effacés dans ta mémoire et noyées dans la mer les ombres et les voix de Segalen, sauras-tu jaillir, entre les algues et le chaos, entre la transhumance et l’agonie sauras-tu éveiller tes morts, père et mère réconciliés dans la cendre, sauras-tu endormir en ton âme somnolente telle une veilleuse, la mélancolie d’être au monde ?

Sans sursis. Sans avenir.

**

Cette recension d’Au passage du fleuve a été rédigée pour la revue Possibles. Elle a paru dans le numéro de l’automne 2026. Je rappelle que ce recueil a fait de l’auteur le lauréat du prix du Gouverneur général de l’année 2025.

Dominique Fortier : Notre-Dame de tous les peut-être : Poésie : Les Éditions du Passage : 2024 : 89 pages

L’amour est le feu vivant dans la maison du cœur. Pour pallier le manque, combler le vide laissé par l’absence, les lettres que s’échangent les amoureux font office de présence. Dans la distance, elles sont comme un fil fragile tendu au-dessus du vide. Les mots déambulent sur ce fil à la manière des acrobates. Dans ses œuvres, Dominique Fortier conjugue récit, essai, écriture de l’intime et fiction. On ne la savait pas poète. Avec cette nouvelle publication, les éditeurs parlent d’une première incursion dans le domaine de la poésie. Cela n’est pas tout à fait juste, car il y a beaucoup de poésie dans les ouvrages précédents de cette autrice. Mais à dire vrai, c’est probablement la première fois qu’elle publie des poèmes conformes aux conventions régissant aujourd’hui le genre, conventions dont force est d’admettre qu’elles sont assez floues. Parmi de nombreuses pages relevant du récit et de l’essai, on trouve dans Notre-Dame de tous les peut-être une bonne douzaine de poèmes, j’allais dire en bonne et due forme. Du moins, le recours au vers libre les signale-t-il comme tels. Entendons par poème un écrit plus ou moins lyrique, en vers ou en prose, où il est recouru aux images, aux métaphores par exemple, et où l’imaginaire prédomine sur le discours informatif et la communication d’idées plus ou moins abstraites. Les pages où Dominique Fortier s’arrête à l’étymologie des mots ou au travail de Gutenberg, raconte des anecdotes relatives à des performances d’acrobate, offrent-elles à proprement parler des poèmes? Poser la question engage, à mon avis, sur une fausse piste, un fil effiloché, rompu d’avance; c’est méconnaître la substance de ce livre et la nécessité qu’il y avait pour la poète de le concevoir tel quel. Certes, ce livre n’est pas un recueil de poèmes. Il est néanmoins un ouvrage poétique. Comme l’acrobate composant avec les vibrations du fil sur lequel il se meut, ce livre épouse un mouvement inhérent à la rêverie poétique. Son caractère hybride sert sa cohérence. Au fond, peu nous chaut la catégorie auquel il appartient. En raison de son inventivité, il se « tient » non seulement comme aurait dit Flaubert par « la force interne de son style », mais également par les propos que seule cette inventivité permet de véritablement traduire.

UN TITRE ET L’ESPOIR PRIS D’UNE SIMPLE PETITE FLEUR

Ce livre n’est donc pas un recueil rassemblant des pièces éparses provenant de sources ou d’inspirations diverses. Certes, on y verra une succession de discours variés sur le plan de la forme et quant à ses référents. Or si l’on croit passer du coq à l’âne, c’est faute de voir que le coq est un âne et que l’âne pour sa part est un coq. Autrement dit, si l’autrice semble divaguer, passer d’un sujet à l’autre, ce n’est là qu’une impression qu’efface bientôt la certitude qui nous gagne à l’effet que l’hétérogène est ici au service d’une plus grande homogénéité. Chaque élément de ce livre apparaît à sa juste place, étant requis par les propos que tient la poète alors qu’elle s’avance à petits pas sur le fil de ses pensées, là-haut entre les nuages, entre les tours du World Trade Center ou celles de la Notre-Dame, ou voguant au fil de l’eau, un peu à la dérive, mais gardant le cap, et croisant à l’occasion des navires, dont celui que pilote le grand Melville, cet écrivain américain qui conçut presque en rêve éveillé une grande passion pour un non moins grand auteur américain du nom de Nathaniel Hawthorne. Mais que vient faire dans cette galère la cathédrale de Notre-Dame ? On aimerait dire que l’écriture de Dominique Fortier jaillit à même les lieux qu’elle hante, traverse ou habite, que c’est de son sang que procède l’encre qu’elle couche sur la page. Or, on n’en sait rien. Toutefois, on pressent qu’à l’instar de la romancière-essayiste qu’elle est, la poète, telle qu’en elle-même, est présente au cœur de ses écrits. Autrement dit, elle accueille au sein de son écriture poétique ses propres expériences. De là à croire que nous lisons une manière d’autobiographie, il n’y a qu’un pas qu’on ne fera pas, car ce serait faire fi de ce qu’affirme la poète : « Nous sommes l’ombre de nos paroles. » Elle apporte une précision : « Ce que l’écrivain devrait annoncer, c’est : ‘‘Je te raconterai une histoire fausse en faisant semblant qu’elle est véridique. Et tu me croiras pour vrai.’’ » Nous ne sommes pas loin ici du mentir-vrai d’un Louis  Aragon. Il y a dans les poèmes de Dominique Fortier un « je » qui est un je de l’écriture.  N’empêche.  La poète est une grande liseuse qui relie ses lectures et ses propres expériences à tout ce qu’elle écrit.  C’est la raison pour laquelle Notre-Dame figure dans son recueil, et c’est parce que la cathédrale fut détruite par un incendie, comme le furent les tours du World Trade Center entre lesquelles Philippe Petit avait tendu naguère une corde de fildefériste. À quoi s’ajoute bien entendu le fait que les amoureux sont souvent dans leur vis-à-vis des tours distantes l’une de l’autre, que presque un océan sépare, des tours humaines qui elles aussi sont promises à la disparition, au feu que la passion dévorante anéantira ou qu’une tout autre histoire finira par réduire en cendres. Ainsi, le titre s’éclaire. On comprend son « Notre-Dame », mais l’étrangeté qui suit, « de tous les peut-être », nous échappe jusqu’au moment où la poète finalement nous fournit une explication, se lançant sur de nouvelles pistes d’interprétation qu’emprunteront lecteurs et lectrices : «   S’il faut en croire le Littré, on disait jadis, au lieu de peut-être : espoir pris. » En écho, quelques pages plus loin, ces deux vers : « Tu dis peut-être / J’entends espoir ». La part de l’océan de la même autrice est un roman d’amour.  Notre-Dame de tous les peut-être raconte lui aussi une histoire d’amour.  C’est une belle histoire, triste, et dont ne survit, insérée entre les pages 46 et 47, qu’une toute petite fleur jaune, non pas une illustration, mais une vraie fleur, empruntée sans doute au jardin imaginaire d’une non moins imaginaire quoique bien réelle Emily Dickinson.

AU FIL DE LA CORRESPONDANCE

Tout se tient. Rien dans ce livre n’est gratuit. Un élément, si petit soit-il, donne lieu bientôt à un développement, reçoit un écho, se prolonge. Ainsi, une anecdote est-elle une illustration. Par exemple, celle où des saltimbanques en équilibre précaire, montés les uns sur les autres, forment une pyramide sur un fil de fer.  Une panne d’électricité survient alors qu’ils sont à mi-chemin de leur parcours. Ils doivent patienter durant de longues minutes avant que la lumière ne revienne. Alors seulement peuvent-ils poursuivre leur traversée au-dessus du vide. La poète file la métaphore du fil reliant    une chose à une autre. On lit au début du livre : « Ciel, océan. / Réunis par un fil, l’écriture. » (page 14) Vers la toute fin, variation sur un même fil, on lit ceci : « Terre, ciel. / Réunis par un fil, le désir. » Ainsi le fil est-il le motif principal de l’œuvre, qu’il s’agisse du fil tendu entre les tours de la cathédrale Notre-Dame ou de celui reliant celles du World Trade Center — on se souviendra de l’exploit de Philippe Petit qui, épousant le mouvement du fil de fer, passa de l’une à l’autre de ces tours. Il y a aussi le fil de la conversation épistolaire reliant les deux amoureux de cette histoire, leur missive franchissant l’océan, passant d’un continent à l’autre. La « narratrice » fait un lien entre sa situation et celle des acrobates plongés dans l’obscurité : « Chaque fois que je t’envoie une lettre, j’attends de même dans le noir, sans bouger, que la lumière revienne — tes paroles — pour me remettre à exister. » L’écriture relie les deux amants. C’est le désir amoureux qui met l’écriture en branle et c’est l’écriture des lettres qui nourrit et entretient le feu de leur amour.  Tout comme dans La part de l’océan, roman dans lequel les protagonistes s’écrivent des lettres, la « narratrice » de Notre-Dame écrit à l’homme qu’elle aime.  L’attente des réponses de ce dernier « est chaque fois un nouveau précipice, c’est un écho qui précède ta voix et l’appelle. Son abyme. » Au-dessus de ce précipice est tendu le fil fragile de l’écriture. L’amour et l’amitié « sont deux façons de jeter / au-dessus du vide / jour après jour / une fragile passerelle de mots. » Il est beaucoup question de fragilité dans ces pages : « Tout ce qui nous entoure, cathédrales, océans, gratte-ciel et forêts anciennes, est fragile comme le cristal. »  Cette fragilité n’est pas sans faire songer à celle de la narratrice de La part de l’océan.

DES LIVRES ESPOIR PRIS GIGOGNES

En fait, les similitudes sont nombreuses entre ce roman (roman qui est aussi autre chose qu’un roman) et ce premier recueil (qui est également autre chose qu’un recueil de poésie).  Pour peu, on imagine facilement une Dominique Fortier se mettant à l’œuvre, écrivant au fil des jours des pages qu’elle finira par déposer autour d’elle, composant ses livres à la manière de l’Emily Dickinson qui, dans Les villes de papier, répand sur le plancher ses petits poèmes afin de voir à leur agencement. Faisant le tri, l’autrice aurait rejeté certaines pages de son manuscrit de roman, les conservant dans ses cartons, les réservant espoir pris à d’autres fins. Il se pourrait que Notre-Dame de tous les peut-être soit constitué de fragments ayant d’abord appartenus à son « Melville », roman dans lequel de nombreux miroirs échangent leurs lumières. Dans ces deux ouvrages, tout gravite autour de l’amour, du manque et de l’absence, de l’aimé que l’on rejoint grâce aux mots qu’on lui écrit. Ainsi le Simon avec lequel correspond la narratrice du «    Melville » trouve-t-il son clone dans le recueil, tandis que le « je » de Notre-Dame possède une voix similaire à celle de la narratrice du roman.  Les deux livres sont constitués de fragments où alternent l’essai et le récit.  On retrouve également de l’un à l’autre les mêmes thèmes. Ils sont tissés avec le même fil.  Melville apparaît ainsi dans l’un des plus beaux poèmes de Notre-Dame. Ce poème vibre de la même intensité que les dernières pages du roman. Pour des raisons d’équilibre et de calibrage, l’autrice pourrait avoir eu la présence d’esprit de répartir son matériau dans deux ouvrages distincts, mais jumeaux, de les mener de front. Le recueil me paraît en tout cas livrer en « harmonique » la substance du roman. Ses pièces forment une œuvre autonome solidement ficelée. Cette « première incursion en territoire poétique » est une fort belle réussite.

Reconsion parue dans la revue POSSIBLES, automne 2025                       

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Jean-Sébastien Huot

Martine Audet

Martine Audet

Anne Archet

André Major

Carole David

Daniel Guénette (Recension de Gaétan Bélanger in Nuit blanche)

Nane Couzier

Christophe Condello

Nora Atalla

Louise Boisclair

Pierre Perrin

Denise Desautels

Mathieu Simoneau

Claire Varin

Michel Pleau

François Barcelo

Hélène Dorion

Mireille Cliche

Germaine Beaulieu

Martin Thibault

Thomas Mainguy

Denise Desautels

Joël Pourbaix

Louis-Jean Thibault

Daniel Guénette : Notes de Pierre Perrin sur « La fatigue de la haine »

François Baril Pelletier

Claude Paradis

Jonathan Lamy

Vicki Laforce

Fernand Ouellette

Jacques Brault (collectif)

Michel Leclerc

Daniel Guénette : Notes de Pierre Perrin sur « Vierge folle »

Daniel Guénette : Notes de Pierre Perrin sur « Dédé blanc-bec »

François Rioux

Carole Massé

Carole Renaud

Pierre Chatillon

Nancy R. Lange

Louis-Philippe Hébert

Jean-François Mathé (numéro spécial de la revue Possibles de Pierre Perrin)

Fernand Ouellette

Daniel Guénette : Notes de Pierre Perrin sur « Le complexe d’Orphée »

Mireille Cliche : Lignée, suivi de Onze leçons pour mon miroir : Poésie :  Éditions AMV : 2024 : 89 pages

Un fil résistant permet de tisser des liens. Poème après poème, il ne s’effiloche pas, rattachant les unes aux autres des histoires de tricoteuses de vie par-delà même la mort. Une femme œuvre à rassembler des femmes en amont et en aval de sa propre histoire.

Mireille Cliche ne raconte pas la sienne, du moins pas de manière linéaire. Elle écrit pour soutenir sa fille dans son parcours. C’est à cette dernière que le recueil est dédié. La dédicace à Aude se lit comme suit : « Une femme quelque part / t’a confiée au monde / et tu m’as trouvée ». Au fil des quatre mouvements composant la première partie de ce très bel ouvrage, on comprendra que l’enfant vient de loin ; on verra aussi que sa mère tient à ce qu’elle aille en toute liberté là où elle choisira de s’épanouir : « Tu vas comme j’ai rêvé de te l’apprendre, moi qui ne savais pas ».

Ce livre fait montre d’une conscience particulièrement aiguë. La bonne volonté de l’autrice n’est cependant pas mise en avant, elle opère plutôt en filigrane. L’âme de la poète confère à ses textes une aura d’empathie et de bonté. Sa parole, quel que soit le sujet qu’elle aborde, dégage une remarquable probité ainsi qu’un non moins grand sens de la justice. Bien qu’elle ne fasse pas la morale, ses propos sont imprégnés d’une telle lucidité qu’il n’est pas exagéré d’avancer qu’incidemment elle prêche par l’exemple. En ce sens, même si la poète déclare ne transmettre « ni sagesse, ni savoir », il serait pertinent de parler à son sujet d’une poéthicienne.

Si les questions sociales, écologiques, voire politiques sont abordées ici et là, les sujets de prédilection de l’écrivaine sont de l’ordre de l’intime. Elle écrit d’abord et avant tout sur sa propre lignée. Or, chez la poète, nulle vue étroite de l’esprit ne restreint l’horizon. Le cœur est grand ouvert, de sorte que, dans son histoire personnelle, la poète élargit son propos de manière à englober l’histoire des femmes de tous temps et de tous lieux : « Car parler de nous, c’est parler d’elles – mères et grands-mères, filles et sœurs, femmes d’ici, d’ailleurs, de toutes parts ».

C’est donc sans égotisme aucun que Mireille Cliche parle de son moi ainsi que du nous qu’elle forme avec sa fille. Avec ses poèmes, nous entrons en quelque sorte dans leur espace de vie, dans leur relation. Un flou impressionniste est curieusement créé à l’aide d’une parole très précise, forte de la fermeté et de la maîtrise de la langue, s’exerçant dans le contrôle savant du rythme et de l’inventivité verbale. La poète ne nous convie pas à des acrobaties verbales, elle s’exprime avec naturel et simplicité. Son témoignage en est d’autant plus prégnant.

Lecteurs et lectrices ont rencontré dans le précédent recueil de Cliche ses grands-mères « Éva la sèche [et] Colette la solaire ». Ces dernières « recousent le siècle à l’envers ». La poète emporte dans les vers de son nouveau recueil « un chandail tissé de signes » sans doute reçu en héritage. Elle-même tricoteuse, elle crée et recrée des liens. Se disant « mère Métaphore », elle file justement une métaphore de poète-tisserande : « ta maladresse tes absences tes manques / borde-les tendrement / comme si tu tricotais pour garnir un lit vide ». Féministe au grand cœur, elle se montre accueillante à l’endroit des hommes. Néanmoins, ils en prennent un peu pour leur rhume. Elle leur réserve quelques rangs de son tricot : « Amis sans casser ni causer, fils de femmes semblables, poètes aux longs doigts de songes, leurs cheveux parfois tricotés aux nôtres ». En maints passages, elle s’adresse à sa fille. Elle lui donne de précieux conseils : « quand le héron se perche / admire l’immobilité et le silence / qui font sa force, plains la proie / qui ne l’a pas vu ». Elle lui rappelle sa naissance dans une rue, quelque part en Orient. Apparue là, sur la chaussée, alors qu’ici l’attendait « une cordée de femmes […] / les mains chargées de tricots et de signes ».

Enfin, je n’ai rien dit des magnifiques poèmes de la seconde partie. Je peine non à exprimer tout le bien que je pense de ce livre, mais à faire tenir en un si bref commentaire la juste idée de sa richesse. Aimer une œuvre peut suffire ; on souhaiterait cependant parvenir à dire en quoi elle force l’admiration. Celle de Mireille Cliche le fait. Non seulement est-elle solidement ficelée, mais la qualité de l’écriture et la densité du propos y sont remarquables. Voilà un excellent recueil.

Publié le 18 novembre, 2024 dans Nuit blanche Numéro 176

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Suzanne Cloutier : ERRANCES : Les éditions du passage : Montréal : 2023 : 172 pages

Errances est un livre-objet, un ouvrage collectif conçu par Suzanne Cloutier qui en réalise la présentation et à qui l’on doit les nombreux dessins qui l’illustrent. Ce sont des dessins qui parlent, puisqu’ils reproduisent essentiellement des symboles, plus exactement des pictogrammes, des Zinken. Ces signes élémentaires faits de quelques traits, l’artiste les rehausse de couleurs elles-mêmes significatives : le rouge pour le danger, le jaune pour la prudence, le vert et le bleu pour la sécurité. Onze écrivain.e.s participent à l’aventure.

Le texte de présentation regorge d’informations. On y découvre entre autres les travaux du designer Henry Dreyfuss destinés à créer un langage universel. Ses recherches graphiques l’ont conduit à inventer des icônes dont découlent aujourd’hui les pictogrammes que l’on retrouve sur la plupart des objets que nous utilisons quotidiennement. Dans un ouvrage qu’il publie en 1972, Symbol Sourcebook, une section est consacrée aux signes dont se servent les vagabonds. Ces derniers les dessinent ou les gravent sur les murs.  À l’aide de ces signes, les bohémiens, hobos, voyageurs ferroviaires clandestins de Suède, d’Angleterre et des États-Unis partagent entre eux diverses informations relatives aux contrées où ils séjournent, à l’accueil qu’on leur réserve. C’est à ces pictogrammes et à ceux qu’elle découvre dans le Dictionary of Symbols de Carl G. Liungman, un sémiologue suédois, que Suzanne Cloutier redonne vie dans ce très beau livre.

L’œuvre de Jean-Michel Basquiat et les écrits de Jack Kerouac éclairent également le parcours de l’artiste. Basquiat est un anticonformiste notoire. Son mode de vie bohémien n’est pas sans rappeler la quête de liberté commune à certains vagabonds. Le peintre intégra des pictogrammes dans ses travaux. Les communautés francophones de la Nouvelle-Angleterre, dont la famille de Kerouac, font face à la misère tout en s’entraidant. Près de la porte d’entrée de leur maison, un banc est réservé aux quêteux.

Suzanne Cloutier ratisse large. Elle évoque la figure de Martin Luther (1483-1546), auteur d’un ouvrage, le Liber vagatorum, dont la préface fustige les vagabonds et les Juifs. Adolf Hitler lui-même « déclare les vagabonds ‘‘ asociaux ’’ au même titre que les sans-abris, les mendiants, les petits délinquants, les alcooliques et les chômeurs. » (page 21) On aura compris que le travail de Suzanne Cloutier rend hommage à ces exclus et ces parias.

Les écrivains invités font de même. Ils joignent leur voix à celle des pictogrammes. Pictogrammes qui, éloquents pour les initiés, nécessitent la « traduction » offerte par l’artiste pour chacun de ses dessins, lesquels se voient donc accompagnés de mots laconiques éclairant leur signification. Ces signes, on l’aura deviné, sont relatifs à des informations vitales que se transmettent les itinérants. En enfilant leurs misérables perles sur le fil d’un poème imaginaire, on obtiendra ce qui suit. La première section du livre s’intitule Danger. Voici le poème qui résulterait de la suite des « traductions » inscrites sur les dessins : « Livre rouge / Cette eau est dangereuse / La maison est bien gardée / Un crime a été commis ici / Préparez-vous à vous défendre / Gens hostiles / Partez sans tarder / Gens désagréables et chiens méchants, etc. » La dernière section offre des pictogrammes plus sereins. J’en fais défiler les mots d’empathie et de solidarité : « Livre vert et bleu / Ici, on donne du manger / C’est l’endroit idéal / Si vous êtes malade, on vous secourra / Vous pouvez dormir dans la grange / Il y a des fruits dans le jardin / Femme au bon cœur : offrez-lui une histoire émouvante, etc. » 

Les textes et les poèmes de Joséphine Bacon, Marie-Andrée Gill, Catherine Mavrikakis, Laure Morali, Alex Noël, Rodney Saint-Éloi et Élise Turcotte prolongent de brillante façon les dessins de l’artiste. L’errance est au cœur de chacun. La souffrance également. Jean Barbe et David Gaudreault l’expriment de manière saisissante. Perrine Leblanc réalise un récit remarquable. Mauricio Segura propose une histoire toute pleine d’humanité.

Recension parue dans le magazine Nuit blanche, numéro 173

Lise Gauvin : Créer écouter – Portraits d’artistes et d’écrivain.es : Essai : Mémoire d’encrier, Montréal, 2024, 237 p. 

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. » Découvrir au-delà de son propre savoir, aller à la rencontre de l’autre, c’est là ce que les vrais voyages permettent de réaliser. Mais parcourir le monde, c’est aussi parfois demeurer dans sa chambre, ouvrir un livre et laisser la magie opérer.

De Xavier de Maistre, retenons ce beau titre : Voyage autour de ma chambre. Heureusement, Lise Gauvin ne s’est pas enfermée dans la sienne. Aux intenses pérégrinations que lui ont procurées les livres, elle a ajouté les voyages et les séjours à l’étranger. Au cœur même de notre Belle Province, elle a aussi accueilli des voyageurs venus des quatre coins du monde. Tout cela lui a permis de faire de belles rencontres. Souvent, à l’étranger, elle a côtoyé des écrivain(e)s de son propre pays. Ceux et celles que l’on retrouve dans son essai sont, pour la plupart, devenus ses amis. Compagnons et compagnes, mentors parfois, comme le fut Édouard Glissant. Dans la première partie, ils font l’objet de portraits ; la seconde réunit leurs entretiens avec l’auteure.

On prononce le mot essai et l’on voit le visage de certains exprimer quelque réticence. Ils préfèrent les mondes imaginaires. Les romans. Ils redoutent d’entreprendre la lecture d’un ouvrage qui serait savant. Eh bien ! Des livres exigeants, l’auteure de Créer, écouter en a plusieurs à son actif, et il est vrai qu’ils nécessitent la collaboration de la part de qui entreprend de les lire. Son essai Des littératures de l’intranquillité (2023) en constitue un bon exemple ; mais, pour sérieux qu’il soit, en plus d’être fort instructif, il demeure accessible. Son dernier opus l’est encore davantage dans la mesure où Lise Gauvin y fait part de ses rencontres avec des êtres vivants. Ils ont beau être des intellectuel(le)s, des écrivain(e)s qui pensent notre monde et y interviennent de manière active – pensons à Gaston Miron, à Joséphine Bacon, à une fascinante Assia Djebar –, l’auteure nous les présente dans ce qu’ils ont de plus humain. Nous les voyons vivre dans ces portraits. Nous les entendons parler dans les entretiens qu’elle réalise avec eux. Des anecdotes savoureuses nous permettent de les découvrir.

Jean-Paul Riopelle nous apparaît dans son merveilleux quotidien. Il évoque un souvenir délicieux. Rue Fontaine, André Breton le conduit dans sa chambre. « Il y avait un grand Picasso au pied du lit et il me dit : ‘J’adore ça.’ C’est Picasso qui lui avait donné un tableau. Il me dit : ‘Tu penses, ce n’est pas demain que je vais montrer ça aux autres surréalistes’, parce qu’il fallait être anti-Picasso chez les surréalistes : Picasso était communiste. En fait, Breton et moi, on adorait. »

On ne fait pas que s’amuser dans ce livre. Avec Édouard Glissant, Lise Gauvin fait un retour sur la poétique de la relation. Une forte volonté animait le poète martiniquais. Il désirait créer un « lieu et […] une culture ouverts sur la totalité-monde ». Les concepts dans cet essai sont amenés de manière claire et efficace, celui de créolisation, par exemple. Gaston Miron n’est pas en reste, chez qui un langagement demeure exemplaire.

L’ouvrage est dédié à Dany Laferrière, et pour cause, il avait suggéré à l’essayiste de l’entreprendre. Celle-ci présente son travail comme une série d’exercices d’admiration. L’admiration en est contagieuse. Et le plaisir est grand de redécouvrir Marie-Claire Blais, Anne Hébert ainsi qu’une parfaite inconnue du nom d’Anne Magnan ; je dis « inconnue », mais les lecteurs d’Et toi, comment vas-tu (2021), ce très beau roman de Lise Gauvin, ont déjà fait sa rencontre.

À tous ces superbes portraits, il manque celui de l’écrivaine elle-même. Gérald Gaudet serait bien placé pour l’exécuter tout en donnant la parole à l’auteure. À quand un entretien où Lise Gauvin présenterait ses propres travaux ? Ce serait l’intervieweuse à son tour interviewée. Celle qui sait si bien écouter a beaucoup de choses à raconter.

Recension publiée précédemment dans le numéro 176 du magazine Nuit blanche