Pierre Perrin : Le goût de vivre : Essai : Éditions Possibles (Hors-série) : 2025 : 160 pages

D’un tel livre, impossible de tout dire. On y trouve de belles pages consacrées à l’amour. La poésie y tient une place de choix. L’auteur souligne ses liens avec l’âme, car la poésie l’élève, et réciproquement. « Comme un enfant cherche sa voie, le poète balbutie et lève un rythme qui le jette en avant de lui-même ». Un chien occupe dans son âme une niche dorée. C’est un chien qu’il n’oublie pas. Presque tous ses livres lui réservent une mention spéciale.

D’un tel livre, impossible de tout dire. En matière de langue et d’écriture, l’auteur y prêche par l’exemple tant sa plume est à la fois ferme et virtuose, capable d’imprimer dans la page un généreux sillon de sens, apte à susciter la réflexion et la rêverie. Cet écrivain parvient aussi à nous émouvoir. Çà et là se trouvent des enchantements, des bonheurs d’expression. Pierre Perrin invente des formules saisissantes. « On n’a jamais vu de parents manchots souhaiter que leurs enfants soient culs-de-jatte. » Chez lui, réfléchir se fait parfois en souriant. À l’occasion, sa rage de vivre le conduit à ruer dans les brancards. Il ne se gêne pas pour dire ce qu’il pense, au risque de froisser des frilosités.

Son livre serait donc un essai. C’est ainsi du moins qu’est présenté Le goût de vivre. Certains diront qu’il s’agit plutôt d’un recueil d’essais, puisqu’on y traite de différents sujets, abordés du reste de manière composite. L’auteur, bien entendu, a de la suite dans les idées, cela paraît indiscutable. De chapitre en chapitre, il ne les développe cependant pas en suivant un fil linéaire, en construisant bloc sur bloc l’édifice de sa pensée. Sa liberté est grande, il en dispose à sa guise.

Ce livre, je tiens à le préciser, est véritablement un essai. Certes, la matière dont discute l’auteur est diverse. Il s’interroge sur les aspects multiples du vivre en société : l’amour, la guerre, la religion, la politique, la Droite, la Gauche, l’éducation, la culture, le monde des livres, la poésie, la modernité, etc. sont les sujets qu’il scrute et analyse. Il pose des questions ; il prend position.

Il ne s’agit pas pour Pierre Perrin de toucher à tout. Il ne procède pas à la manière du dilettante qui en fantaisiste survole le monde au gré de ses caprices afin d’ajouter çà et là son grain de sel. L’heure pour Perrin est plutôt grave. Il a vécu. Le temps des bilans pour lui est venu, le temps de la transmission, du legs. Il écrit pour la suite du monde. Non pas en désespoir de cause, mais parce qu’il croit fermement que le goût de vivre doit également animer les générations futures. C’est à elles qu’il s’adresse. Il parle aux jeunes gens, tente de les aiguillonner, de susciter en eux le désir de l’action et du savoir, de la culture et de la curiosité, de la lucidité surtout et de l’amour.

Sur la quatrième de couverture, il apporte des précisions sur la nature de son ouvrage, sa genèse, sa fabrication. S’il est un lieu où d’ordinaire l’écrit s’élabore au plus près du sujet, c’est bien celui du journal intime, où jour après jour se trouvent consignées les émotions ou encore les opinions, les pensées. Une âme sensible y panse ses blessures. Ce n’est pas le cas ici, mis à part des incises où le chien adoré de l’enfant qu’était Pierre est dans sa mémoire une fois de plus victime d’un crime. J’y reviendrai peut-être. L’auteur lui-même y revient toujours, preuve que l’enfance jamais ne nous quitte vraiment.

Si l’âme sensible verse des pleurs dans un journal intime, un esprit rigoureux y recourt plutôt pour pousser plus avant l’ensemble de ses idées. L’actualité stimule ses réflexions, le monde tout autour les inspire. L’être ne se referme pas sur soi, ne contemple pas son nombril, ne numérote pas ses abattis. Bien au contraire, il s’ouvre aux autres, prend note des plaies du monde contemporain, réfléchit à des solutions, profère des mises en garde. C’est ici ce que fait l’essayiste. Du haut de ses trois quarts de siècle, au risque de passer pour un « père-rigueur », il adopte la posture du moraliste. « Une morale doit s’incarner. » Il tranche. Quelque chose comme le mal existe, il faut l’admettre. On doit identifier et combattre les maux qui accablent notre siècle. Pierre Perrin est un écrivain engagé. Il parle de ce qu’il adore et ne craint pas d’afficher ses détestations, de dénoncer des aberrations, des abus. Il en voit chez les politiques, les idéologues, les artistes et les écrivains. Dans les médias aussi. On peut être ou non d’accord avec lui sur certains points, partager ses coups de cœur, ses aversions. Quel que soit notre camp, force est d’admettre que l’auteur n’avance pas ses pions à l’emporte-pièce. Ses positions ne sont jamais prises à la légère. Voici un homme qui s’informe, qui tient compte des faits. Ses arguments sont étayés. Des chiffres, des statistiques les appuient. Le « père-rigueur » respecte les principes qu’il met en avant : il ne fait pas que promouvoir « la nécessité de la rigueur », il l’applique en tout et partout dans son travail. Sa pensée est rationnelle.

En matière de goût, les calculs sont cependant moins efficaces. Certains goûtent l’œuvre de Proust, d’autres pas. La fine gastronomie littéraire ne nourrit pas le plus grand nombre. Difficile de prouver que les écrits d’Yves Bonnefoy l’emportent sur ceux de Jacques Prévert. Tout dépend de qui lit qui. Bien sûr, les littéraires peuvent discuter savamment et faire valoir intelligemment leurs positions. Quand Pierre Perrin parle de poésie, il dénonce des impostures. Quoi qu’il en soit, il parle en connaissance de cause. Il aime, il déteste. On le suit ou pas.

On justifie sans trop de mal une position politique. On argumente. Du reste, quelque chose comme la science politique existe, mais la politique souvent la contredit. On aura beau concevoir des mesures concrètes et raisonnables pour lutter contre la pauvreté, les intérêts du commun sont souvent fauchés par ceux qui tirent les ficelles de la haute finance ou du pouvoir. On imagine facilement un Pierre Perrin lisant le journal de la première à la dernière page, très au fait des informations, éclairé, et ne prenant pas les vessies pour des lanternes. Il vit en France. Aujourd’hui. Le passé demeure pour lui un point de référence. De grands penseurs de l’Antiquité à aujourd’hui, en passant par la Renaissance et les siècles de la grande Histoire, nourrissent ses réflexions. Dans le chaos, Montaigne l’aide à réfléchir. Mais force est d’admettre que Montaigne n’a connu que l’intelligence des humains et non celle de l’IA, que les guerres de religion ne sont plus ce qu’elles étaient, que la France a changé de visage. Elle fait face à des enjeux que les Français doivent envisager au présent, avec les moyens actuellement à leur disposition. Ceux dont dispose Perrin sont de l’ordre du littéraire. Les problèmes du monde où il vit, où nous vivons, le submergent et nous submergent tout autant. Comment y voir clair ? Certainement pas en chaussant des lunettes roses.

Où en la France aujourd’hui ? Perrin ne vit ni au fond d’une grotte ni dans un jardin fleuri à l’écart du monde. Depuis sa petite enfance, passée dans un monde rural qu’on peut facilement imaginer homogène quant à sa population, son pays s’est grandement transformé. De nouvelles tensions sociales ont surgi. Des Français se sont écriés : « La France aux Français ! ». On veut un peu partout dans le monde, par exemple dans le pays de Trump, fermer des frontières. Ailleurs, on ouvre les bras, on accueille. On se montre généreux. Dans son essai, l’auteur se penche sur la générosité. Jusqu’où peut-elle aller ? « La générosité à courte vue ferait offrir à un aveugle ses lunettes. » — « L’égalité peut se régler au cordeau, dans la façon taille-haie ; la générosité de principe cisaille tout ce qui dépasse. » — « Générosité de slogan, dureté du portefeuille ! » Une autre citation éclaire le sens de ces énoncés. La voici.  

« La crise est profonde ; l’issue improbable. L’élévation du plus grand nombre révèle une injustice. Les capacités de chacun ne sont plus reconnues à leur juste valeur. Est-ce que surcharger une barque décuple le risque de chavirer ? Est-ce qu’à recueillir toute la misère du monde en France, en Occident, la vie des natifs ? … Une telle interrogation reste un crime de lèse-égalité. »

J’ai mentionné le caractère hybride de cet essai. Il s’explique par le fait que l’auteur a prélevé la plupart de ce qui constitue ses chapitres dans le journal qu’il a tenu à partir de l’année 2015. Cela donne droit à de la variété. Celle-ci n’entache pas la cohérence de l’ensemble. J’en veux pour preuve, et de la variété et de la cohérence de l’ensemble, un petit morceau justement intitulé « Le généreux ». Il s’agit d’une fable. Une fable dans un essai ! C’est dire l’originalité de l’ouvrage.

Je résume. Malheureusement, on perdra la saveur du texte : Sur le seuil de sa porte, l’ouvrant largement à qui passe devant, se tient le Généreux. Et pauvres gens, miséreux, malades de se précipiter alors les uns à la suite des autres dans son humble demeure. Peu à peu, des objets disparaissent. Un invité s’intéresse de trop près à la fille. Il la force. Ce qui a si bien commencé se termine dans le sang. Les nouveaux venus murent « de l’intérieur la porte de la maison. »

Voilà ! Pierre Perrin a osé cette fable. Les méfaits de la générosité y sont-ils généralisés ? La générosité est-elle caricaturée ? Une chose est certaine, l’auteur n’a pas la plume dans sa poche. Il l’en sort pour écrire le plus librement du monde. Sa fable peut donner froid dans le dos. Crainte de ce à quoi peut conduire un excès de générosité ou indignation de ce que l’on puisse aller jusqu’à parler d’excès, dès lors qu’il est question de générosité. Soyons honnêtes. Ouvre-t-on vraiment sa porte aux indigents ?

De nos jours, de moins en moins, on semble faire à Rome comme les Romains. On en perd son latin. Un timoré ne le crierait pas avec autant de force que notre auteur. Il n’use pas d’une langue de bois. Chez lui, un chat est un chat. Quand on le laisse entrer chez soi, il arrive qu’il rugisse comme un chacal, disons plutôt un tigre. Mais, comparaison n’est pas raison. Soyons plus précis ; tenons-nous-en à ce qu’écrit Pierre Perrin, noir sur blanc, en regardant le monde droit dans les yeux.

Il écrit ceci : « Comment interdire [le viol], quand la pornographie le livre à tout gosse connecté, qui formate son cortex, et que l’Islam en fait un de ses points cardinaux […] ? » — « Quand elle veut recruter en France, une religion de sept siècles plus jeune que la catholique avance : ‘’ L’Islam est paix. Pourtant, la France nous rejette, qui refuse le port du voile, la non-mixité, le halal, la prière. ’’ La victimisation s’ensuit. » — « Si une civilisation fracture la paix, la charia prône l’éradication des civilisations qui la contestent. » — et : « Les livres qui appellent à « la guerre sainte » sont à détruire, et au premier chef ceux qui les propagent. Vivre en paix est à ce prix. »

On ne saurait avoir moins froid aux yeux. Au risque de jeter de l’huile sur le feu, notre essayiste écrit en libre penseur. Ce faisant, il donne à réfléchir. « [Il] cultive le doute, sans l’ériger en dogme. » Il n’hésite pas à faire valoir ses convictions. Celles-ci reposent, c’est là un principe auquel il ne déroge pas, sur l’étude et l’analyse : « De ce que l’école enseigne, il faut conserver la méthode, dégraissée des idéologies, et toujours exiger la cohérence du discours. Si une conviction s’érige après qu’un faisceau de preuves l’éclaire, adoptons-la. Taire ses convictions, c’est se mordre la langue. » Perrin ne se mord pas la langue. Quelles sont ses convictions ? Quelles sont ses objections ? En faveur de quoi milite-t-il ? Contre quoi monte-t-il aux barricades ?

Une utopie l’anime. Je dirai sous peu en quoi elle consiste. Dans la colonne des pour, voici les principaux. Le premier chapitre s’intitule « Qu’est-ce que vivre ? ». L’amour arrive en tête des réponses données par l’auteur : « Nous vivons pour respirer l’amour et l’inspirer plus profond, au large, apprendre et posséder, nous surpasser. » Chez lui, le goût de vivre ne va pas sans le goût de lire. « Lire, c’est vivre, écrit Proust, que sa chambre tendue de liège abritait. Mais vivre, c’est aussi lire … le monde tel qu’il se presse à notre rencontre. » On ne s’étonnera pas de voir l’auteur faire la promotion de la curiosité intellectuelle. L’école doit y pourvoir. Par après, chacun pour soi doit y voir, poursuivre sur la lancée de la curiosité que l’école a instillée en lui. La culture est un bien qui se conquiert et doit être développé. Lire, c’est ouvrir des livres et partir à l’aventure, mais attention ! Il est des aventures autrement nourrissantes que celles déployées par les manufacturiers du seul divertissement. L’auteur n’est pas rabat-joie, il rappelle cependant que le livre peut à la fois instruire et divertir. En cela, notre homme est classique. Or instruire, chez lui, s’avère un processus lié à la rencontre de l’autre. Lire, c’est partir à la découverte. C’est développer son être, ouvrir ses yeux sur le monde. Certains livres offrent un tel type d’aventure. Pas tous. Avec les mauvais livres pourrait commencer ici la liste des contres.

L’auteur se montre intraitable sur la question de la langue et de sa correction. Il n’en démord pas. En cette matière, il est contre toute forme de relâchement, surtout quand il s’agit de livres. Il souligne des fautes chez les plus grands ou les plus célèbres — ce ne sont pas toujours les mêmes. Mais il y a pire que les fautes, il y a les phrases sans queue ni tête, formulées maladroitement, boiteuses, pauvres phrases, maigres de sens. Elles pullulent dans certains romans. Et même en poésie. « À côté de ces misères, des métaphores en cascade ne concourent-elles pas au charabia ? Que peut bien refléter un ‘‘miroir / forgé par les entrailles / d’un cerf en brame ’’ ?

Perrin rappelle qu’à la fin de sa vie, Roland Barthes « déplorait le massacre de la langue française. Il déplorait la perte de la ‘’ Phrase absolue ’’, massacre auquel il avait contribué en imposant … la modernité. » On ne s’étonnera pas de découvrir bientôt un aveu très cinglant : « Je hais les modernes […] » On permettra cependant à l’auteur de justifier cette déclaration. On la lira en prenant en compte ses arguments. Par exemple, dans le domaine de la poésie, ne peut-on prendre en considération ses constats ? N’offrent-ils pas matière à réflexion ? N’y a-t-il pas lieu pour les poètes de se livrer à un sérieux examen de conscience. « La poésie vrombissait la langue des dieux. Les dieux récusés, la langue en charpie la tue. La pensée en capilotade confine cet art, sinon au silence, du moins au pilon. Le public ne boude pas la poésie ; ce qui en tient lieu le fait fuir. Abruti par ce qui remplace l’excellence, il l’ignore. » Je rappelle un titre, celui d’un ouvrage suscitant encore aujourd’hui la controverse. Il a été écrit par Roger Caillois. Les impostures de la poésie.

Il arrive à Perrin de déplumer des gloires souvent consensuelles. Il écorche au passage des écrivains, primés pour la plupart, que plusieurs révèrent ou qui depuis longtemps tiennent le haut du pavé. Il ne pardonne pas la platitude, les pensées à ras de sol ou qu’il tient pour telles. Là encore, on peut abonder dans son sens comme on peut s’interroger sur ce qui motive ses rejets. Il les justifie.

Si la science et la raison soutiennent ses idées sur le monde et la société en général, pour ce qui a trait aux lettres, c’est une autre affaire, une affaire de goût. Lui, il a envie de vivre et d’aimer. Il goûte les ouvrages qui célèbrent la vie, qui donnent le goût de vivre. Il voit d’un mauvais œil un nihilisme ambiant auquel il oppose une espérance. S’il a destiné son livre à la jeunesse, c’est qu’il croit fermement aux possibles qui s’offrent aux jeunes générations. Pour peu, qu’elles ne rejettent pas les héritages, en un mot la culture et les rigueurs de l’analyse, elles seront en mesure d’opérer dans le monde les changements qui s’imposent. Je crois ici important de citer un large extrait du chapitre qui a pour titre « Qu’opposer à des crécelles ». Dans ce passage, l’auteur résume en peu de mots la situation prévalant dans le monde actuel. Il fait par ailleurs une étonnante proposition.

« La géographie fait l’Histoire qui, souvent, remodèle la géographie. Sur les cinq continents, combien de territoires deviennent des pays ? Les gens qui les habitent forment des peuples ; ils ont des habitudes. Quand certains usages du voisin semblent insupportables, ou d’innombrables rivalités entre les citoyens, une guerre intervient. Le multiculturalisme assure une autonomie pour certains étrangers, mais la coexistence sur un territoire, voire un pays, au milieu d’un peuple originel, de façons de vivre lointaines, importées, heurtent certains : l’excision des jeunes filles chez telle population, l’appel des cloches en Occident, celui du muezzin au Levant, une lapidation de femmes adultères ou, plus moderne mais aussi délétère, une correction sans procès par un jet d’acide au visage. La paix peut-elle exister sans une cohésion de mœurs, voire de pensée ? Un regard soutenu figure ici et là une invitation sexuelle, ailleurs un affront. Où fixer la bonne interprétation ? Pour savoir, il faut apprendre, réfléchir, à défaut d’avoir voyagé, sans trop oublier le peu qui s’impose à notre cervelle. Des hommes s’en dispensent, qui croient aux bienfaits de la surprise, au vivre plus fort dans l’inconnu. Aussi, vanter une société vouée à l’incompréhension, aux déchirements, confiée parfois à des chefs qui s’entretuent par l’entremise de leurs fidèles, est-ce durable, est-ce viable ? Certes, il faudrait que les cinq continents ne constituent plus qu’une confédération, la guerre enfin reléguée au passé. On en est loin. »

Il est temps de mentionner ce qui importe le plus aux yeux de Perrin, temps de faire place à ce qu’il entrevoit pour l’avenir. Dans quelques passages, il formule un souhait, un espoir. Il esquisse un rapprochement avec le loin dont il vient d’être question, avec ce loin qui est le loin le plus lointain qui soit, non pas un rapprochement avec Dieu — il s’est clairement prononcé à son sujet —, mais plutôt avec le moment où sera inaugurée une paix viable à l’échelle de la terre. Le poète évoque des « frontières élargies », la fin des « pays-nations d’origine devenus des régions [souscrivant] à une langue commune ». À l’horizon, si son souhait se réalise, se dresseront « les États-Unis de la terre. » Il prononce le mot utopie et souligne que lui ne sera pas là pour assister à l’avènement de ce monde nouveau. Je ne puis m’empêcher de penser qu’une telle utopie a de quoi plaire autant aux tenants de la Droite (« parfois maladroite ») qu’à ceux de la Gauche … Somme toute, l’idée sourira peut-être davantage à ceux qui s’identifient à la Gauche, puisqu’elle participe des idéaux de fraternité, de liberté et d’égalité. 

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

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