Hugo Satre : Les Malades métaphores : Essai : Les Éditions du Boréal : Collection « Liberté grande » : 2026 : 112 pages

Comment le langage que nous tenons façonne-t-il notre rapport collectif et personnel à la maladie ? D’une part, la science, la médecine tiennent au sujet de la maladie un discours qui se veut objectif et rationnel, analytique, basé sur des observations et des recherches cliniques conduisant à poser des diagnostics et à proposer des traitements. D’autre part, l’imaginaire et le mythe produisent des récits qui font de la maladie une métaphore. Susan Sontag croyait qu’il fallait débarrasser la maladie du bagage métaphorique dont elle se voit accablée, qu’il fallait l’en débarrasser en raison de son pouvoir stigmatisant, les malades ayant été au fil de l’histoire et étant souvent encore, comme au temps du sida, tenus responsables des maux dont ils étaient ou sont affligés. La santé étant dans cette optique l’apanage des bien-pensants et des justes, alors que les malades, pestiférés, syphilitiques, cancéreux et autres seraient les victimes de leur mauvaise conduite, la maladie étant chez eux le fruit pourri qu’ils récoltent en conséquence du mal dans lequel ils se seraient vautrés. Susan Sontag s’inscrit en faux contre cette fâcheuse rhétorique, discriminatoire. Elle la condamne dans un essai intitulé La maladie comme métaphore.

Hugo Satre écrit Les Malades métaphores. Un ouvrage troublant qui à sa manière relance le débat, repose la question de la maladie comme métaphore. Ce titre est aussi curieux que le titre donné par Sontag à son essai. Il faut sans doute avoir lu l’essai de Sontag pour bien en comprendre le sens. Quant au titre donné par Satre à son propre livre, l’auteur ne se montrera certainement pas déçu si dans un premier temps on avoue ne pas trop le comprendre. En effet, à travers son essai, il se réclame plutôt du parti de l’indécidable du sens, du flottement en l’air du drapeau de la métaphore, à laquelle métaphore jamais nul sens ne se voit définitivement accroché. Tout de même, au sens, même d’un tel drapeau, il est bon de s’arrêter.

En l’absence d’une majuscule au mot « Malades », on pourrait se demander si ce mot n’est pas un qualificatif, auquel cas la métaphore serait dite malade. Malade, et par conséquent impropre à désigner quoi que ce soit, au premier chef, la maladie elle-même. Mais tel n’est pas le cas, il y a bel et bien une majuscule au mot « Malades ». Il est suivi d’un nom épithète et non d’un adjectif. Comme dans « paquet cadeau » ou « mur écran », le nom épithète a ici valeur de qualitatif, « métaphores » qualifiant les « Malades », ceux auxquels réfère le titre. Ce sont de grands Malades, d’où la majuscule. Il est clair que l’auteur établit un lien entre les malades et les métaphores, que selon son point de vue les malades seraient eux-mêmes des métaphores.

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un malade ? Et surtout, qu’est-ce qu’une métaphore ? Satre entend-il ce mot dans son sens usuel ?

« L’aura-t-on bien compris, ceci n’est pas un livre de médecine. » C’est Hugo Satre lui-même qui le déclare. La lecture de son livre ne nous apprendra donc pas ce qu’est un malade. Il ne s’intéresse pas à la chose comme on le fait dans les facultés de médecine. Il lui faut creuser, aller au fond de ces choses que ne prennent pas en compte les médecins. Choses de la psyché, pourrait-on dire, et du social. Quant à la métaphore, disons-le tout net, son livre n’est pas un traité de poétique ou de rhétorique. Il ne porte pas sur les procédés littéraires. Ni sur la figure qu’est la métaphore — en tant que figure ou instrument. Son but est d’éclaircir les liens qu’entretiennent les malades que sont principalement certains écrivains et artistes, mais pas tous, uniquement les grands, avec les métaphores, en d’autres mots avec la littérature et ce qui à travers elle en vient à « signifier » de l’intérieur leur propre situation, alors que ces grands malades parlent à partir de leur propre corps, en disant leur état d’être défiguré, transformé, métaphorisé par la maladie, et ce, en exprimant leur mal-être mieux que ne saurait le faire le discours médical. Le chiffre étant ici déclassé par la lettre.

La littérature, celle dont Hugo Satre dit qu’elle est réellement littéraire, ne peut en aucun cas subir la contrainte du rationnel, de la logique enfermant la maladie dans le carcan de la cure. Le savoir médical aux yeux du malade, à son corps sans défense, est lui aussi restreint, à tel point que l’auteur de ce livre en vient à penser que les « Malades métaphores » en savent davantage à ce sujet que ceux qui tentent de les soigner. C’est l’impression en tout cas que lui donne l’écrivaine Kathy Acker qui, cancéreuse, refusait toute forme de traitement.

La thèse de l’auteur, mais ce terme ne s’applique peut-être pas tout à fait ici, peut être résumée par le parallélisme suivant, l’auteur affirme : « La maladie est une métaphore. La métaphore est une maladie. » À prime abord, cela paraît curieux. Ce l’est moins si l’on suit attentivement l’auteur. Il puise chez Zorn ce qui vient étayer son raisonnement. Raisonnement ? Oui et non, en tout cas, raisonnement où la raison le cède à la métaphore. Thèse ? Plutôt un pari.  Satre exprime sa « foi au règne du métaphorique. » En compagnie d’une cohorte de grands malades triés sur le volet, il souscrit à cette idée qui fait de la métaphore le détour par lequel passer pour parvenir à la vérité de la maladie et de la mort.  Il considère que les écrivains malades du vingtième siècle, tuberculeux, cancéreux, sidéens, fous, etc., ont remporté leur pari « en faveur de la grandeur de la maladie, contre ce qui se profile finalement comme le trop petit horizon de la santé. »

Satre confie que l’histoire de la littérature telle qu’il la raconte est indéfendable, il ajoute qu’il s’agit là d’une folie « tout aussi vraie, qu’indémontrable. »  À l’instar de ses Grands malades, il croit que la littérature est « acceptation de ce que refuse la pensée par la preuve ». Il a choisi son camp, s’est définitivement assis à la table de ceux qu’il appelle « les grands malades », ayant en commun avec eux « une pensée du dérangement », de l’étrangeté du soi à soi, alors qu’avec la métaphore on en vient à se réveiller « du sommeil de l’identité » et que prend fin « le règne objectif de la preuve ». Avec ces « grands malades », avec ces « Malades métaphores », la littérature se voit « affranchie de la contrainte de la logique ». Malade, lui-même, Freud en viendra dans son dernier livre à choisir le camp de la métaphore. Et Satre d’affirmer alors que ce qui est vrai pour la tradition (référence au Moïse de Freud), l’est également pour la littérature, laquelle « doit subir le destin du refoulement, l’état de ce qui séjourne dans l’inconscient », car en fait, ce n’est jamais l’écrivain qui écrit, jamais l’homme ou la femme dont l’identité serait une et immuable, fixée par et dans un état positif de santé positive, mais « c’est la maladie nommée qui écrit », et ses métaphores procèdent donc de l’inconscient.  

Ce livre, on l’aura compris, n’est pas un essai qui objectivement parlant cherche à expliquer, clairement, méthodiquement, encore moins à prouver, sinon de manière illogique (métaphorique, littéraire), en quoi et pourquoi il est possible d’affirmer, comme son auteur le fait, que « la métaphore est une maladie et la maladie une métaphore. » Sa « démonstration », je mets le mot entre guillemets, peut sembler compliquée, d’autant que l’auteur ne prend pas son lecteur par la main. À la limite, il lui suppose un savoir équivalent au sien ou fait fi de sa relative ignorance. Me suive, semble-t-il se dire, qui aime la littérature, la vraie, car il existe au moins deux sortes de littérature, la petite (destinée à plaire, elle ne fait que divertir) et la grande (elle porte sans complaisance son regard sur la souffrance). Procéder ainsi témoigne paradoxalement d’une forme de respect qui consiste à se montrer fidèle à l’exigence du littéraire, voire de la métaphore. Une forme de respect aussi manifesté à l’endroit du lecteur, à qui l’on propose de s’aventurer selon ses propres termes et moyens dans les dédales de l’ouvrage, ouvrage qui au demeurant est solidement conçu, tout à fait ouvragé. Oui, que le lecteur se débrouille, on peut lui faire confiance. S’il ne partage pas les mêmes références que l’auteur, il peut selon l’expression aujourd’hui consacrée faire lui-même ses recherches. J’ai été dans l’obligation de faire les miennes, puisque l’ouvrage n’a en rien des vidées didactiques, d’enseignement s’entend — l’auteur ne renseigne pas, il va son chemin ; il faut aller de l’avant avec lui, quitte à revenir sur nos pas, à chercher en amont du livre ou ailleurs ce que le livre ne dit pas, ou ne dit qu’au détour d’une phrase, rapidement, en l’esquissant, par exemple au sujet de Sontag et d’Illness as Metaphor. Mais un lecteur peut être distrait ou ne pas se montrer à la hauteur. Chose certaine, l’essai de Satre incite à découvrir ou redécouvrir les auteurs et autrices à partir desquels s’élabore sa réflexion. Déjà, dans l’éclairage qu’en donne l’écrivain, ces derniers apparaissent de manière lumineuse, entre autres, Artaud, Zorn surtout, Thomas Mann, Duras et Freud, ce dernier venant « avaliser » ultimement et brillamment le travail de Satre.

Ce livre s’ouvre avec une préface signée Catherine Mavrikakis. Il convient de la lire avant et après avoir lu et relu l’essai de Satre. Elle met en évidence les lignes de force de l’ouvrage. Elle écrit : « [la langue] doit désespérément travailler à construire un sens insensé, s’attarder à un travail forcené de métaphorisation qui permettra à l’étrangeté de la condition humaine d’apparaître dans le corps du langage. »

L’essai d’Hugo Satre ne se résume pas. Il se lit. Chercher à synthétiser sa pensée entraînerait trop de pertes, laisserait en plan la colère qui l’anime, l’étrangeté et la brillance dont il fait montre. Cette brillance dont parle l’essayiste, je n’en ai glissé mot, lecteurs et lectrices la découvriront par eux-mêmes. En fait, au moment de poser la plume, je réalise que je n’ai à peu près rien dit, tant cet ouvrage est riche. La brillance métaphorique du mortifère y atteint son point culminant. Et si l’ensemble paraît fort savant — ce qui est un luxe dont nul ne saurait se plaindre —, si l’auteur, par moments, comme hors de notre portée, s’élève très au-dessus dans les nues ou, tel un éclaireur, arpente dans les entrailles du littéraire les plus sombres galeries de la métaphore — cela aussi étant un luxe somme toute appréciable —, un lyrisme contenu chez lui produit ultimement sa plus belle fleur. Il s’agit d’une lettre d’amour pudiquement adressée à la mère malade. Le livre tout entier lui est dédié. L’émotion est belle, émouvante. Dans le corps et l’esprit de l’adulte, au plus simple de ce qu’il est, l’auteur, enfant toujours, manifeste son désarroi et sa grande tristesse alors qu’il assiste au déclin de celle qui lui a donné la vie.

C’est là un livre d’une grande lucidité. La finesse de sa pensée, la virtuosité de son écriture en font un ouvrage remarquable. Qui plus est, la superbe de l’auteur manifeste une grande humilité. Il accueille en s’inclinant le legs que lui font les grands Malades métaphores. Il confesse avoir contracté envers eux la dette infinie de l’écriture, de la littérature, de la métaphore. Il demande pardon à sa mère de lui avoir écrit « comme ça, depuis l’échec de notre maladie. De mimer, de pasticher, de voler aux autres leur langue, leur texte, leur récit, leur maladie, au fond. » Jamais vol ne fut à ce point justifié.

Ce livre, comme preuve sublime réalisée au moyen de la métaphore, preuve affranchie de la contrainte de la pensée logique, s’écrit dans le sillage des Malades métaphores. Il parvient à prouver que leur démarche, leur marche funèbre, manifeste bel et bien la vérité indicible de la littérature, de la maladie, de la vie et de la mort.

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

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