
De La voie romaine, le précédent ouvrage de l’écrivaine, je gardais le souvenir prégnant d’un éblouissement. J’ai tant aimé ce livre qu’à sa parution je me suis empressé de faire connaître mon enthousiasme partout à la ronde. Une écrivaine de si grand talent (le mot est faible) allait-elle s’en tenir à cette seule incursion dans le domaine littéraire ? Heureusement, non. Avec ce Jean-Jacques, nous voici à nouveau en présence d’un véritable coup de génie (le mot n’est pas trop fort).

Sylveline Bourion, qui déjà avait fait paraître des nouvelles en revue, a remporté en 2022 le Prix du Gouverneur général dans la catégorie des essais avec La voie romaine. Quel sort réservera-t-on à son Jean-Jacques ? Cette biographie hors normes propose le portrait d’un musicologue qui a fait sa marque à l’Université de Montréal. Elle retrace la vie de Jean-Jacques Nattiez, un chercheur qui a voué ses énergies à des travaux de musicologie. Ce type d’activité, cette profession peuvent paraître austères. Un livre portant sur la vie d’un universitaire doit être plutôt aride. On croira qu’un tel personnage, parce qu’inconnu du grand public, ne peut en rien mériter qu’on s’intéresse à son histoire. Eh bien ! non. Il intéressera. C’est que cette écrivaine ne rédige pas une biographie classique. Elle prévient tout de même son lecteur dès la première page : « il y a de fortes chances pour que son nom ne vous dise rien. Toute sa vie durant, il s’affaira à une profession discrète, fort éloignée des activités qui occupent les hommes dont, en général, on écrit la biographie ».
En demandant à son ex-étudiante, devenue sa collègue par la suite, Jean-Jacques Nattiez s’attendait très certainement à ce que celle-ci rédige une « biographie intellectuelle ». Elle fera beaucoup mieux, faisant fi du factuel, des petits et grands détails de la vie professionnelle du musicologue, elle plongera sous la masse des réalisations du chercheur, de l’intellectuel consciencieux et laborieux (Nattiez encore aujourd’hui est un travailleur quasi compulsif, un hyperrationnel, un musicologue dont le laboratoire est le cerveau ; il est doté d’une mémoire phénoménale et puise dans une impressionnante documentation, possédant un nombre incalculable de livres, lesquels envahissent son bureau et sa maison — certains papiers et documents allant même jusqu’à se répandre durant des jours et des jours sur le plancher de son salon).
Son amie Sylveline désire explorer l’inconscient du « maître absolu », désire se rendre sous le visible pour retrouver l’âme, plus que l’esprit de l’homme, cerner son essence, atteindre son cœur d’enfant, bref le montrer au grand jour tel qu’en lui-même l’éternité ne le changera jamais. La dédicace est claire ; ce livre s’adresse à l’enfant qui se dissimule sous l’homme qu’elle désigne en ces termes : le « maître absolu ». La dédicace toute simple se lit comme suit : « Pour Jean-Jacques, enfant ». Ainsi, l’autrice ne fera-t-elle pas la synthèse des accomplissements de Nattiez, « de toutes ses réalisations intellectuelles. » Se refusant à entreprendre un banal et conventionnel projet orthodoxe de biographie, elle rédigera ce qu’elle appelle une « antibiographie ».
On l’a dit, la vie d’un savant s’enfermant dans un laboratoire semble à première vue plate et uniforme. À ceux qui le penseraient, Bourion pose la question suivante : « quelles vies méritent d’être racontées ? », et fait remarquer que celle de l’héroïne du romancier de Croisset, en raison même du fait qu’elle n’avait rien d’extraordinaire, méritait bien qu’on lui consacrât un roman : « N’est-ce pas pour sa banalité que l’existence de Madame Bovary méritait d’être racontée ? »
Dans ce qui tient lieu d’introduction à cette antibiographie, l’antibiographe tient toutefois à rassurer son lecteur. Elle affirme que malgré les « attributs de séduction plutôt microscopiques » que représente à première vue la vie méditative d’un penseur, celle de Jean-Jacques est une « vie humaine, profonde, riche, complexe, passionnante » qui mérite amplement d’être racontée. Elle en demeurera convaincue jusqu’à la fin du livre, écrivant : « À moi, il m’apparaissait plus important de donner, de cette drôle de guerre qu’est une existence, l’idée de quelque chose de plus erratique, de plus suspendu, peut-être de plus poétique que l’impression qui émane de la lecture d’un curriculum vitæ, celui-ci fût-il au demeurant très bien écrit, avec des phrases parfaitement grammaticales, et même quelques belles trouvailles de langue à l’occasion ; Il paraît que certaines appellent cela biographie.
Nous apprendrons bien des choses sur le travail de Nattiez dans cette antibiographie. Bourion ne fait pas l’impasse sur ses savants travaux, quoiqu’elle leur accorde la part congrue, préférant, comme nous l’avons mentionné, adopter une démarche fort peu académique.
Jean-Jacques Nattiez est un auteur prolifique. Il a rédigé entre autres un livre intitulé Proust musicien. Je n’ai pas lu ce livre, je ne sais donc pas sur quoi repose le lien que le musicologue établit entre le célèbre écrivain et la musique. Pour des raisons que j’ignore, je peux néanmoins à mon tour prétendre que, indépendamment du fait qu’il ait été écrit par une musicienne dans le sens propre du terme — ou non seulement, en partie, pour cette raison —, le texte de Bourion est lui-même celui d’une musicienne. Les raisons m’incitant à l’avancer, pour intuitives qu’elles soient, si je les connaissais vraiment, apparaîtraient sans doute indubitablement justes. En tout cas, il y a de la musique dans l’écriture de Sylveline, non pas uniquement en raison de la justesse de sa prose, de sa rythmique, mais parce que la composition y est très savamment conçue, magnifiquement orchestrée et parfaitement exécutée. Bien sûr, on ne saurait ici s’exprimer plus approximativement que je ne le fais, usant de termes inappropriés, fortement métaphoriques, je l’admets ; mais une chose est certaine, si Proust est musicien, Bourion l’est également, bien sûr au sens propre, mais peut-être également au sens figuré. Elle l’est, ne serait-ce que dans la mesure où l’auteur de La recherche a de toute évidence exercé sur elle une énorme influence, Proust étant à ses yeux un autre « maître absolu », que bien entendu elle n’imite pas, ne pastiche pas, mais avec lequel elle partage d’indéniables points communs. Par endroits, son écriture d’ailleurs s’en ressent, et ce, pour le plus grand plaisir du lecteur. De toute évidence, Bourion est proustienne. Elle n’en fait aucun mystère ; tout dans son Jean-Jacques ainsi que dans La voie romaine en témoigne. Marcel Proust est extrêmement présent dans sa vie et dans son œuvre. Proust étant musicien, Sylveline étant proustienne, il m’apparaît donc logique, ne serait-ce que par transitivité, de déclarer qu’elle est musicienne autant au figuré qu’au sens propre.
Le style de l’écrivain rédigeant une biographie traditionnelle est souvent celui que Barthes appelle « l’écrivant », c’est un style mat et plutôt sans relief derrière lequel s’efface celui qui écrit au profit de celui dont il parle, de l’objet qu’il objective. Style donc sans sujet, où l’inventivité est réduite à une part si peu existante qu’elle serait idéalement totalement absente. L’idéal de Sylveline Bourion se situe à l’opposé. Sa poétique est franchement originale. Des trouvailles langagières émaillent son écriture, des anecdotes sont racontées de manière si vivante qu’on les croirait sorties d’une cervelle de romancière ; les métaphores abondent, parmi lesquelles de nombreuses sont filées jusqu’à en devenir des allégories. En recourant à cette panoplie d’instruments rencontrés ordinairement et surtout dans les ouvrages de fiction ou de poésie, de littérature — je parle des figures et des procédés littéraires dont elle use ici —, l’écrivaine se met au service de son propos ; les figures ne sont pas des enjoliveurs, encore moins une manière de sirop d’érable destiné à camoufler la fadeur d’un propos qui serait médicamenteux. L’écrivaine en produisant un texte aussi séduisant ne cherche pas à atténuer la sévérité (absente) d’une étude portant sur un penseur penché sur la matière aride du discours musical, non, c’est là une manière de faire qui, je le répète, est tout à fait en lien avec son propos, propos qui ne consiste pas à présenter les travaux de Nattiez, ou si peu, mais à présenter l’homme, l’humain. Et quoi de mieux pour ce faire que d’écrire le plus naturellement du monde, comme on sait le faire quand on a des lettres, voire beaucoup, énormément de lettres ? Alors, on peut puiser dans la vie elle-même, celle que, à l’occasion d’un parcours d’étudiant et de collègue, on a eu l’occasion de partager avec le « maître absolu ». On le montre tel qu’en lui-même, dans une salle de séminaire, le séminaire d’sémio. Au risque d’être accusé d’exagération, on montre le maître en train d’étrangler un de ses élèves, on parle d’un drôle de type … honni de tous et de toutes, dont on fera une poule sans tête … Le lecteur se demandera pourquoi l’autrice raconte ce genre d’anecdotes, dont elle se détourne après une ou deux pages pour parler d’autre chose, mais à quoi elle finit par revenir, et alors, quel retour ! Combien on se rend compte que la chose est inextricablement liée à ce qu’il lui fallait rendre, c’est-à-dire le caractère du « maître absolu » et le genre d’enseignement qu’il pratiquait, sa posture. Aucune digression de Sylveline n’est gratuite.
Elle écrit le « récit d’une vie subordonnée à l’écriture. » La vie de Nattiez, je reviens sur ce point, aura été une vie unie, en quelque sorte uniforme. Depuis tout petit, il a consciencieusement étudié, travaillé, s’est voué corps et âme à son travail. Mis à part ce que la narratrice appellera un curriculum vitæ, qu’y a-t-il à raconter à son sujet ? Ce musicologue n’est pas un personnage plus grand que nature, pas Wagner ou Picasso, pas une vedette populaire dont on voudrait tout savoir, jusqu’à la couleur de ses bobettes, ni un terrifiant dictateur, ni un conquérant, ni le découvreur de l’Atlantide, ni, ni, ni … Sa vie ne comporte aucun scandale, chez lui rien d’émoustillant à se mettre sous la dent, rien de caché qu’on souhaiterait comme une fouine ramener au grand jour … Non, l’homme a vécu une vie quasi abstraite, vouée en tout cas à l’abstraction, à la recherche. Dans de telles conditions, que raconter ? Eh bien, là est la merveille ; de cet homme, Sylveline s’évertuera à montrer la toute simple humanité. Elle remontera à l’enfance de son art et permettra de découvrir justement en lui cet enfant qui depuis ses tout premiers jours a conservé ses facultés d’émerveillement, son insatiable curiosité. J’ai déjà abordé ce point et je ne manquerai pas d’y revenir.
Mais je m’égare. Il y a tant de choses à dire. Par exemple, sur les incursions que fait l’autrice dans le domaine de la bande dessinée, sur le côté Petit Nicolas de certaines anecdotes qu’elle relate. Le « biographé » en demandant à son amie de raconter sa vie imaginait sans doute tout autre chose, il a dû être charmé par le résultat final.
Sylveline Bourion fait les choses sérieusement, sans esprit de sérieux toutefois, en s’amusant et en amusant le lecteur. Elle joue. Par exemple, comme cela se trouve dans Le roman d’Isoline de David Turgeon, elle ouvre une parenthèse qu’elle ne referme qu’après en avoir ouvert deux autres : « (on se demande pourquoi : le charme de la statuaire, audacieuse et visionnaire, des aires de repos d’autoroutes privatisées est pourtant irrésistible))). » David Turgeon avait poussé la drôlerie encore plus loin : ayant ouvert depuis des dizaines de pages de multiples parenthèses, pour être quitte, il en avait bien plus tard refermé une infinité ou presque afin de s’assurer que le compte y fût vraiment.
Sylveline est franchement comique. Alors qu’elle écrit tout de même sur un monsieur plutôt sérieux, dont l’œuvre n’a à proprement parler rien de fantaisiste, non seulement fait-elle à de nombreuses reprises allusion aux albums de Tintin — elle trouve plaisir à référer souvent au capitaine Haddock —, mais aussi adopte-t-elle l’esprit et l’inventivité qu’offrent les bandes dessinées. Alors qu’elle nous fait entrer dans la salle où se donne le séminaire d’sémio, elle nous montre le professeur Nattiez dans le feu de l’action. Ce personnage est tout un personnage, presque de bande dessinée. Comme Haddock évoquant les exploits de son illustre ancêtre dans Le Secret de la Licorne, il s’anime. Il est intense. Flamboyant. Un vent hyperbolique l’inspire et l’emporte. Alors même qu’il profère des choses fort sérieuses, on le croirait délirant. Il faut voir comment Sylveline Bourion le dépeint. Est-ce une caricature ? Y a-t-il exagération de sa part lorsqu’elle nous montre un Nattiez quasi démoniaque en train d’égorger un de ses pauvres étudiants ? « Nattiez, c’était cela. Je n’exagère pas. Je prie mon lecteur de croire que je n’exagère pas. »
D’accord, je veux bien. Mais lisons ceci.
« et saisissant tout à coup l’un de nous au collet dans sa poigne, le pauvre bougre à moitié soulevé de sa chaise : Sais-tu, Machin, à quel point le soleil a pu dégrader certains feuillets […] le génie de Wagner ? (silence rhétorique permettant à chacun d’apprécier ce qu’aurait été le monde sans le génie de Wagner), le génie de Wagner, je vais te le dire, moi (regard plongé dans les yeux de Machin, celui-ci persuadé que sa dernière heure était venue), le génie de Wagner, ça n’arrive qu’une fois dans l’éternité. »
Je résiste ici à évoquer une autre scène, drôle à mort. Un pauvre type, laid comme un pou, il s’agit de la poule de tantôt, un jeune Français un peu niais, et qui était la risée des autres étudiants, fit un jour une remarque qui en tant que niaiserie n’avait pas sa pareille. Là, il faudra lire par soi-même. C’est de la pure BD. Et le grand professeur d’université de réagir à cette sottise : « sans prévenir il explosa et, je dois le dire, il alla même jusqu’à lui asséner un coup derrière la tête ». La scène est hilarante. Je ne voudrais pas divulgâcher la suite, mentionner les détails les plus croustillants. Il y a de quoi être étonné. « Nattiez, c’était cela. Je n’exagère pas. Je prie mon lecteur de croire que je n’exagère pas. » On la croit sur parole.
Je m’en voudrais d’occulter la gravité avec laquelle Sylveline Bourion traite son sujet. Cette femme de lettres n’entend pas qu’à rire. Ce qui est drolatique chez elle s’inscrit dans une démarche globale qui somme toute ne manque pas de sérieux. De nombreux passages témoignent de la gravité du regard qu’elle pose sur la condition humaine : « Nous sommes tous des détenus, au fond ; notre cellule, c’est le temps, c’est l’époque dans laquelle le hasard ou les dieux nous ont fait naître, époque à laquelle nous sommes beaucoup plus rigoureusement enchaînés que nous le serions, par des fers, à une geôle ou une galère. » Certaines pages de ce livre jettent sur la vie un regard de philosophe, c’est le moins qu’on peut dire. L’autrice a des lettres. Elle réfère à plusieurs écrivains, passe de Zweig, qui par ses propres biographies lui a pavé la voie, à Roger Martin du Gard, Julien Gracq et quantité d’autres qu’elle cite allègrement.
De la fréquentation de leurs grandes œuvres lues au fil du temps résulte chez elle une écriture « naturelle », personnelle, portée haut, où se mêlent avec brio tous les registres de la langue : « je conçois le style comme l’émergence d’une voix née au milieu du bouillon de culture dans lequel nous avons barboté tous collectivement d’abord et plus spécifiquement celui qui fait acte d’écriture ; le style comme la réorganisation, certes intrinsèquement neuve, de ces particules, de ces éléments irréductibles [dont parle Proust dans Pastiches et Mélanges] qui, eux, ne le sont pas, neufs. »
Pas une page de ce livre où abondent d’apparentes digressions n’est inutile, et toutes regorgent de beautés ou de drôleries, de réflexions profondes, d’érudition amusée, de finesses, de style ; même le parler populaire y apporte des perles langagières.
L’écrivaine a par ailleurs le sens de la chute. Sans qu’elles paraissent artificiellement soignées, ses chutes viennent clore à peu près tous les segments de son livre. On ne se sent pas alors mis en présence d’un procédé, mais plutôt d’une clausule surgie sans doute spontanément, à la manière de certains traits d’esprit. Ces chutes reprennent des éléments de sens, parfois des traits d’humour précédemment mis en place. Conclusion encapsulant le morceau, le refermant. Ce tour élégant chez cette écrivaine arrive tout naturellement, à point nommé.
Je me suis dans cette recension beaucoup intéressé à l’écriture de Sylveline Bourion. Celle-ci mentionne quelque part qu’une « belle formulation » enivre Jean-Jacques. Il y en a plus d’une chez Sylveline. Nous pourrions citer des dizaines de passages regorgeant de poésie : « un arbre triste, sans feuilles en cette saison, dont les branches maîtresses font au ciel muet comme une imploration griffue et décharnée ». Ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres. Mais ces « belles formulations » n’ont chez elle rien de superfétatoire. Les figures chez elle n’enjolivent pas le discours. Je pense à Fénelon qui écrivait ce qui suit : « Pour la poésie, comme pour l’architecture, il faut que tous les morceaux nécessaires se tournent en ornements naturels. Mais tout ornement qui n’est qu’ornement est de trop ; retranchez-le, il ne manque rien … » On ne prend pas les choses à la légère dans ce Jean-Jacques. On n’écrit pas pour ne rien dire. La vanité n’y est pas le moteur de l’écriture : « … l’écriture, c’est-à-dire du seul truc qui m’évite, pour l’instant, de me disloquer et, tant que cela dure, de me tuer ».
Lorsqu’on arrive dans la dernière section du livre, et qu’il ne reste à lire qu’une cinquantaine de pages, on regrette que l’ouvrage ne contienne pas deux cents pages de plus. Au sujet de Proust, elle lâche cet aveu : « il se trouve des pages chez Proust qu’on aimerait survoler en hélicoptère ». Je n’en vois aucune chez Sylveline qui puisse susciter un tel sentiment. Ses propos, au fond et à la forme parfaitement adaptés l’une à l’autre, enchantent. Tout y pétille d’intelligence vive et de fine sensibilité. La narratrice est attachante à souhait, très humainement savante.
Puis, il ne reste que dix pages. On continue à lire et on rit encore. On lit, et voici qu’on est bientôt proche de verser une larme.
« C’est quoi pour toi, la mort, Nattiez ? »
Nos deux amis parlent du peu de temps qui reste. Jean-Jacques voit bien que sa jeune amie est émue : « Je sais que tu t’inquiètes, et cependant, ça va aller, ça va aller. »
La fin est proche. Il veut néanmoins poursuivre ses travaux. C’est une course contre la montre. Il a encore des choses à écrire. Son Opus Magnum. Le grand œuvre de la fin. Il veut se rendre jusqu’au point final. Et après ?
Et après, que fera donc cet homme qui a toujours travaillé et dont les vacances idéales consistaient, selon son propre aveu, à lire des ouvrages de musicologie sur la plage ?
Que fera-t-il, lui qui jamais ne s’est tourné les pouces ?
Il lira des ouvrages de musicologie ?
Oui, voilà. C’est ce qu’il fera. Il le dit.
Et Sylveline alors de piquer une colère. Elle n’admet pas que son vieil ami puisse arrêter de travailler. « Mais tu vas crever !, tu vas crever !, si tu arrêtes d’écrire !, ah !, Monsieur se reposera !, Débile, va !, Te reposer ? Toi ??? »
Furieuse, au comble de la tristesse, Sylveline claque la porte et s’en va.
Une semaine plus tard. Réconciliation. Jean-Jacques s’est ravisé. Il donne raison à son amie :
« Et puis, j’ai encore envie de faire des trucs, tu sais. En moi, je ne suis encore qu’un gamin. »
Voilà, ce gamin, c’est l’enfant à qui Sylveline dédie son livre. Ce livre qui raconte une très belle histoire d’amitié : « Il me plaisait d’emblée […] je lui plaisais d’emblée. »

Je reste encore marqué par la lecture de son premier livre, La voie romaine, paru dans la même collection. Et grâce à ton blogue, Daniel.
Merci, je cours et me précipite.
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… me le procurer.
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Je te souhaite une bonne lecture. C’est un livre excellent.
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Merci, je vais tenter de me le procurer.
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Vous allez aimer ce livre. J’en suis certain.
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