François Baril Pelletier : Terre de soleils : Poésie : Pierre Turcotte Éditeur : 2024 : 181 pages

Y a-t-il encore des courants dans le vaste monde de la poésie ? Je ne dis pas « vaste » en esquissant un sourire moqueur, bien qu’on sache très bien qu’avec la poésie on a affaire à un bien petit monde. Mais c’est un petit monde vaste pour toutes sortes de raisons, la première étant l’universalité de la poésie. En effet, il y a des poètes partout dans le monde. La seconde est relative à la grande diversité des œuvres que ceux-ci produisent, ce qui me conduit à poser la question des courants, car les courants sont rassembleurs, ils regroupent différents auteurs adoptant néanmoins des principes communs qui, c’est arrivé par le passé, rendent semblables lorsqu’appliqués des œuvres obéissant justement à des canons esthétiques, à des poétiques.

On me posait récemment une question que je juge utile d’aborder. Elle permettra, je crois, de situer le travail de François Baril Pelletier. On me demandait si un thème aujourd’hui se dégage de l’ensemble des ouvrages de poésie publiés au Québec. Mon ami disait se souvenir « d’un temps un peu éloigné où la poésie, c’était le chant du Pays ». Il posait cette question : « Que chante-t-on maintenant ? »

Je lui répondis un peu rapidement ce qui suit :

« Voilà une question à laquelle il me faudrait réfléchir longuement. Vite comme ça, mais je ne peux que supputer, je dirais que les problèmes de l’heure font évidemment surface dans le monde de la poésie d’aujourd’hui. Par exemple, pour certain.e.s, il faut écrire en faisant en sorte que la langue manifeste dans sa concrétude (visuellement, dans ses sonorités et jusque dans sa grammaire) la présence fluide des identités, qu’on dit, je crois, de genre. Bref, plusieurs poètes (il faudrait presque écrire : « plusieur.e.s ») tiennent, indépendamment des thèmes qu’ils abordent, à ce que leurs écrits manifestent de manière ostensible, parfois ostentatoire, leur revendication quant à la visibilité et l’acceptabilité de la cause qu’iels défendent. Quand j’écris « iels », je ne manifeste aucune dissidence réelle. Cependant, je m’interroge sur la pratique dans laquelle s’inscrit ce nouveau pronom, pratique dont le bien-fondé est pourtant indiscutable, dont l’avenir qui lui sera réservé me paraît toutefois incertain. Attendons la suite. Cela me paraît être non seulement lié à des thèmes spécifiques, propres à des communautés souvent ostracisées, mais plutôt, je le répète, une pratique bien actuelle ; d’aucuns diraient une mode — je n’en sais rien. Chez Triptyque cette tendance est bien marquée. Je l’ai constaté dans un collectif mené par Marie-Ève Desmarais ainsi que dans le récent recueil du directeur, Nicholas Dawson, publié au Noroît.

Que chante-t-on maintenant ? Est-ce qu’il y a autre chose de notable dans notre paysage poétique ? Je ne sais trop. Je crois, comme disent les anglophones, que « it is business as usual ». En effet, on retrouve chez nous et dans l’ensemble de la francophonie canadienne les grands thèmes séculaires toujours en vogue (à quoi il convient d’ajouter le déjà passablement vieilli, hélas ! thème, mais est-ce un thème ? c’est plutôt une urgence que les sirènes d’alarme tonitruent de plus en plus fort dans nos oreilles de plus en plus sourdes : je parle de la crise climatique). Les thèmes séculaires : temps qui passe (des vieux comme moi et de plus âgés écrivent des poèmes émouvants sur leur fin prochaine : j’ai lu sur ce sujet de magnifiques et très sombres poèmes de Nepveu récemment parus dans la revue Exit.

Puis, les guerres et la nature, celle qu’on détruit, et aussi celle qui perdure, éblouissante, et nous inspirant toujours, comme on le remarquera chez Pelletier lui-même, le « sentiment océanique », celui d’une « présence » — Dieu y montre le bout du nez qu’on le veuille ou non, mais est-ce son nez ou le nôtre ? Il y a aussi les chagrins d’amour, la solitude, l’enfance revisitée (mais pour y retourner, il faut être vieux). Et quoi encore ? Vraiment, mon ami, si le thème du pays s’est éclipsé ( mais, ne parlons pas trop vite, Philippe-Daniel Clément publiait récemment aux Éditions du wampum un ouvrage de poésie intitulé Souviens-toi ), tout le reste demeure, je veux dire les grands thèmes de toujours, à quoi s’ajoutent les terrifiants enjeux de notre monde moderne, enjeux qui à vrai dire sont vieux comme le monde.

Mais tu me prends au dépourvu, mon ami, et je ne vois pas à l’heure actuelle, la question du genre mise à part, quelle autre question dans le monde de la poésie québécoise serait plus visible, je ne dis pas plus importante. »  

Après ce long détour, voyons maintenant ce que nous offre l’auteur de Terre de soleils. Que chante-t-il ? Et d’abord, chante-t-il ? Cette dernière question peut être posée, puisque certains poètes ne chantent pas, qui tiennent autant que faire se peut à s’éloigner de toute forme de lyrisme. Eh bien, assurément, François Baril Pelletier est un poète qui chante. Il tient cependant la bride à ses élans et jamais ne se laisse emporter voire déporter par une trop vive inspiration. Ses poèmes sont plutôt courts, ils tiennent sur une page, bien aérée, où la blancheur du papier occupe presque autant de place qu’eux. Mais nuançons. Le recueil est composé de cinq suites. Ce sont des suites dont le propos s’écoule de poème en poème, si bien que, tant l’unité de chaque suite est grande, et puisque d’une page à l’autre le fil jamais ne se rompt, il serait plus juste de dire que Pelletier nous propose cinq grands poèmes qui, finalement, à bien y penser, n’en font qu’un.

Même si le poète fait montre d’une certaine sobriété, son verbe jamais ne rampe au niveau du sol. Sa parole est poétique en cela qu’elle recourt dans son élévation à ce que la rhétorique de la poésie met à sa disposition. Certains poètes dédaignent les hauteurs que peut atteindre le poème. Ils préfèrent le rapprocher le plus possible de la parole usuelle. Ils s’en tiennent à l’immédiat, à la proximité du monde, et à leur cœur qui bat. Pour tout dire, à l’intime et au quotidien. Or, je le mentionnais, les pratiques sont diverses, tellement diverses que mon ami cherchait ce qui dans le lot pouvait massivement ressortir. Pour ma part, je suis proche d’en venir au constat suivant : chez les poètes, n’existe qu’un seul point commun que j’identifie comme étant la singularité. Or, il y a peut-être des poètes plus singuliers que d’autres. François Baril Pelletier est l’un d’eux.

Sa poésie se distingue de celle des autres, ne serait-ce que sur un point. Alors qu’elle peut étonner le lecteur contemporain, elle pourrait être lue sans vraiment le décontenancer par un lecteur plus ancien, je veux dire d’un autre temps. C’est que s’il y a des modes en poésie, Pelletier est très certainement à contre-courant de celles-ci. Dans ses poèmes, l’époque actuelle est évoquée non pas directement, ce dont la prose se charge fort bien, mais à la manière, disons, des symbolistes, manière peu usitée de nos jours. Un contemporain de Claudel s’y reconnaîtrait sans peine.

Un autre point accuse la singularité de cet auteur. On trouve en ses poèmes un ton bien particulier. Celui propre à l’élévation du propos.

Fleuve

je n’ai qu’une pensée  
pour tes entrailles

légères
et lourdes
à la fois

puisque tu portes
le sang des Italiques
et le squelette
des Étrusques

à tes lèvres moites

a bu la Louve
et Rome s’est levée
grâce à tes rives sinueuses 

Ce beau poème donne une idée du ton et de la manière du poète. On aurait pu l’écrire il y a cent ans ; un poète au siècle prochain en écrira de similaires, ces poèmes alors seront tout aussi pertinents que ceux de Pelletier. Mais ce n’est là qu’un échantillon. Ce poème fait partie d’une suite qui réciproquement l’éclaire. Telle est la cohérence d’une œuvre dont chaque élément en tout et partout épouse en profondeur le propos. Mon ami désirait savoir ce qui se chante aujourd’hui en poésie. Chez Pelletier, ce qui se chante correspond à une intime quoique collective épopée. Épopée de la pensée. Il y a chez lui, en raccourci, en moins ambitieux, pour ne pas dire en plus modeste, une manière de chanson de geste comparable à celles qu’on rencontre chez Saint-John Perse : « espaces / écarlates / depuis le pollen des mondes ». Je ne parle pas ici d’influence, ni tout à fait d’une ressemblance entre ses poèmes et ceux de Perse, mais les deux poètes inscrivent leur poésie à même une quête. Bien entendu, leur quête est celle du sens : « j’ai fait mon premier poème / dans la loge du sens ». Des combats sont menés, mais surtout, un périple est entamé, et poursuivi jusqu’à terme, lequel ne saurait advenir que là-bas, « au creuset / de cette lente / lumineuse cérémonie ».

Le poète n’attend pas passivement « l’arrivée d’une promesse », il la fera advenir grâce au poème avec lequel, bâton de marche du pèlerin, il entreprend un long voyage. Il s’est mis en route depuis ses origines. Tout pour lui, comme pour nous, a commencé « À la source », c’est le titre de la première suite. Cette source est la sienne, c’est aussi celle de l’humanité. Dans ce recueil, on peut difficilement distinguer le « je » du poète du « nous » dont il raconte en quelque sorte l’histoire.

À l’aube de la voix
Le Tigre était muet
et l’Euphrate se débattait dans l’argile
toutes les rives
Nil et Amazone se laçaient

sur d’arides fabuleuses
vastitudes
dans des Soudans anciens

On le voit, ici et là, le poète reconstitue l’immense panorama où la création a donné lieu à la vie sur Terre, à l’humanité. Il plonge dans la préhistoire : « Tout commença avec une statuette de terre / prise de l’humus / et un outil pour couper / découper / les carcasses ». Il s’adresse à l’homme de ces époques lointaines : « Et toi, humain / où auras-tu celé ton courage, / dans ta fière chevelure ? » Il poursuit : « Tu façonnais / les symboles de la terre ». Dans les grottes, des chevaux furent peints et « Les gauches écritures / [sillonnèrent] les murs et bas-reliefs ». Cités, temples et lois furent édifiés.

Pérouse lumineuse 
aux dix mille escaliers 

des ruelles si proches 
que s’embrassent les murs

surmontés par des arches

afin que ne tombe 
la ville vivante

sur les restes
de la ville inhumée

Le parcours du poète, celui de l’humanité passe par le Moyen-Orient, l’Italie, comme on vient de le constater avec Pérouse, et aussi le Nouveau Monde : nous voici en Amérique alors que le poète évoque « des plaines sans fin / pays des grands horizons blonds ». C’est là « une contrée de blés / si plane qu’on croirait y voir / à l’ouest / le barrage blanc et gris / des grands rochers ». Or, dans le parcours du poète, dès que « Les horizons se lèvent » les frontières disparaissent : « il n’y en a jamais eu ». Je le répète, ici le poète pense le monde et la vie. Sa poésie fraie avec la métaphysique. Il aspire à un autre monde, réalisable ici, puisque tout dès maintenant est « promesse / de vie // goutte / de présence ». Dès lors, il est possible d’affirmer qu’il n’y a jamais eu de frontières.

Il était question au début de cette chronique de la singularité de cet auteur. La spiritualité est partout à l’œuvre dans ses poèmes. Si Dieu n’est pas directement nommé, à l’occasion du séjour du poète à Rome, des figures comme celles de Saint-Pierre et Saint-François le sont nommément. Ces évocations sont importantes, mais moins que la démarche du poète, laquelle témoigne de son engagement à l’ouverture, à ce que dans La soif de la soie, autre recueil publié récemment par Pelletier, il nommera l’éclaircie. Avec cette éclaircie, nous ne sommes pas loin de l’embellie si chère à Fernand Ouellette, autre poète singulier s’il en est, victime si cela se trouve de sa foi, dans la mesure où plusieurs lecteurs et lectrices de poésie, en raison de la spiritualité animant ses poèmes, se sont détournés de son œuvre.

J’ignore ce en quoi Pelletier croit. Une chose est certaine, sa quête est loin de ne prendre en compte que les aspects strictement matériels du monde. Chez lui, « l’indicible si près / de l’être se déploie ». Voici ce qu’il écrit.

la foi n’est pas le vent

ni le marbre du temple

mais
le fruit
dont la prunelle

est sang

Je m’en voudrais de ne pas souligner la beauté des poèmes de Terre de soleils. La première suite de la cinquième partie du recueil est franchement remarquable. Elle est orchestrée de manière magistrale. Vraiment, un tour de force. Je me refuse à n’en citer que des extraits. Elle est lyrique à souhait. On devra la lire en entier.

Vers la fin du recueil, le poète parvient à l’élargissement, à l’éclaircie.

Voilà que j’entre par la porte
inconnue
je marche sur le vivant et j’appelle
devant

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

13 réflexions sur « François Baril Pelletier : Terre de soleils : Poésie : Pierre Turcotte Éditeur : 2024 : 181 pages »

  1. François Baril Pelletier, une plume singulière qui nous élève dans ce que nous avons de plus spirituel en nous. Merci Daniel pour ta lecture de ce recueil  » de cette oeuvre ».

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  2. Merci Daniel de nous faire connaître cet excellent poète hors norme.
    Il nous fais voyager dans d’autres espaces et temps…!

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  3. Merci infiniment pour cette critique approfondie et franchement des plus élogieuses de mon travail. Je n’en demandais pas tant! En réalité, je viens à peine hier soir d’en prendre connaissance et elle a été très difficile à lire pour moi, étant donné que ce qui est dit est tout de même plutôt important. Je vous en remercie sincèrement, et à vous toustes (j’apprécie l’écriture inclusive) qui ont également fait de jolis ou gentils commentaires, je lève mon chapeau. Un clin d’oeil et note à Elena, qui a lu le manuscrit il y a quelques années et m’a mis sur une piste dans l’organisation de mon oeuvre, dont un gros détail qui m’a été utile pour la suite. Je dois répondre à une question par contre, même si elle ne m’a pas été posée : je crois dans le miracle de la matière, le miracle de la Vie ; que toutes les spiritualités et savoirs humains sont complémentaires. En réalité, si on comprenait le monde hollistiquement, déjà on ne comprendrait que le début de quelque chose d’infini. Et la poésie, je le crois, est une porte sur cette compréhension. Merci pour tout, et en réalité, je ne m’attendais pas à cela. Donc merci. Bien à vous, En toute amitié, François

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    1. Merci, François. Je suis heureux de voir qu’un écrivain prend la peine de réagir au billet que je consacre à un de ses livres (j’aurais pu aussi commenter « La soif de la soie », recueil tout aussi digne d’intérêt) Vos précisions (réponse à une question qui n’a pas été posée) apportent un éclairage important.

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  4. Ta réponse au «Que chante-t-on maintenant» ou quel est l’air du temps dans la poésie québécoise m’a, en un premier temps laissé sur mon appétit, m’apparaissant comme une habile esquive.

    Puis, après réflexion, j’ai associé ta réponse à une des forces distinctives de ton approche dans tes «petites études», soit celle de ne pratiquement jamais étiqueter ou classer les œuvres et leurs auteurs.

    La richesse de ton jugement s’exerce autrement, faisant plutôt ressortir les singularités, les beautés, les raffinements des poésies présentées.

    Je sais que tu pourrais fort bien jouer au «catégoriseur» ou au «typologiseur» , mais je crois qu’en laissant à d’autres la pratique de cet art quand même utile, tu nous fais gagner davantage en t’appliquant à nous faire découvrir les secrets du chant de chaque poète et poème…

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    1. Cher ami,
      Sérieusement, que chante-t-on de nos jours en poésie ? Comment ne pas ne pas répondre à une telle question ? Il y a presque autant de voies poétiques qu’il y a de poètes. Les poètes fraient leur propre chemin, singulier la plupart du temps. Il y a bien des tendances, mais dans chaque ensemble réunissant des poètes et poétesses frères et soeurs, on trouve des particularités qui les distinguent. Ah ! Vraiment, même ce commentaire échappe aux faits : les faits m’échappent, me laissent perplexe. Je ne saurais dire quelles sont les modes et même s’il y en a vraiment. Je vois des filiations, des influences, des traits communs, des grandes catégories, mais, mais, mais.

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