Geneviève Boudreau : Votre arrêt n’est pas servi : Nouvelles : Les Éditions du Boréal : 2023 : 135 pages

 

« La littérature est la chose humaine la plus légère et la plus sérieuse qui soit. » C’est du moins ce qu’affirmait le regretté Gilles Marcotte dans L’amateur de musique. Le travail de Geneviève Boudreau témoigne éloquemment de la justesse de cette pensée. Sans jamais s’appesantir, sans charger ses récits du poids si lourd empesant les propos de qui cherche à imposer sa vision, l’écrivaine propose un regard non dépourvu de gravité sur notre monde et, plus particulièrement, sur des paysages perdus au profit de la banlieue, ainsi que sur les habitants de cette dernière. De toute chose, principalement de l’âme humaine, cette écrivaine donne à voir l’invisible. C’est que son écriture exalte et exprime le non-dit avec brio.

Le réalisme montre comme son nom l’indique la réalité. Les auteurs réalistes ont pour ce faire recours à un ensemble de procédés littéraires. Geneviève Boudreau les connaît et les maîtrise, mais elle use de moyens qui lui sont propres, ou qui en tout cas sont moins fréquemment employés, me semble-t-il. Elle explore le réel en ne négligeant aucun de ses aspects. Assurément, son but n’est pas de s’en tenir à la matérialité brute de la matière. Si elle décrit une pièce, par exemple une chambre à coucher ; si un jardin ou un potager font chez elle l’objet d’une description, son travail d’observation dépasse rapidement la surface de ces choses ; les choses dans ses nouvelles tiennent un langage, elles parlent, révèlent une profonde réalité.

Ce ne sont pas les narratrices de ces nouvelles qui expriment directement le fin fond des choses. Ces narratrices sont paradoxalement muettes, en ce sens où leur discours est comme à double fond : c’est à l’intérieur de ce qu’elles disent qu’implicitement s’expriment les choses. Or l’étonnant dans tout cela, c’est que le lecteur n’a pas à se creuser la tête pour saisir de quoi il en retourne. La psyché, l’âme des personnages de ces nouvelles se dévoile également de manière sous-jacente. On n’entre pas sous la peau des personnages comme on le fait d’ordinaire dans la plupart des romans psychologiques. Quelques fois, mais rarement, nous assistons au déroulement de leurs pensées à la faveur de la narration qui nous les livre telles qu’elles s’énoncent en leur esprit, la narratrice prélevant et transcrivant les mots qu’intérieurement se disent les personnages. Mais plus souvent, l’autrice s’en tient à rendre compte de leurs faits et gestes, de leurs actions restreintes, voire apparemment insignifiantes, actions telles que le commun des mortels en vit au jour le jour : monter à bord d’un autobus, faire les cent pas dans sa maison, apprendre à lancer une balle de baseball, boire ou ne pas boire une tasse de café.

On me permettra une digression. Enfin ! Ce n’en est pas une, puisqu’elle a trait au réalisme. Dans son tout dernier récit, Une longue route pour m’unir au chant français, François Cheng rappelle les propos adressés à Rilke par Rodin alors que celui-là demandait conseil au maître : « Il faut rester fidèle au Réel. Il faut sortir de soi et observer avec précision les êtres et les choses, non tant leur aspect extérieur que leur part à première vue invisible, ces forces obscures qui les animent de l’intérieur. » Rilke tint compte de ces précieuses recommandations. Aussi me semble-t-il que la nouvelliste appartient à cette famille d’artistes. Tout comme Rilke, et je cite ici Cheng, dans une certaine mesure elle « a sanctifié les choses humbles, une pomme, une carafe, un rocher, une branche d’arbre, un visage humain tailladé par la vie, en les élevant à l’irréductible dignité de l’Être. »

Toute chose chez elle parle un langage muet ; sa prose est minutieuse, précise, nullement bavarde et pourtant toute pleine de sens. Rarement voit-on une telle économie de moyens. Récits-litotes, pourrait-on dire. En poésie, le haïku réalise de comparables merveilles. Ce type de poème cède l’initiative de l’interprétation au lecteur. Il en est ainsi dans la plupart des nouvelles de Geneviève Boudreau. Il y en a même qui laissent en leur creux un noyau absent ; ce sont des nouvelles mettant en scène des personnages aux prises avec des difficultés dont nous ignorerons jusqu’à la fin en quoi au juste elles consistent. Ces personnages seront montrés en pleine crise, saisis par exemple à l’occasion d’une chicane de couple. L’un des personnages reprochera quelque chose à son conjoint : « — Hein ? Pourquoi t’as fait ça ? » Ça ? Qu’est-ce au juste ? Nous ne le saurons pas. Du reste, cela n’a aucune importance. Seul compte ici le moment, l’instantané qu’offre la nouvelle. Ce qui est en amont est superflu. Ce qui se passera par la suite l’est tout autant. Je ne puis ici m’empêcher de penser à ce qui, entre autres, distingue le roman de la nouvelle. Les scènes d’un roman nécessitent l’éclairage de celles qui les précèdent ainsi que de celles qui suivront. La scène dans une nouvelle se tient par elle-même, comme au centre d’un cercle absent ou comme un point sur une ligne dont le tracé est superfétatoire.

Dans une nouvelle où le personnage principal est en proie à une manière de dépression, nous lisons : « Elle recevra le lendemain la visite d’une amie, et la maison semble se remettre de trois jours de festivités, alors qu’il ne s’est strictement rien passé. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai, mais elle ne souhaite pas accorder d’importance à ces faits, qui passeraient pour insignifiants aux yeux de n’importe qui d’autre. » Encore une fois, ce qui s’est passé, nous l’ignorerons et il n’est pas question de chercher quelque indice que ce soit dans la nouvelle, nous n’en trouverions pas. Ce serait peine perdue, nous passerions à côté de l’essentiel.

On aura compris que la nouvelliste est une autrice qui ne dit pas tout, qui s’en tient uniquement à l’essentiel. Dans le cas de la nouvelle intitulée « Mademoiselle Immondice », elle accorde de l’importance aux conséquences de quelque chose qui s’est produit, elle s’intéresse aux ravages démoralisateurs qu’ont eu un événement dont il ne sera rien dit. La nouvelliste se borne à montrer l’atonie du personnage, apathique au milieu de son appartement, passant lentement sa journée à ne rien faire. Je dis « ne rien faire », or ce rien est plein, plein de la souffrance que vit une personne dont l’existence peu à peu se délite.  

Un bon livre est bon dès sa couverture, avec son titre approprié, comme c’est le cas ici alors que plusieurs nouvelles se situent dans un autobus ou à l’arrêt ; est bon aussi dans le choix de l’illustration lorsqu’image il y a. Ici, celle d’une grande fenêtre orne la couverture. Cette fenêtre se trouve dans une salle vide occupée par une chaise tout aussi vide. Les fenêtres jouent un rôle important dans les nouvelles de ce recueil. Le vide, la solitude aussi. Puis, viennent ou non des exergues. Celles qu’a choisies l’autrice, il y en a deux, sont éclairantes. La première provient d’un ouvrage de Joyce Carol Oates, ouvrage intitulé Paysages perdus. Ce titre aurait pu coiffer maintes nouvelles du recueil. Ce sont des nouvelles où comme je l’ai précédemment laissé entendre des campagnes anciennes ont fait place à des bungalows de banlieue, ou encore ce sont, enclavés, immobilisés entre des autoroutes et des parcs industriels, des terrains plus ou moins vagues, vestiges d’un temps révolu. Qui prête l’oreille croirait entendre le meuglement des vaches qui naguère foulaient les prés. Quelque chose dans ces nouvelles est relatif à la perte, à la fuite du temps, à la disparition : sous nos yeux, après le décès des vieux qui y vivaient, une maison sera démolie.

La première citation mise en exergue se lit comme suit : « L’écrivain est celui qui comprend le mystère du ‘‘familier’’. L’étrange opacité de ce que nous avons vu des milliers de fois. Et la perte inconsolable, quand ce qui allait de soi nous est finalement ôté. » Je ne prendrai pas le temps de montrer la grande pertinence de cet exergue ni celle du second. Je me borne à réaffirmer que dans un très bon livre toutes les parties s’inscrivent nécessairement dans l’ensemble. Ce commentaire inclut la quatrième de couverture où l’on signale non sans pertinence l’attention que porte l’autrice à dévoiler « ce qu’un regard superficiel ne saurait appréhender. » On y attire l’attention sur ce qui « derrière les vitres des maisons » ne semble pas bouger, alors que des « drames souterrains » agitent ceux et celles qui vivent derrière elles. Les transformations radicales qu’a subies Sainte-Foy au fil du temps sont évoquées. On mentionne que la nouvelliste s’attarde à la fragilité des êtres humains, à leur vulnérabilité.

On rencontre dans les nouvelles de ce recueil des personnages souvent attendrissants. La nouvelliste évidemment adopte à leur endroit une attitude neutre, elle ne commente pas leur détresse. Avec une écriture que l’on pourrait dire quasi blanche, cette détresse, elle la montre, réfléchie par les mots racontant leurs faits et gestes, répercutée à travers la sorte d’écho que leur renvoient les lieux où ils évoluent, car tout le sens ici est proposé selon les lois d’une vivante harmonie ; un détail, une ombre sur le sol, des aigrettes de pissenlits participent du parfum de sens que diffuse chacune de ces nouvelles. 

En une parfaite horlogerie de mots, sans raideur mécanique aucune, en quelques pages, le nouvelliste fait tenir des univers tout entiers. Ce sont des presque riens, des scènes brèves se déroulant en l’espace de quelques heures, parfois de quelques jours ; ce sont ce qu’un Brault aurait pu appeler des « moments fragiles », des instants du quotidien, de fines tranches de vie. L’action y brille ou presque par son absence, se limite à des gestes banals, mais c’est vivre et mourir, et entre temps souffrir, le bonheur étant passager : « Caroline aussi a été cette femme caressant d’une main désinvolte la joue d’un homme, alignant des confidences insouciantes aussitôt oubliées. Elle devrait sortir de l’autobus, s’épargner le bonheur de ce couple qui ne vieillira pas mieux qu’un autre, qui finira par casser des verres sur le carrelage de sa cuisine. »

On ne peut réduire la qualité d’un ouvrage à la seule beauté dont fait preuve son écriture. Mais passer cette beauté sous silence serait lui faire injure. Il n’y a rien de clinquant dans l’écriture de ces nouvelles, rien de défaillant non plus. De l’écriture de Geneviève Boudreau, il serait juste de parler de sa parfaite mesure, d’une maîtrise lui conférant la sobriété d’une discrète beauté, invisible de prime abord, car cette écriture, faut-il le rappeler ? est au service de ce projet dont parlait Rodin, qui consiste à montrer fidèlement le Réel.

Il convient également de souligner la qualité de la composition de chacune de ces nouvelles, la composition ayant pour effet lorsqu’elle est à ce point réussie d’augmenter la qualité d’un récit. Racontées autrement, les histoires de Geneviève Boudreau n’auraient pas la même force, ne charmeraient pas autant. L’art de poser ici un élément, un geste, un objet, pour le reprendre plus loin participe du sens de l’œuvre. Dans la nouvelle intitulée « La vérité est écrite », un simple détail atmosphérique est chargé de sens. Ce n’est pas insignifiant : la pluie à venir est annoncée au tout début de la nouvelle ; un peu plus loin dans le texte, elle ne tombe pas encore ; puis il est fait mention qu’elle tombera plus tard : et voici qu’à la fin de la nouvelle elle se met à tomber. Ces considérations relatives à la température n’agissent pas comme une simple ponctuation. Elles accompagnent pour ainsi dire le sens de l’œuvre en mouvement, en travail de signifiance.

On croira que j’attache une extrême importance à des phénomènes d’ordre technique. Loin de moi l’idée de présenter le travail de la nouvelliste sous un angle aussi réducteur. Son savoir-faire ne serait rien s’il était uniquement le fait d’une simple recherche de type formaliste. À dire vrai, ce qui impressionne dans les nouvelles de Geneviève Boudreau, c’est la sagacité de ses observations, la sensibilité dont elles font preuve, leur capacité à mettre en avant les sentiments que vivent ses personnages. C’est dire que les nouvelles que renferme cet excellent recueil valent également par leur contenu, par les histoires variées qu’elles racontent, histoires dont j’ai peu parlé, mais qui à coup sûr charmeront ceux et celles qui les découvriront. Ces histoires les troubleront parfois (la nouvelle « Ligues majeures » relève quasi du suspens, la tension y monte graduellement).

Ces nouvelles si réussies, il convient de les lire lentement, à petite dose. Je recommande la lecture d’une seule nouvelle par jour, nouvelle qu’on laissera macérer et qu’on relira avec plaisir l’instant d’après.

Comme cela m’arrive parfois, j’éprouve en terminant la rédaction de ce billet le sentiment de n’être pas parvenu à rendre compte de tout ce qui fait l’intérêt de Votre arrêt n’est pas desservi. Il aurait fallu accorder davantage de place à la grande « humanité » dont fait montre cet ouvrage.

Je ne suis pas connaisseur en la matière, j’ignore s’il existe ou non une chose qui pourrait s’appeler le Prix québécois de la nouvelle. Si cela existe, je sais qui devrait cette année en être l’heureuse lauréate. 

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

6 réflexions sur « Geneviève Boudreau : Votre arrêt n’est pas servi : Nouvelles : Les Éditions du Boréal : 2023 : 135 pages »

  1. Je sais à vous lire que vos éloges sont non seulement sincères mais également méritées. Bravo pour votre éloquence et sutout pour votre ouverture à ces nouvelles voix, dans le domaine littéraire qui cherchent à exprimer des réalités qui les touchent et qui doivent être entendues. Toujours un plaisir!

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  2. Quelle belle lecture nous proposes-tu ici!!! Vraiment, j’aime la manière dont tu présentes l’écriture des nouvelles de Geneviève Boudreau. Son livre est là, sur ma pile. Je viens tout juste de me le procurer. Je vais suivre ton conseil «posologique», je n’en lirai pas davantage qu’une nouvelle à la fois, lentement. Et je penserai à tes commentaires, j’y reviendrai aussi après avoir lu à mon tour ce recueil de nouvelles. Je dois confesser avoir une confiance aveugle en Geneviève Boudreau…

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  3. «Toute chose chez elle parle un langage muet…»
    «…tout le sens ici est proposé selon les lois d’une vivante harmonie; un détail, une ombre sur le sol, des aigrettes de pissenlits participent du parfum de sens que diffuse chacune de ces nouvelles.»
    Enivrant de voir le talent de l’appréciateur faire osmose avec celui de l’autrice!

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