Antoine Boisclair : Un poème au milieu du bruit : Essai : Éditions du Noroît : 2021

Je ne crois pas souffrir du symptôme de l’enthousiasme aigu. Pourtant il faut bien l’admettre, l’on nous donne fréquemment dans le domaine de la littérature québécoise de bonnes raisons de nous réjouir.

J’ai lu dans les dernières années de magnifiques ouvrages de poésie. Comment ne pas songer au Bien commun de Marcel Labine, à l’Ornithologie de M.K. Blais, au recueil posthume de Nicole Gagné, ainsi qu’à de nombreux recueils édités au Noroît où l’on publie entre autres les travaux de Mireille Cliche, Louise Dupré et Denise Desaultels. De cette dernière j’ouvre à l’instant Disparaître dont la lecture, je le pressens, me touchera profondément. La voix sobre et posée, les profondes pensées d’un Claude Paradis ne me laissent jamais indifférent ; je n’oublie pas l’éblouissement que provoqua chez moi le magnifique recueil de Louis-Jean Thibault intitulé Le cœur prend lentement mesure du soleil.

Le domaine de la fiction et celui du récit ne sont pas négligeables, où s’illustrent un Michael Delisle, une Catherine Mavrikakis, un Jean-François Beauchemin, auteur du très beau récit La source et le roseau, ainsi qu’un Pierre Ouellet dont la prose est si envoûtante et une Martine Desjardins qui possède un imaginaire et un style si particuliers. Or d’autres, nombreux et nombreuses, sont ici salués de trop loin qui ont et méritent tout autant leur place au soleil.

Les essais autobiographiques tout comme la poésie d’un Fernand Ouellette m’ont toujours accompagné. Robert Melançon m’a ouvert de nombreux horizons en se portant récemment à la défense d’une certaine impureté de la poésie. Aujourd’hui, dans son sillage pourrait-on dire, s’affirme avec une remarquable vigueur un Antoine Boisclair, tout aussi brillant essayiste que poète. On se souviendra de son recueil de poésie, le très apprécié Solastalgie.

Si je ne souffre pas du symptôme de l’enthousiasme délirant, il m’arrive cependant de sombrer dans un relatif pessimisme, surtout lorsque j’envisage le sort trop souvent réservé au type d’ouvrages dont je viens de vanter les mérites. En ce qui a trait à ce qui se publie dans notre petit pays — que souvent je regarde avec l’œil ému d’un René Lévesque qui, dans les circonstances que l’on sait, avait déclaré que nous sommes peut-être quelque chose comme un grand peuple — si je prends en considération l’ensemble de la littérature universelle où nos productions peinent à s’inscrire, compte tenu des chefs-d’œuvre monumentaux qui depuis l’Europe et le reste du monde ont façonné l’histoire et continuent bon an mal an de voir le jour, eh bien ! c’est à un vaste cimetière voire une décharge qu’immanquablement me ramène le peu de perspective qui semble s’offrir ou plutôt se refermer devant les œuvres magnifiques que nous avons aujourd’hui le bonheur de produire ici même.

Je place parmi ces magnifiques le recueil d’essais que j’entends maintenant commenter. Dans lequel, en lien avec la petite déploration qu’on vient de lire, se trouve l’extrait que voici d’un poème de Pessoa intitulé « Bureau de tabac ». « Il mourra et je mourrai. / Il laissera son enseigne, je laisserai mes vers. / Plus tard l’enseigne aussi mourra, et les vers aussi. / Plus tard encore mourra la rue où se trouvait l’enseigne, / Et la langue en laquelle les vers furent écrits / Ensuite mourra la planète tournante où tout ça a eu lieu / Sur d’autres satellites d’autres systèmes quelque chose comme des gens / Continuera à faire des sortes de vers et à vivre sous des sortes d’enseignes ». On voit ici à l’œuvre ce que plus loin j’appellerai une « énumération inclusive ».

Suite à cette citation, dans l’esprit du poème de Pessoa, Boisclair pose enfin la question : « À quoi bon écrire puisque rien ne dure ? » L’énoncé se termine par un point d’interrogation. Un point d’exclamation aurait pu y mettre fin.

À cette question pourtant, il me semble que le travail de Boisclair réponde non sans une certaine sérénité. Ponge auquel il consacre un de ses courts essais y répondait, si ma mémoire est bonne, en évoquant une catastrophe évitée. Si un de ses poèmes, espérait-il, en venait un jour à détourner un jeune homme de l’idée du suicide, son entreprise littéraire à ses yeux s’en trouverait largement légitimée. Mais Boisclair n’entre pas dans de telles considérations, je dirais qu’il avance en poésie d’un pas décidé, alerte et dont la bonne humeur est contagieuse. Une certaine joie de lire colore les pages que l’on traverse à sa suite en lisant Un poème au milieu du bruit. Entendons-nous bien, la parole de Boisclair n’est en rien naïve, mais sa lucidité est telle que le lecteur s’en trouve éclairé. Tant que des lecteurs et des lectrices trouveront à satisfaire leur soif de connaissances et de découvertes en lisant des œuvres comme celles que commente Boisclair, tant que des ouvrages comme le sien seront publiés, des raisons pour que quelque chose comme la littérature existe, nous n’aurons pas à en chercher de midi à quatorze heures.

Mais voyons sans plus tarder ce que recèle cet ouvrage.

Un poème au milieu du bruit est un recueil d’essais portant, on l’aura deviné, sur la poésie et plus précisément sur quelques poèmes. Le sous-titre suivant, Lectures silencieuses, annonce que l’auteur lira des poèmes en faisant taire le bruit ambiant qui distrait et nous étourdit. Nous reviendrons sur ce bruit et le silence de la lecture que lui oppose Boisclair en s’adonnant comme il le fait si bien au type de lecture préconisé par ses essais.

Dans cet ouvrage extrêmement soigné, l’auteur répartit ses essais dans des sections au nombre de six et comprenant trois essais chacune. Les titres de ces sections donnent une idée de la diversité des intérêts de l’auteur, des thèmes qu’il traite : « À voix basse », Mémoire et filiation », « Penser en poème », « Réalisme et profondeur », « Méditations écologiques » et finalement « Personnages du poème ». Qui parcourt les notes en fin de volume constate que l’auteur a lu et consulté de nombreux ouvrages. Ces derniers ont été rédigés par des auteurs issus de tous les coins du globe et dont certains sont tantôt des philosophes de l’Antiquité, tantôt des écrivains contemporains ou leurs précurseurs, auteurs d’ici et d’ailleurs, que ce soit un Saint Augustin, un Valéry, George Steiner, Hugo Von Hofmannsthal, Jacques Réda et j’en passe. Boisclair est un grand lecteur.

Il appartient à une riche tradition de poètes et de penseurs du poème. À vrai dire, il est beaucoup plus qu’un simple amateur de poèmes. Il est un connaisseur, un spécialiste de la poésie. Ses opinions ne sont pas anodines, ses commentaires n’ont rien de gratuit ou d’improvisé. Tout chez lui s’alimente aux sources vives de la connaissance.

L’avant-propos de son regroupement d’essais à lui seul vaut le détour. Boisclair y retrace les linéaments, les vagissements de la lecture à voix silencieuse. Elle remonte au IVe siècle, l’évêque Ambroise s’y adonnait déjà. Elle aurait peut-être été pratiquée bien auparavant dans la tradition du judaïsme. L’histoire que raconte l’auteur est évidemment passionnante, or il a pour la raconter une manière dont l’harmonie et la sobre élégance ne s’atténueront nulle part dans le reste de l’ouvrage. Cette clarté est tout à l’honneur de l’essayiste, mais elle serait vaine si l’auteur la braquait sur un propos dénué d’intérêt. S’il dit bien, cela est déjà bien. Cependant, s’il a quelque chose de substantiel à dire, cela est encore mieux. Or c’est le cas. Boisclair est un connaisseur qui transmet des connaissances. Il ne le fait pas de manière pédante, quoique le pédant, ne l’oublions pas s’entend d’abord du pédagogue, de celui qui a fonction de professer, d’instruire les enfants. Boisclair est enseignant. On constate en le lisant qu’il est à sa place dans un collège, mais qu’il le serait également, à titre de professeur cette fois, dans une université, car notre essayiste a tout de ce qu’on appelle en anglais un « scholar ». Nous y reviendrons.

L’avant-propos présente le projet de l’auteur. Il annonce que l’auteur cherchera à travers sa série d’essais à commenter des poèmes. « À défaut d’ajouter une pierre à l’édifice déjà imposant des ouvrages de poétique, ce livre propose des études de terrain, des lectures essayistiques qui, en empruntant au bon vieux commentaire de texte son attention aux détails, tentent d’incarner la théorie dans la pratique, de rester proches des mots, des images, du rythme, tout en ouvrant des perspectives plus vastes qui concernent la poésie, ses splendeurs et misères, son pouvoir de dire les choses et sa propension à se taire. » Tel est le projet. Examiner consciencieusement des poèmes, les lire attentivement, c’est-à-dire silencieusement, à la manière du « scholar ».

Fait à noter, Boisclair dans son avant-propos consacre une grande part de ses énergies à mettre en vis-à-vis le poème qu’on explore dans « un espace de recueillement » — où peut alors s’accomplir ce que Virginia Woolf appelle une « transaction secrète » — et le poème souvent tonitruant de l’oralité, que l’on débite sur scène, sous les projecteurs, plus ou moins à la manière d’un acteur.

Lecture silencieuse. Boisclair humblement écrit : « J’ignore ce en quoi consiste précisément la ‘‘poésie’’, mais j’ose croire que c’est dans ce contexte de recueillement qu’elle se manifeste le plus efficacement. » À plusieurs reprises dans son recueil, Boisclair reviendra sur la pratique spectaculaire de la poésie. Même s’il ne cherche pas « à discréditer l’oralité », il n’est pas convaincu que le « parler vrai » du poème, tel que sur scène le vomissent certains et certaines poètes trash, parvienne à une plus grande vérité que le poème lu pour soi, dans le silence de la solitude. Il cite Pascal Quignard : « Le livre est un morceau de silence dans les mains du lecteur : celui qui écrit se tait, celui qui lit ne rompt pas le silence ».

Une parfaite illustration ou, si l’on préfère, un développement de cette pensée de Quignard apparaît dans le premier commentaire d’ « À voix basse ». Dans « Scène de lecture », premier chapitre de son livre, Boisclair analyse un poème de Wallace Stevens. Ce poème est extrait de Transport to Summer, recueil publié en 1947. Le poème a pour titre « The House Was Quiet and The World Was Calm”.

Ce poème est beau, rond comme la bulle dans laquelle s’enferme un lecteur pour mieux s’ouvrir au monde. L’essayiste nous rappelle un mot de George Steiner, selon qui la lecture a lieu dans un « silence vibrant, une solitude peuplée par la vie du monde » Ce poème, écrit Boisclair, « reproduit ce phénomène de transfert propre à la lecture. On y rencontre un érudit, un ‘‘scholar’’ qui, absorbé par un texte dont on ignore le contenu, se révèle à lui-même en ‘‘devenant’’ le livre qu’il tient entre les mains. » C’est là une circularité ouverte, si l’on veut, où à travers la différence offerte par le livre (différence d’un monde autre que la lecture justement fait découvrir), circulent les essences d’un auteur et d’un lecteur qui se joignent et produisent alors ce que Reverdy identifie comme « l’émotion appelée poésie ». Cette circularité se retrouve dans ce poème dont j’ai maladroitement souligné la « rondeur », laquelle tient au processus de l’énumération inclusive. On nomme peut-être autrement ce phénomène fort simple, popularisé entre autres par le genre de chanson où la branche est dans l’arbre et le nœud dans la branche et le trou dans le nœud et le nid dans le trou et l’œuf dans le nid et l’oiseau dans l’œuf et le cœur dans l’oiseau : je fais allusion bien évidemment à la chanson de Zachary Richard.

Dans le poème de Wallace les choses se passent un peu comme dans la chanson de Richard. Dans la matérialité du texte de Wallace, les formules ne s’engendrent pas selon ce type de procédé, mais les vers mettent en scène une lecture se déroulant selon un mode d’inclusion plus ou moins comparable. Voyons. Dans un monde calme se trouve une maison tranquille. La tranquillité de cette maison est elle-même induite par le livre : « La tranquillité était une part du sens, une part de l’esprit : / Une voie de la perfection vers la page. » Le lecteur lit dans une maison encerclée par la nuit. Il « [devient] le livre ; et la nuit d’été // [Est] comme l’être conscient du livre. »

Boisclair incline à penser que la lecture silencieuse — de ce qu’il suppose être un poème — favorise une véritable rencontre. « À l’intimité de la ‘‘maison tranquille’’ et du ‘‘livre’’ répond en effet la présence insistante du dehors. […] Tel qu’il est représenté, l’acte de la lecture accroît la présence au monde du ‘‘scholar’’ ; il y a entre lui, ‘‘l’être conscient du livre’’, et la ‘‘la nuit d’été’’ une connivence, un accord tacite qui donne à la scène une atmosphère infiniment sereine ». Toujours au sujet de la lecture « méditative », Boisclair écrit : « Sa solitude, son calme et sa lenteur s’inscrivent en faux contre notre rythme de vie, contre nos habitudes de consommation rapide, et comportent dès lors une portée politique. »

Ce dernier mot, « politique », je le reprends pour éviter qu’on se méprenne sur les intentions et la pensée de Boisclair. Ce dernier ne fait pas la promotion d’une posture située au sommet de la plus haute tour. Bien entendu, il pratique ses lectures en conformité avec celle du « scholar », c’est dire que son érudition l’éloigne d’une certaine facilité. Il ne vante pas les bienfaits du divertissement, de la lecture évasion. Il ne s’aveugle pas, ne rêve pas en couleurs, ne voit pas la vie en rose lorsqu’il envisage le monde du livre. Il ne s’agit pas pour lui de tourner le dos au monde réel, mais bien plutôt de s’y confronter en se concentrant sur les pages d’un livre toujours grand ouvert sur le monde.

Lorsque j’évoque l’érudition d’Antoine Boisclair, je le fais, on l’aura compris, de façon admirative. C’est qu’en le lisant, j’apprends énormément. Il me permet de revenir sur certaines lectures, me fait redécouvrir un Ponge délaissé il y a de nombreuses années, il me ramène à Jaccottet et Bonnefoy, poètes que jamais je ne cesserai de lire.  Grâce à lui je retourne dans l’univers de Thibault et dans le « parler doux » de celle à qui l’on doit le magnifique Plus haut que les flammes. Il nous ouvre, si nous ne les connaissions pas déjà, à de belles pages d’Hélène Dorion et de Pierre Nepveu. Bref, il se fait lecteur silencieux du connu et du moins connu. Avec lui nous lisons ou relisons Miron et Marie Uguay.

Mais le monde est vaste et il y a fort à parier que les lecteurs et lectrices d’Un poème au milieu du bruit feront tout comme moi de nombreuses découvertes. L’auteur s’ouvre à ce que l’on nomme la littérature étrangère. Elle est parfois étrangère bien que produite ici même, je songe à l’œuvre d’Abraham Moses Klein ; elle nous vient du Mexique, des États-Unis, du Portugal ou d’ailleurs. Cet universalisme à lui seul ne fait pas l’érudit. Encore faut-il prendre en considération la nature de travail de celui-ci.

Boisclair l’a mentionné dès l’ouverture de son livre, il s’en tiendra « au bon vieux commentaire de texte ». Je veux bien. Il n’ajoutera aucune pierre nouvelle « à l’édifice déjà imposant des ouvrages de poétique ». Je veux bien. Mais chemin faisant, ce Petit-Poucet dans sa course égrène plus que des rimes ; ses essais sont constellés de brillantes remarques, lesquelles ajoutent à notre compréhension admirative de l’univers du poème. Il ne peut s’empêcher en commentant les poèmes qu’il a triés sur le volet de livrer le fruit de ses propres réflexions sur la poésie. Il a beau dire qu’il ne sait pas ce qu’est la poésie et donc avertir que, par conséquent, il préfère se pencher uniquement sur des poèmes, à travers ses essais il livre, mine de rien, les fragments d’un art poétique. Tous les poètes n’ont pas une pensée aussi claire du poème. Tous les poètes ne sont pas poéticiens. Tous ne sont pas des « scholar ».

J’aime lire les ouvrages savants. Surtout lorsqu’ils me permettent moi-même d’apprendre sans me sentir bêtement ignorant à chaque ligne que je lis. Boisclair écrit pour se faire entendre. Et ma foi, il écrit très bien. Son ouvrage procure ce que l’on appelle des plaisirs esthétiques. On aime lire des ouvrages dont chaque phrase est bien balancée, se liant parfaitement à celles qui suivent, dans des paragraphes solidement construits où çà et là apparaissent des trouvailles, de discrètes perles de langage, une légère fantaisie livrée sur le mode d’une agréable camaraderie. L’écrivain me semble alors être un ami. En tout cas, il me tend la main.

Un érudit est une personne qui lorsqu’elle entreprend de commenter un poème ne se limite pas au seul univers que contient et révèle ce dernier. Le « scholar » qu’est Antoine Boisclair se penche la plupart du temps sur un poème, mais parfois il entreprend de lire une suite poétique. C’est le cas avec « La femme qui dort dans le métro » de Pierre Nepveu. Mais il fait plus que lire de près un ou des poèmes. Et ici l’on me permettra de revenir à la chanson de Zacharie Richard. C’est qu’avec Boisclair le poème est dans le recueil et le recueil dans l’œuvre de l’auteur et ce dernier dans un courant littéraire, lui-même appartenant à une époque, à une communauté d’auteurs et d’autrices. Ainsi allons-nous du petit poème au vaste univers. Boisclair analyse du petit et il le fait en grand. Il ne manque jamais de situer le poème au sein de l’œuvre. Il élargit son propos à l’histoire, à l’histoire littéraire bien entendu, mais également au monde qui est le nôtre.

Un poème au milieu du bruit est un ouvrage essentiel.

Avatar de Inconnu

Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

2 réflexions sur « Antoine Boisclair : Un poème au milieu du bruit : Essai : Éditions du Noroît : 2021 »

  1. Tu nous parles de ce recueil avec trois titres différents: «Un poème au milieu de la nuit», «Un poème au milieu du bruit» et «Un poème au milieu du monde». Est-ce le bon vieux truc du prof pour s’assurer qu’on le suit bien?!
    Je trouve qu’il y a beaucoup de parenté entre la mission de Boisclair et la tienne surtout quand tu écris: …«ses essais sont constellés de brillantes remarques, lesquelles ajoutent à notre compréhension admirative de l’univers du poème. Il ne peut s’empêcher en commentant les poèmes qu’il a triés sur le volet de livrer le fruit de ses propres réflexions sur la poésie. Il a beau dire qu’il ne sait pas ce qu’est la poésie et donc avertir que, par conséquent, il préfère se pencher uniquement sur des poèmes, à travers ses essais il livre, mine de rien, les fragments d’un art poétique». Et que dire de ta finale inclusive à la Zachary Richard! Il y a du grand DG dans ça pour moi.

    J’aime

Répondre à Laurent Annuler la réponse.