Jean-Marc Lefebvre : Les ombres lasses : Poésie : Éditions du Noroît : 2005

On se souvient de Lautréamont : « La poésie doit être faite par tous. » À vrai dire, nul n’attendait vraiment cette injonction pour la mettre en pratique. D’une manière ou d’une autre, à peu près tout le monde s’adonne à la poésie. Il en a sans doute toujours été ainsi, mais comme l’on vidait tout plein de tiroirs lorsque décédaient les anonymes, leur poésie personnelle disparaissait avec eux. Les poètes du dimanche abondent encore. Ils écrivent des vers. À toutes les époques, ils en ont écrit. On l’ignorait ou presque. Aujourd’hui, ils écrivent sept jours par semaine. Avec l’avènement des réseaux sociaux, on sait maintenant que les poètes connus et reconnus partagent avec de nombreux poètes de l’ombre les plaisirs et les inquiétudes, j’allais dire de la rime.

De la rime, car bien qu’on ait mis en avant les bienfaits du vers libre depuis au moins Rimbaud, de nombreux amateurs investissent encore les formes fixes, lesquelles même aujourd’hui permettent de donner libre cours à la créativité de quiconque. Ou alors, comme si en musique n’importe qui pouvait laisser courir ses doigts n’importe où sur le clavier et se satisfaire ainsi de résultats pour le moins aléatoires, l’abandon des règles de la versification et les « rythmes instinctifs » préconisés par le poète de sept ans autorisent le premier venu à se satisfaire de ses moindres délires. On l’admet depuis longtemps, la recommandation des surréalistes visant à explorer l’inconscient au moyen du discours automatique n’a permis aux surréalistes de produire de la poésie « digne de ce nom » qu’en vertu de dons, acquis et qualités poétiques dûment cultivées. Il n’en demeure pas moins que la démocratisation actuelle, telle que favorisée par les outils du numérique, donne souvent d’étonnants résultats. Çà et là essaiment les perles ainsi que les petites misères de la poésie. Parmi des maladresses de rythme ou d’expression, des débordements lyriques ou des fioritures, on découvre fréquemment de véritables trésors d’humanité et de beauté.

Jean-Marc Lefebvre n’est pas un poète amateur. On ne rencontre dans ses œuvres aucune maladresse de néophyte. Il partage cependant avec la plupart des poètes qui s’autoéditent sur les réseaux une qualité qui parfois fait défaut aux poètes officiels et reconnus pour tels. Cette qualité en est une d’humanité. Ce poète est tout simplement un homme et son recours au verbe poétique s’accomplit presque sans façon, d’une manière toute simple qui tranche avec ce que peuvent souvent avoir de savant, même de factice, des œuvres aux sources desquelles président des ambitions plus démesurées ou pointues. L’appareillage poétique de Lefebvre ne tente pas d’atteindre la Lune. Cet homme a les pieds sur terre. C’est sur la Terre qu’il avance, car tout, me semble-t-il, avec lui est affaire de chemin. L’un de ses recueils ne s’intitulait-il pas justement Le chemin des vocables ?

De l’importance du chemin dans cette œuvre témoigne ceci qu’on trouve depuis le 11 juin 2020 sur le mur Facebook du poète.

Ni excès ni retenue, abandonner le fil, n’espérer que l’insoupçonné. Ne pas savoir, ne pas attendre, reposer jusqu’à se fondre, absorber le temps. Écouter. Laisser dériver jusqu’à soi ce qui traîne. Se détacher lentement d’une vanité. Adopter l’usure des choses.

Hier des ouvriers ont arraché les souches de quelques frênes. Il y avait une jardinière placée sur l’une d’elles, un geste de beauté, un élan peut-être, une échappée. Il arrive que je ne comprenne rien à ce qui se passe en moi. Alors j’écris, je lave une fenêtre, je sors marcher, tributaire d’une énigme. Chacun porte les éclats d’une histoire. Le poème tente de lier les trajets interrompus.

Quand j’ai lu ce poème en prose, j’ai été frappé par ses premiers mots : « Ni excès ni retenue ». Ils me paraissent convenir parfaitement au recueil Les ombres lasses, lequel ne date pas d’hier. Frappé également par une constance, une sorte de régularité dans la trajectoire poétique de Lefebvre, mais il est vrai, ce sont là conjectures que le reste de sa production infirmerait peut-être. Quoi qu’il en soit, il me semble qu’au moins dès Les ombres lasses, le poète a cherché, comme il est écrit dans ce poème en prose, à se « détacher lentement d’une vanité. » Pas de prétention chez lui, qu’une très grande attention au réel (il cite Denys Néron dans son recueil : « le poète ne matraque pas la réalité, il lui donne sa chance »). Mais il s’agit surtout pour le poète, comme on peut le lire à la fin du poème, « de lier les trajets interrompus. »

Cet homme, d’où vient-il ? Par quel chemin s’est-il rendu jusqu’au poème ? Je l’ai dit et le répète, toutes sortes de gens viennent à la poésie. Ils inventent leur propre chemin, ou encore ils ont suivi les sentiers battus de l’école et de l’université ; certains viennent tardivement à la chose, d’autres l’enseignent depuis des lustres. Des ambassadeurs ont été poètes, des maires de village également.

L’homme qui en 2005 fait paraître Les ombres lasses exerce le métier d’artisan relieur. Il a souci de préserver les livres des outrages du temps, de leur donner une parure, un vêtement de beauté. Mais pour sa part, son recueil offre à ses lecteurs et lectrices un objet dont la beauté est en quelque sorte plus intérieure. Si le métier de Lefebvre lui permet de donner forme à un souci d’ordre esthétique matériel, en tant que poète son dessein priorise le contenu tout spirituel des livres qu’il écrit.

Pour rendre compte des Ombres lasses, dans la mesure où Lefebvre est un poète minimaliste il est possible de procéder en disant tout ce que n’est pas sa poésie. En gros, l’on peut dire qu’elle ne représente pas une somme assommante. Aucune longueur dans ces poèmes, mais bien au contraire, un discours aimable et comme proportionné au lecteur le plus humble. Une poésie qui se tient à la hauteur des hommes et des femmes à qui elle s’adresse. Jamais elle ne monte sur ses cothurnes, ne hurle à la tribune, ne gesticule, ne grimace. Sans aucune forme de grandiloquence, le poète dit pourtant de grandes choses, de profondes vérités. Le fait qu’on n’y voit aucun maniérisme, aucune pose, prédispose le lecteur à lui prêter une oreille attentive. Ce qu’il entend alors ne peut pas le décevoir.

Il est impossible de ne pas prendre cette poésie au sérieux, de balayer du revers de la main la proposition de Lefebvre. Sa quête est pour ainsi dire authentique. C’est la quête d’un homme qui marche (dans le poème cité ci-haut : « je sors marcher, tributaire d’une énigme » Il se pourrait que je revienne bientôt à cette énigme, mais je retiens ici l’idée de la promenade. Le poète s’aventure à notre rencontre, à la rencontre du monde, à la rencontre de la réalité, à qui il « donne sa chance. » Le poète vient à nous. Il nous parle. Par le biais de la femme aimée à qui parfois il s’adresse. Il lui dit : « Sans relâche je te parle/d’humanité ».

On le constate, rien ici dans la manière de dire n’est compliqué. Le complexe, ce qui fait l’inextricable mystère de la réalité est formulé tout simplement. Mais qualifier de « simple » cette poésie m’apparaît insuffisant, quasi mensonger. Il convient plutôt de redire qu’elle n’est jamais inutilement compliquée, jamais chargée, jamais lourde. Ce poète ne tente pas de jouer au petit fin-fin avec les mots, ne s’amuse pas à les échafauder laborieusement, dans le but d’empêcher l’accès au sens, de le brouiller, de faire du poétique au moyen de l’obscur. Pour appréhender le contenu, ses lecteurs et lectrices ne cherchent pas midi à quatorze heures. Si avec ce poète le travail est intelligemment fait, ce n’est en rien un ouvrage où le rapport aux mots et aux sens qui en découlent est d’ordre intellectuel.

Pour en revenir à une description par la soustraction, j’ajoute à tous les moins qui précèdent de nouvelles négations. Le poème de Lefebvre ne relève pas d’un formalisme cérébral, il se tient à mille lieues du conceptuel, il n’entretient aucun rapport avec l’éloquence ou un prétendu beau style. Le lyrisme y est retenu. On y voit peu de fleurs, pas d’images tarabiscotées ; sa rhétorique n’est pas tirée à quatre épingles et son propos n’est jamais tiré par les cheveux.

Le verbe de Lefebvre, pour parler de manière positive, est sobre, coule de manière limpide. La clarté règne dans son ouvrage, mais si rien n’y est franchement ésotérique ou abscons, son poème n’est pas loin de laisser parfois la porte grande ouverte à un certain mystère. Il emménage en quelques passages des zones d’ombre propices à la rêverie, à la surprise aussi.

Tous les recueils de poésie contiennent une part de mystère. Dans le poème suivant, le poète s’adresse à celle qu’il aime : « Sur la table/quelques couverts/le bourdonnement d’une bougie/ton nom prononcé//Tu n’en sauras rien//Ce que je tais/défait la frayeur/d’un horizon sans vertige ».

Lorsque dans son œuvre un poète s’adresse à une personne de son entourage, de son monde « réel », celle-ci a rarement la substance toute fabriquée que peut lui conférer un romancier dans sa prose : ce n’est pas un « personnage » fictif dont on connaît la teneur, la personnalité. On ignore tout de ce qui fait son existence, du rapport qu’elle entretient avec le poète. Alors que sa réalité nous échappe totalement, la part d’intime à laquelle nous, lecteurs, accédons, dont nous sommes témoins, se présente donc fragmentée, voilée. Dans sa discrétion, le poète nous fait entrer dans sa salle à manger, mais sans l’ombre du moindre exhibitionnisme, car un certain découpage, un montage de la scène en préserve une large part de sa vie privée. Le voile est à peine soulevé. Tout n’est pas dit. On ne saura pas pourquoi la femme ignorera que son nom a été prononcé : il lui dit : « Tu n’en sauras rien ». Si le poète est autorisé à procéder ainsi, c’est en raison de la nature de son projet. C’est qu’il écrit pour dire le réel. Par conséquent, son entreprise poétique fait la part congrue à l’abstraction, à l’effacement de cette réalité. Il ne s’agit pas pour lui de fabriquer comme disait Mallarmé de beaux « bibelots d’inanité sonore ». Au contraire, la poésie doit être incarnée, doit s’inscrire dans le réel : « L’ombre enfin/épelle la lumière//ce texte/que la douleur froisse ». Le poème constitue le lieu et la formule par lesquels s’incarnent les âmes, les ombres conviées dans une aventure qui est à la fois celle du poème et celle de l’existence, les deux étant pour ainsi dire indissociables. 

On voit dans le poème de l’exergue à quel point l’existence est pour le poète une question de chemin : « quelle route emprunter/qui ne soit pas ornière/et ce chemin écrit par les heures/s’il te laisse sans corps/sans merveille ou sans voix/quel en est le désir ? »

Ce poème se présente comme l’argument, il révèle le programme si l’on peut dire de ce recueil. Les mots qu’on y lit, l’interrogation dont ils sont porteurs constituent une manière de constat, et de refus. Ce chemin écrit par les heures ressemble étrangement à un cul-de-sac : s’il laisse sans corps, sans merveille et sans voix, comment puis-je l’accepter ? Dans mon refus, je dois me poser ces questions essentielles. Quelle route emprunter pour parvenir à autre chose que cette mort lente ? Où donc mon désir peut-il prendre sens et substance, dans quelle réalité peut-il réellement se réaliser ?

Tel sont à mon avis les questions que pose la suite du recueil. Est-ce se montrer quelque peu cavalier que d’avancer que le chemin emprunté par le poète est celui qui conduit le marcheur fatigué de l’ombre à la lumière ? À tout le moins, le recueil nous montre un homme qui va de l’une à l’autre en un constant aller-retour, aidé dans son cheminement par une compagne qui n’est jamais loin, à qui d’émouvants poèmes d’amour sont offerts en guise de partage et de communion.

L’homme qui marche avec sa compagne fait montre d’un stoïcisme vertical : « Je dis relève la tête/il n’y a rien de plus/à tenter/que se déployer/un peu plus verticalement ». Et encore, dans un autre poème, nous lisons : « Où êtes-vous/regards droits et visages vifs/Je ne vois que silhouettes recluses/derrière les paravents ».

Si l’on se demande encore parfois ce qu’est la poésie, si la définition poétique avancée par l’auteur nous laisse sur notre faim, alors qu’elle peut paraître quelque peu sibylline, la poésie étant ici définie comme étant « un fracas/marée jetée/sur les pierres du temps » — mais n’allons pas croire qu’un tel énoncé me rebute — bref, si l’on s’interroge encore sur la nature de ce curieux langage où les mots ne sont plus des outils, des instruments conçus uniquement pour communiquer, alors… c’est qu’il est grand temps de passer à la chose même, je veux dire aux poèmes de Lefebvre.

Lisons-les attentivement, lentement. Nous connaîtrons alors l’épreuve que nous tend la beauté. Dans l’espace où s’avance le poète, dans cet espace de la page « où crépitent nos ombres lasses », nous découvrirons une pensée, une manière d’introspection. Notre ombre, main dans la main avec celle de l’auteur, cherchera un parcours, elle recueillera « des éclats » de lumière. Tel est le but, le sens qu’indique la flèche des mots, le sens qui va vers le haut, malgré l’absence et le silence, alors même que la foi serait insuffisante, en quête de soleil, en quête de lumière.

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

8 réflexions sur « Jean-Marc Lefebvre : Les ombres lasses : Poésie : Éditions du Noroît : 2005 »

  1. Daniel Guénette Merci…tu as fait un très beau texte concernant Jean-Marc….je le reconnais dans tes mots…et je me trouve privilégiée de pouvoir le lire ici sur FB………tu sais je suis 0 dans l’écriture, mais j’ai une bonne capacité de sentir, ressentir….et ton texte rend très bien JM, du moins ce que j’en perçois…..bye et alp…💐🍀🍀🍀🍀

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  2. Cher Daniel, bonjour je suis content de tes mots sur ce livre de Jean Marc et son rapport à la publication. Jaime ce qu’il écrit pour les raison que tu évoques.

    avec amitié paul

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  3. Bonjour Daniel
    Merci de ta lecture, éclairante et respectueuse, il est intéressant de redécouvrir un texte sous les yeux de quelqu’un qui a lu, fait des liens, met en relation avec différents courants littéraires, intéressant aussi d’avoir procédé par « ce n’est pas » qui est tout aussi éclairant qu’une affirmation. Je suis toujours un peu intimidé par le regard de l’autre, étant d’un naturel assez réservé, prudent, tu auras compris que ce que je recherche, ma quête, relève de l’accomplissement, le poème est en cela un chemin exemplaire.
    Merci de ton regard et de ta générosité, je t’en sais gré.
    Amitiés
    Jean-Marc

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  4. Merci Daniel pour ce beau texte … J’ai lu sur internet, quelques poèmes sur ce poète.. et j’ai beaucoup aimé…. C’est un bel hommage à Jean-Marc Lefebvre qui me le fait découvrir… J’aime la poésie, sous toutes ses formes, parfois j’accroche sur un poète en particulier, et la poésie de M. Lefèbvre, sera de mes prochaines lectures… Toujours un plaisir de vous lire cher Daniel!

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  5. Grand merci, ami Daniel de me faire découvrir un poète qui « lie les trajets interrompus » par sa poésie humble et humaine – tous les extraits que vous proposez renvoient un écho parfaitement juste dans mon esprit. Pourquoi? C’est vous-même qui le dites infiniment mieux que moi: son « discours aimable » (qualité si rare de nos jours) est « proportionné » au lecteur qui le reçoit. Et j’ajoute: qui en reçoit l’écho en son coeur, en son esprit. Cette poésie est d’une extraordinaire qualité, une perle rare comme on dit, et je m’empresse d’aller la lire. Merci tant pour cela.

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  6. Quel magnifique voyage dans le temps ! Je reçois votre aimable commentaire à 19 h 24 heures, aujourd’hui le 14 juin et oh ! Paradoxe, vous me l’avez envoyé demain le 15 à 0 h 15 min Blague à part, je suis content que vous ayez souligné ce « proportionné », cette esthétique de la proportion et de l’amabilité, je l’ai emprunté à un vieux de la veille, ou dit-on « un vieux de la vieille » ? Il s’agit de Fénelon. Lire cet auteur, assurément, c’est entreprendre un autre voyage dans le temps.

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