Marina Girardin : Les eaux glacées de l’Isar – Essai sur la mort volontaire : Leméac : Collection L’Inconvénient : 2026 : 126 pages

On ne plaisante pas avec le suicide. Ce livre n’a rien de léger. Il ne divertit pas, au contraire, il nous plonge dans le sombre, dans la gravité, dans les abysses de la mort volontaire. Il raconte des histoires troublantes, au premier chef, celle de l’auteure ; il présente des trajectoires de vie brutalement interrompues, celles de ses amis Francis et Katerine. Il regorge également de renseignements précis et précieux en cela qu’il propose une synthèse de l’ensemble des connaissances que nous avons à ce jour sur la question du suicide. Sa lecture nous apprend entre autres comment le suicide a été perçu à différentes époques et dans différentes cultures. En tant qu’œuvre littéraire, pour notre plus grand bonheur, il répond aux exigences de celle qui l’a conçu. Question d’écriture, rien n’y est laissé au hasard : chaque mot, chaque phrase, chaque section de l’ouvrage fait l’objet d’un soin minutieux. L’écrivaine y parle de l’importance que revêt la littérature à ses yeux, montre le rôle qu’elle peut jouer dans les établissements scolaires et analyse les liens qu’elle entretient avec la vie, la mort et le suicide.

Il existerait quatre formes de suicide vésanique, entendons par-là de suicide lié à la folie. La jeune Katerine aurait agi sous le coup d’une volonté soudaine. On parle dans son cas de suicide impulsif ou automatique. Les autres formes seraient celles du suicide maniaque, du suicide mélancolique et du suicide obsessif. Selon Durkheim, le suicide automatique « résulte d’une impulsion brusque et immédiatement irrésistible. En un clin d’œil, elle surgit toute développée et suscite l’acte ou, tout au moins, un commencement d’exécution. » C’est au suicide résultant d’une charge mentale démesurée, d’une trop forte anxiété, d’une humeur extrêmement dépressive ou encore d’une misère existentielle insupportable que s’intéresse Marina Girardin. Si elle puise dans les ouvrages savants, si elle recourt aux analyses et aux savoirs des spécialistes, c’est afin d’étoffer ses propres réflexions, afin de mieux comprendre ce qu’elle a vécu et continue de vivre — le suicide n’étant pas qu’un passage à l’acte ; mais, toujours présent, il habite constamment quelque recoin de l’esprit des suicidants.  Dans ce livre fort instructif, très documenté, l’auteure ne néglige aucun aspect du sujet, elle l’aborde à partir des nombreux angles qui s’offrent à la recherche. Ainsi sont conviées la psychologie, la psychanalyse, la psychiatrie, lesquelles aident l’auteure à comprendre les sentiments qui l’habitent, sentiments de la faute, de la culpabilité et de la honte liés à ce qui au passage sera ici désigné en tant que « geste infamant » ? On le voit, si l’essayiste consulte maints ouvrages, elle scrute surtout sa propre psyché. D’où les récits qui émaillent son essai. Rien dans ces récits n’est de l’ordre de l’anecdote. On ne saurait en retirer aucun. Tous sont en lien direct avec l’analyse qu’entreprend madame Girardin. On pourrait dire qu’ils n’illustrent pas ses pensées, mais qu’ils les alimentent et qu’ils en découlent également. L’essayiste est solide, or la solidité intellectuelle de son ouvrage découle de sa grande fragilité, de sa trop humaine vulnérabilité, voire de son « empathie excessive ». On apprend beaucoup en la lisant, mais surtout, grâce au grand sentiment d’amour qui parcourt son essai, le lecteur est touché, atteint droit au cœur. C’est là ce qui fait la valeur de l’ouvrage, outre ses indéniables qualités littéraires : reposant sur un déchirant et profond sentiment d’empathie, il le procure à son tour. Il faut voir l’enseignante à l’œuvre, habitée par un grand sens de l’accueil, elle donne la parole à ses étudiants, ouvre la porte au dialogue, celle aussi de son bureau. Cela est saisissant. Un étudiant vient la saluer, lui dire adieu. Il a l’intention d’en finir avec la vie. Quel ange, quelle impulsion le pousse à venir rencontrer à son bureau celle qui lui a fait connaître le désespoir de la Mouchette de Bernanos ? Toujours est-il que la jeune enseignante lui ouvre les bras et parvient si bien à manœuvrer, le cœur dictant chacune de ses paroles, que le jeune étudiant finit par consentir à sceller avec elle un pacte de non-suicide.

Entre de telles scènes, dont les plus émouvantes sont celles où sont relatées les histoires de Francis et de Katerine, sans oublier celle de la « narratrice », celle-ci comme mentionné si haut poursuit ses lectures. Elle nous fait découvrir les liens que l’Église et l’État entretiennent avec le suicide. L’Église a longtemps interdit la sépulture ecclésiastique aux suicidés et excommunié ceux et celles qui ont attenté à leurs jours sans succès. J’ignore si c’est encore le cas aujourd’hui. Au Canada, jusqu’en 1972, le suicidant était condamné à la prison, aux travaux forcés, à l’amende ou à l’asile s’il était démontré qu’il souffrait d’aliénation mentale. L’inventivité de l’auteure vient illustrer les tragédies liées à ces positions légales. Elle imagine de brèves histoires où elle révèle l’ampleur des drames que suscite l’intransigeance de l’État en matière de suicide. Ces histoires font évidemment progresser la pensée de l’essayiste.

Camus nourrit ses réflexions. Il est d’avis que l’idée du suicide germe « dans le silence du cœur » et que la société « n’a pas grand-chose à voir avec ces débuts. » Notre essayiste ne partage pas ce point de vue. Elle soutient le contraire. Elle aborde l’anxiété générée par le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui et s’interroge sur l’impact que les divers chaos peuvent avoir sur la jeunesse. Elle rend compte des impacts qu’ont les modèles économiques centrés sur le profit et la surconsommation : « L’asservissement du travailleur en régime capitaliste est jugé dangereux dès la naissance de la société industrielle, où des penseurs accusent les gouvernements de générer les misères qui conduisent à l’autodestruction. » Tout ce qu’elle étudie la conduit à affirmer que la « psychologie du suicide rejoint donc désormais la psychologie du burn-out ».

Je dois insister sur ce point, contrairement à ce que pourrait être un essai strictement scientifique, de type universitaire ou savant, l’auteure pratique une écriture qui fait la part belle au littéraire, à l’écriture de l’intime. Ainsi au fil des pages sommes-nous mis en présence non pas de deux types d’écriture, mais d’un amalgame où registres savant et littéraire s’entremêlent sans qu’il soit toujours possible de les distinguer, sauf quand il s’agit de passages nettement littéraires, voire poétiques.

Marina Girardin est une littéraire, elle travaille la forme d’une manière subtile, avec une rigueur qui n’a rien de rigide. Les sections de son ouvrage s’enchaînent, pourrait-on dire, de manière à la fois logique et naturelle. Cela coule comme l’eau d’une rivière. Sa phrase est tout aussi fluide. Sa richesse impressionne, toute discrète soit-elle. Elle se manifeste avec brio tout particulièrement dans les passages où l’écrivaine laisse libre cours à son inventivité, à son intelligence littéraire, à sa sensibilité créatrice. Il n’y a pas de réelle rupture entre les pages plus littéraires et celles qui relèvent davantage de l’écriture essayistique, une différence certes est marquée — on quitte un registre pour un autre —, mais l’enchaînement est assuré par un principe que j’allais dire de nécessité, de nécessité intérieure si je puis dire, de nécessité littéraire. Au bout du compte, l’écriture seule, l’écriture littéraire s’entend, permet selon l’écrivaine d’accéder au dicible, de manifester au plus juste et au plus près l’expérience du suicide. Comble de réussite, l’alternance de l’essai et du littéraire est telle que ces deux formes s’agencent ici à la perfection, l’une nourrissant l’autre et vice versa. Il y a là un dialogue entre le général et le particulier, entre les passages où l’auteure réfère aux ouvrages qu’elle consulte et ceux où elle se livre à une écriture relatant ses propres expériences et celles de ses précieux disparus. L’analytique et l’empirique entretiennent dans son texte des rapports très étroits.

Pour écrire son livre, l’auteure dit qu’il lui a fallu sortir du tragique. Prendre ses distances d’avec sa propre expérience du suicide, qui est, confie-t-elle, et n’est pas qu’une faute. Pour atteindre un état de calme relatif, pour parvenir à « cette disposition à la fois intellectuelle et morale […] nécessaire à la mise en mots de ce que j’avais vécu, par un retour du balancier, seule l’écriture pouvait véritablement me permettre d’y accéder. » Elle s’interroge : « ce livre risque-t-il de me garder prisonnière du sentiment de la faute ? Il est des moments où l’envie me prend de faire avec lui ce que j’ai maintes fois voulu accomplir dans ma vie : j’accroche le document numérique avec ma souris et le jette dans la corbeille puis, l’instant d’après, je le récupère et le dépose à nouveau près des autres icônes. » On assiste ici en quelque sorte au suicide du livre. Dans une sorte de contagion, de truchement, à la manière d’un exutoire, l’écrivaine songe à imposer à son livre la mort volontaire qui la hante.

Lorsqu’on écrit avec simplicité, rien de très clinquant ne dérange l’attention du lecteur, ne force son admiration ou son exaspération face à l’exhibitionnisme stylistique. Une écriture marquée par la sobriété n’en recèle pas moins de richesse. C’est le cas ici. L’auteure sans vantardise aucune reconnaît ses dettes à l’endroit des écrivains qui l’ont marquée : « Murakami […] m’a aidé à cultiver le calme nécessaire à la réflexion en me rappelant que l’important était de dire les choses simplement. Flaubert, lui, a maintenu ferme en moi l’exigence du mot juste. » Tout dans cet essai est clair et limpide. Les mots sont les mots qui conviennent. Le vocabulaire sans être recherché est propre à nommer les phénomènes qui préoccupent l’auteure. Ce sont là des qualités auxquelles s’ajoutent en plus-value un fin doigté littéraire, un souci du balancement de la phrase, un art subtil dans l’enchaînement des différentes phases du discours. Surtout, dans les passages les plus littéraires, remarque-t-on une inventivité narrative, elle aussi discrète, mais oh combien efficace. Il faut lire ces passages où l’écrivaine quitte l’écriture essayistique pour se livrer au récit personnel, pour raconter les drames qui ont marqué sa vie, la perte d’amis qui se sont donné la mort, les circonstances dans lesquelles ces suicides se sont produits. On se croirait dans un roman tant cela est vivant, vrai et intense.

Enseignante, elle met au programme des œuvres fréquemment en lien avec sa hantise du suicide. C’est qu’elle est persuadée qu’il faut ouvrir le dialogue, non seulement sur l’épineuse question de la mort volontaire, mais sur tous les sujets qui heurtent les sensibilités et fractionnent l’opinion publique. Elle considère que la littérature ne fait surtout pas que divertir : voici « l’idée que je me fais de la littérature, à qui je demande de me conduire au plus près du cœur sauvage, primitif, de l’exigence absolue de la Beauté — les œuvres les plus fortes étant celles qui nous mettent à l’épreuve et nous éblouissent, qui nous donnent tout à la fois le vertige des profondeurs et celui des hauteurs. » Et ceci : « Je n’ai pas appris à m’attacher aux livres qui nous gardent indemnes en ne bousculant rien de nos vérités. »

Elle ne souscrit pas à la culture du bannissement et de l’évitement. On doit pouvoir faire lire aux étudiants même des ouvrages traitant du suicide. C’est notamment avec une œuvre de Bernanos que son essai et son enseignement nouent le plus fructueux des dialogues. Nouvelle histoire de Mouchette est au centre de son essai. Je ne résumerai pas le résumé que l’écrivaine en fait. Je me bornerai à dire que Mouchette entretient avec Marina Girardin des liens bien réels, comme si l’héroïne du roman de Bernanos était en quelque sorte le double de l’essayiste.

À douze ans, la jeune Marina fait une tentative de suicide. Elle la raconte. Tout cela est saisissant, poignant. Elle vient d’absorber en grande quantité les médicaments de sa mère dépressive. Elle sort de chez elle et s’enfonce dans la forêt. Elle atteint une clairière. Mouchette pareillement dans des circonstances similaires aboutit dans une clairière. Et qui plus est, on parle dans son cas d’une mort par noyade, alors que lors de la dernière tentative de suicide de notre auteure, c’est dans sa baignoire qu’elle plongera avec une bouteille d’alcool, un flacon de comprimés et un couteau destiné à lui entailler les poignets. Est-ce là de la littérature ? Comme on le dit souvent, la réalité dépasse la fiction. Quant aux liens qui unissent Mouchette à Marina, ils sont encore plus nombreux que ce que je mentionne. On verra le livre de Bernanos devenir dans une salle de classe un sujet de discussion dont l’auteure est convaincue de la grande utilité.

On ne peut, on ne doit pas tout dire. Et malheureusement, ce qu’on dit au sujet d’un livre manque souvent de précision, de pertinence, ne l’éclaire pas tout à fait, ne rend pas tout à fait la lumière d’un texte. J’aurais pu me borner à recommander fortement la lecture de cet ouvrage. Il en a été question récemment dans Le Devoir et dans Le Journal de Montréal. À mon sens, on n’a pas suffisamment fait mention de son importance, de la grande humanité qui l’anime et du talent de l’écrivaine. Quelle écriture ! Du prologue à l’épilogue, tout se tient. Au tout début il est question d’une photographie où l’on voit la jeune femme dans les eaux glacées de l’Isar. Son sourire sur cette photo tient « d’une gageure des plus hasardeuses. » On retrouve cette rivière à la toute fin du livre. Et bien vivante, l’auteure nous sourit à nouveau. Non, vraiment, Camus a raison. « Il n’y a pas de honte à être heureux. » Et notre amie Marina d’ajouter ; « Il n’y en a pas non plus à être malheureux ou à l’avoir été. »

Merci, Marina.

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

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