Fernand Ouellette : À l’extrême du temps : Poésie : Éditions de l’Hexagone : 2013 : 384 pages

Jetons un coup d’œil au « Du même auteur » de Vers l’embellie, le plus récent et sans doute le dernier opus de l’œuvre de Fernand Ouellette. On constate assez rapidement en le consultant que l’auteur a beaucoup produit. Il a œuvré dans divers domaines, publiant quelques romans, de nombreux essais et bien entendu plusieurs recueils de poésie. Parmi ceux-ci, les recueils du début sont souvent des plaquettes, minces dans le cas de Ces anges de sang, Séquences de l’aile et Le soleil sous la mort ; plus volumineux avec Dans le sombre et dans les œuvres suivantes, quoiqu’À découvert est lui aussi un recueil plutôt succinct. Enfin, ces observations ne prennent leur sens qu’au moment où l’on entreprend la lecture des livres de poèmes que publiera l’auteur plus tard, après avoir durant une assez longue période délaissé sinon l’écriture, du moins la publication d’œuvres poétiques. Entre Les heures, publiées en 1987 et Au delà du passage se seront écoulées une dizaine d’années. Mais ce recueil, tout comme Présence du large, je le dis sous toute réserve, est composé d’œuvres quasi de circonstances. Certes, les circonstances chez Ouellette ne sont jamais banales, innocentes ou superficielles. Mais toutes ne déclenchent pas des avalanches, toutes ne témoignent pas du périple majeur qui des années plus tard verra le poète produire d’incommensurables sommes poétiques.

La vie réserve parfois des moments d’accalmie. Le poète accomplit une œuvre à laquelle il consacre toutes ses énergies (je parle ici de ses essais), il peut en aparté s’adonner à l’occasion à jeter sur papier divers poèmes, fruits d’une inspiration passagère, liée cependant de près ou de loin à cette œuvre dont je viens de dire qu’elle accapare le plus gros de ses forces. Les lecteurs familiers de Ouellette savent qu’à partir du milieu des années 1990, le travail de Ouellette est principalement consacré à une série d’essais dont la rédaction est déclenchée par sa rencontre formidable avec Thérèse de Lisieux. C’est, pour reprendre un leitmotiv inscrit à même les titres de trois de ses essais, « l’expérience de Dieu » qui le sollicitera désormais et à laquelle il s’adonnera surtout en prose, celle de l’essai justement.

Si on se résume, après Les heures, Ouellette se consacre à l’écriture essayistique, les ouvrages de poésie qu’il publie sont rarissimes, il y en a deux  : Au delà du passage en 1997 et une anthologie, Choix de poèmes, en 2000. Il faudra attendre l’année 2005 pour assister avec le premier tome de L’inoubliable à une impressionnant déferlement d’avalanches poétiques qui se succéderont coup sur coup jusqu’en 2015. Ce seront les trois chroniques de L’inoubliable et les monumentales œuvres que sont L’abrupt (deux gros tomes), À l’extrême du temps et Avancées vers l’invisible. Un petit recueil de pièces diverses, composées à la fin du siècle dernier et au début du vingt et unième s’intercalera dans le lot. On trouve dans ce recueil intitulé Présence du large les thèmes chers à l’auteur, mais ces derniers seront traités avec une ampleur inégalée dans ce qu’il convient d’appeler la deuxième grande période de la production poétique de Ouellette.

Cette période charnière, imposante, sera suivie d’une troisième et dernière. Après Avancées vers l’invisible paraîtront deux recueils de poèmes. Leur valeur est inestimable. Après les sommes viennent ces deux suites fort personnelles, la parole du poète y est épurée à souhait. Je mets ces ouvrages à part pour des raisons que je souhaiterais préciser dans un proche avenir, ces deux livres de poésie ajoutant selon moi à l’œuvre du poète de nouveaux éléments, dont déjà la fin d’Avancées vers l’invisible donnait un avant-goût, avec ses deux sections finales, la première consacrée au fils que la mort lui avait arraché quelques années plus tôt, la dernière dédiée à sa femme qu’il venait tout juste de perdre. Dans les derniers poèmes d’Avancées vers l’invisible, comme dans ceux d’Où tu n’es plus, je ne suis nulle part et Vers l’embellie, le cours de l’inspiration se fait moins tumultueux. Le poète avec plus de gravité oscille entre la souffrance et l’apaisement que lui procure le baume de la foi jeté sur ses blessures.

Je le répète. D’un livre à l’autre, Ouellette jamais ne se dédit. Une même foi toujours l’habite, l’occupe et préoccupe, tel un brasier au cœur de son entreprise poétique, au cœur de sa vie d’homme. Est-ce une vue de l’esprit ? Je crois pouvoir affirmer que dans son aventure spirituelle, le poète aura connu des heures où ses doutes auront été en quelque sorte allégés, voire aériens, heures où son bonheur aura été plutôt tranquille. Dans sa poésie, il aura abordé alors ses thèmes de prédilection avec joie, usant d’images et de symboles récurrents, ceux du bleu, de la mer, des oiseaux bienheureux et des sinistres corbeaux, des prés en fleurs et des hauts sommets escarpés auxquels s’attaque le rochassier de l’Abrupt, symboles, dis-je, qui dans les œuvres ultimes, celles des seconde et troisième périodes se verront alors lestées de gravité, de désespérance, alors qu’en contrepartie la lumière sera quant à elle plus vive que jamais.

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À l’extrême du temps. Le titre de ce livre est représentatif de toute l’œuvre de Ouellette. Il va dans le même sens, pointe dans la même direction que d’autres titres donnés par le poète à ses ouvrages, je songe à Commencements (un essai), le mot « commencements » évoquant l’extrême initial du temps, le temps d’origine, celui du moment où un départ se met en branle, c’est la naissance (thème qui dans plusieurs œuvres de Ouellette et notamment dans À l’extrême du temps est fort important). Le recueil intitulé Au delà du passage et surtout Avancés vers l’invisible et Vers l’embellie impliquent également une traversée du temps et de l’espace, une arrivée dans un autre temps, un temps suprême.

À l’extrême du temps se trouve le temps retrouvé, celui de la « prime clarté ». À la clarté s’offrant à qui naît au monde, ouvrant les yeux pour une première fois (mais cette « prime clarté » est surtout celle d’où le corps et l’esprit naissant émergent, clarté originaire : dans l’esprit du poète et de qui partage sa foi, l’être est créé par la lumière divine), à cette lumière présidant à la naissance de l’enfant, lorsque l’extrême du temps sera atteint, au moment donc de la mort, se substituera la « lumière nouvelle / Qui la sollicite … », qui sollicite la « prime clarté ».

À l’extrême du temps, « le temps bascule ». Alors, « l’intemporel s’inaugure ». Ce n’est qu’à la toute fin qu’a véritablement lieu le commencement. Alors s’inaugure « la durée immuable » d’un « temps sans patine ». Tel est le « merveilleux extrême » auquel aspire le poète. Maints poèmes le spécifient clairement, qui réfèrent à « l’alchimie du temps / En voie de transfiguration », à « l’intemporel », à « la lumière future » qui resplendira une fois qu’aura été franchi l’extrême du temps.

La boucle alors sera bouclée de cette aventure commencée dans la « prime clarté » et non pas s’achevant, mais entamant un commencement qui n’aura pas de fin, alors que par-delà la mort seront atteintes la lumière et la gloire éternelle : « Mourir ne serait-ce qu’un possible retour / À la naissance, un chemin de traverse / Qui emprunte l’arc-en-ciel ? » Dans l’un des derniers poèmes du livre, le poète écrit : « Vois, tout retourne à la source, / Dans un pur murmure d’enfance. »

Il s’interroge : « Qui ne porte le deuil / De l’éblouissement premier ? » C’est que cela qui s’est entrouvert à la naissance progressivement en vient à s’éclipser, l’enfant s’éloignant peu à peu de la « prime clarté » : « L’enfant, plus exalté / Que conscient, entrouvre / Le temps où s’élargit l’horizon / Et se pointent les sommets. / Ébahi, il découvre la voie qui lui est due / Par alliance, creuse à sa guise le matin, / En quête de la lumière native / Qui marque ses nombres, son méridien. »

Mais ce « commerce des merveilles » propre aux « primes années » finit par s’étioler. Il le faut constamment raviver, veiller sur ce feu, ce buisson ardent, afin d’en préserver la flamme ; il faut procéder avec ardeur et ferveur. Ouellette parle du « prime brasier ». Il lutte contre les forces hostiles qui conspirent à l’éteindre, à commencer par les forces en lui de ses propres manquements ou abattements de désespérance et de faiblesse. À quoi s’ajoutent par moments les sarcasmes de ceux qui en viennent à ridiculiser sa quête, car cette quête, aux yeux de plusieurs, ne serait qu’une chimère, un rêve passéiste qu’il convient de reléguer aux oubliettes.

Le poète est conscient des critiques que sa démarche lui fait encourir. Comme s’il prêtait le flanc à ces réserves, à ces reproches, il donne à l’un de ses poèmes le titre de « Psaume inactuel ». Il n’en aspire pas moins à son but ultime, toutefois il admet que « le maître-Verbe / […] paraît bien en retard sur le temps. » Ce temps peut ici être entendu d’au moins deux manières. Les vers se lisent ainsi : « Vienne le maître-Verbe / Qui paraît bien en retard sur le temps. » En fait, le poète attend depuis longtemps le moment où adviendra enfin le temps de la totale embellie, le temps où il entrera enfin dans la « durée immuable ». Ce temps est en quelque sorte en retard sur l’impatience du poète, sur son attente qui tarde à être récompensée. C’est le premier sens de ce temps. Le temps est en retard.

 La seconde signification pourrait bien être celle de la désuétude de tout ce qui a trait au « maître-Verbe », qui aux yeux des contempteurs ou des froids indifférents ne saurait qu’appartenir au passé, Dieu pour eux étant mort depuis belle lurette.

Les temps changent. Ouellette a beau ne pas prêcher, sa parole aujourd’hui, avec ce « Psaume inactuel » et les quelques 350 poèmes de ce recueil et les centaines des autres recueils écrits depuis le début du siècle, semble se perdre dans le désert. Pourquoi ? Pourquoi une œuvre aussi singulière échappe-t-elle à ses contemporains ? Je ne sais trop quel accueil a été réservé à ces gros ouvrages de poésie, entre autres à celui-ci. Je ne puis pour l’instant que conjecturer. Je vérifierai éventuellement s’il en fut ainsi, mais je crois pouvoir deviner qu’on n’a pas fait grand cas de cette somme considérable, de cette œuvre monumentale, pour au moins les deux raisons suivantes.

La première est relative au temps qui passe, apportant son lot de changements. Fernand Ouellette a profondément marqué son époque. Il a appartenu à la génération qui a tenté de faire du Québec ce que le Québec aurait pu devenir et, dans une moindre mesure, ce qu’il est toutefois devenu. Miron assurément  fut l’un des chantres majeurs de la libération du Québec, Ouellette dans une certaine mesure a lui aussi chanté le pays. Mais au nombre de ses accomplissements, il y aurait tant à ajouter, à commencer par son œuvre poétique. Tout comme un Paul-Marie Lapointe et un Roland Giguère, il a inauguré une ère nouvelle en poésie, contribué à créer un nouveau langage poétique. Ses premières œuvres, de Séquences de l’aile à Dans le sombre, sont à la poésie ce que fut la musique contemporaine de son ami Gilles Tremblay ou de Varèse à qui il consacra une importante biographie. Ouellette était alors un contemporain, un moderne. Il expérimentait, créait des formes nouvelles, audacieuses.

Puis, à la génération de l’Hexagone succéda celle de la Nouvelle Barre du Jour et des Herbes rouges. Les temps changeaient, qui depuis ont encore et encore changé. D’autres poètes aujourd’hui occupent l’avant-scène littéraire.

La seconde explication de la relative éclipse frappant les ouvrages du poète a trait à la foi, laquelle, depuis avant même la publication de Je serai l’Amour (1996), détermine la démarche du poète et alimente chacune de ses œuvres. Dans À l’extrême du temps, Ouellette évoque « les rites d’hier / Déjà anachroniques » que « rageusement rejette notre époque ». Les lecteurs et lectrices qui ne partagent pas la foi de l’auteur se tiennent loin de ses ouvrages. C’est là un sujet qui les indiffère ou même les révulse. À la mainmise de L’Église sur le Québec d’antan qui, avec la Révolution tranquille, en est venu à lui tourner le dos se sont ajoutés les nombreux scandales venus miner la crédibilité des hommes de robe. Au fur et à mesure qu’étaient découverts de nouveaux charniers, un dégoût quasi généralisé allait bientôt s’accentuer à l’endroit de l’Église. On peut comprendre ce phénomène. Il n’en repose pas moins sur un glissement, une confusion. Je ne m’étendrai pas sur cette méprise, elle est de l’ordre de l’association, pour ne pas dire de la confusion, d’idées. En un mot, les prêtres ayant commis des crimes de nature sexuelle ne sont pas plus représentatifs de la foi que les fous de Dieu, dont les actions, mille fois condamnables lorsqu’ils en viennent à tuer en son nom, sont loin de faire honneur à leur religion. Quoiqu’il en soit, par les temps qui courent, la foi ne semble pas être le sujet de prédilection des amateurs de poésie. Tout se passe comme si le sujet traité dans un ouvrage à lui seul suffisait pour en venir à juger de sa valeur. Cela me fait penser à la réaction d’un ami à qui j’avais offert un exemplaire de L’École des chiens, un récit hautement personnel où je célébrais la mémoire d’un être cher, un simple chien, voilà tout ce que c’était.

Un groupe tout à l’heure était là sur la grève,
Regardant quelque chose à terre : « Un chien qui crève ! »
M’ont crié des enfants ; voilà tout ce que c’est !
Et j’ai vu sous leurs pieds un vieux chien qui gisait.

Victor Hugo

Mon ami tardait à me donner signe de vie. Des semaines passaient sans qu’il me glissât un mot sur ce petit livre dans lequel j’avais mis toute ma douleur, toute mon amitié pour une simple bête. Il fallut bien qu’un jour ou l’autre le chat pour ne pas dire le chien sortît du sac. Voilà. Mon ami eut la franchise de m’avouer qu’il n’aimait pas les chiens. Bref, pour cette raison, il n’aimait pas mon livre.

On aura compris. Un homme, ici Fernand Ouellette, met toute son âme ou, si l’on préfère tout son esprit, dans ses livres, et en raison de la foi qui animent leurs pages, parce qu’on ne partage pas cette foi, on se détourne de la poésie qui en témoigne.

Ouellette a beau déclarer être non pas un poète chrétien, mais un chrétien poète, il n’en demeure pas moins un poète, et un poète de taille. Mais, ce serait amputer sa démarche que de ne s’attacher qu’à la poéticité du travail qu’il accomplit. Il n’en demeure pas moins que ses poèmes ont la plupart du temps une force et une inventivité incroyables et qu’on peut justement les admirer en raison de leur qualité expressive, esthétique, poétique. Mais réduire ces poèmes à leur dimension formelle, évacuer leur fond, c’est peut-être manquer de vivre une expérience marquante. Si bien que l’intérêt que représente l’acte d’écriture chez Ouellette ne réside pas selon moi uniquement en ses productions esthétiques ou strictement formelles, mais bien également et peut-être surtout en cela qu’il accomplit, raconte et explore sur le plan de l’expérience spirituelle. Bref, ce n’est pas en dépit de la foi qui la porte, mais en vertu de celle-ci qu’on peut apprécier à sa juste mesure la poésie de Ouellette. 

À l’extrême du temps est un ouvrage à la fois simple et complexe. On pourrait le résumer en peu de mots. Il réitère au fond une profession de foi. Mais le poète ne la décline pas comme s’il répétait ou commentait les phrases du « Je crois en Dieu ». Il ne cherche pas à mettre en poésie ce qu’un ouvrage de nature discursive véhiculerait en termes clairs, en communiquant des idées de manière froide et quelque peu abstraite, philosophique ou théologique. Ses poèmes sont de véritables poèmes. Ils émanent du corps désirant d’un homme. Ils sont écrits de manière incarnée au gré des mouvements d’une âme poursuivant son chemin afin d’atteindre l’extrême du temps.

Ce qui est intéressant dans ce livre se trouve donc dans le périple entrepris poétiquement et spirituellement par le poète. Je me faisais cette remarque, je me disais que chaque poème répétait à peu près la même chose. Je n’avais pas tout à fait tort, mais j’avais tout de même tort. Mon impression première me faisait confondre la voix du poète, qui toujours est le même homme, avec ce qu’il exprime. Bien entendu, quand je dis « voix », je parle de ce que l’on pourrait appeler l’idiosyncrasie, le caractère qui est propre à la personne qui s’exprime en puisant forcément dans le même bagage des expressions qui lui sont propres. L’art de Ouellette ne réside pas tant dans la variété des figures auxquelles il recourt, mais bien dans les variations qu’il leur imprime, dans les éclairages nouveaux où il les fait servir. Tout ce bleu, ces promontoires, ces papillons reviennent abondamment dans sa poésie. D’où l’impression de répétitions. Impression qui n’est pas tout à fait fausse, car bien évidemment le poète ne perd jamais de vue cet extrême du temps vers lequel il tend. Mais parcourir sa route n’est pas de tout repos. Des obstacles se dressent devant lui et en lui. Ainsi passe-t-il de l’enchantement au désenchantement. Cette alternance ne se rencontre pas que dans À l’extrême du temps, tous les autres livres de sa seconde et de sa dernière période reprennent ce leitmotiv. C’est que tous ces livres ne forment qu’un seul et même ouvrage, un grand livre écrit au fil des jours par un homme qui s’obstine à se tenir comme il le dit depuis presque toujours dans la verticalité, en vue d’une plus haute verticalité.

Je m’étonne chaque fois de découvrir dans le foisonnement de cette œuvre abondante des poèmes témoignant de la multiplicité des dons de l’auteur. Je ne cesse de découvrir de très beaux poèmes, semblables, mais différents des autres par quelques trouvailles inédites. Puis, je découvre des liens unissant entre eux les différents ouvrages du poète. Par exemple, des poèmes d’À l’extrême du temps reprennent en plus apaisée la rhétorique de l’érotisme amoureux du recueil Dans le sombre ; d’autres pourraient figurer dans Vers l’embellie. Telle cette strophe.

Où que tu sois, ma bien-aimée,
Ne me laisse point partir seul.
Que tu me précèdes, que tu me suives,
Veille, préserve notre voie,
Saisis le relais de notre amour,
Pour qu’ensemble désir contre désir
Nous gravissions l’ultime versant.

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

3 réflexions sur « Fernand Ouellette : À l’extrême du temps : Poésie : Éditions de l’Hexagone : 2013 : 384 pages »

  1. Bonsoir Daniel,

    «Si bien que l’intérêt que représente l’acte d’écriture chez Ouellette ne réside pas selon moi uniquement en ses productions esthétiques ou strictement formelles, mais bien également et peut-être surtout en cela qu’il accomplit, raconte et explore sur le plan de l’expérience spirituelle. Bref, ce n’est pas en dépit de la foi qui la porte, mais en vertu de celle-ci qu’on peut apprécier à sa juste mesure la poésie de Ouellette.»

    Je crois que tu n’avais jamais encore osé aller aussi loin et afficher ton ouverture complète aux deux dimensions ou à l’entièreté de l’oeuvre de Ouellette.
    Voilà c’est fait et bien fait!

    Laurent

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    1. Cher lecteur et ami, tu as tout à fait raison. À mon avis, on ne peut ni ne doit affirmer que F.O. est un grand poète en s’en tenant uniquement aux qualités formelles de ses vers (de son écriture), à la richesse de ses images. Chez plusieurs, il y a un réflexe qui consiste à faire abstraction de ce qu’il « dit », de mettre son témoignage et sa foi sous le boisseau. Ce n’est pas en dépit de l’aspect mystique de sa poésie que celle-ci a de la valeur ou présente de l’intérêt. La foi est le moteur de son écriture depuis plus d’une vingtaine d’années. Ce qu’il a publié en poésie depuis « L’inoubliable » (2005) est toujours marqué par sa foi et ne peut en être détaché.

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