Pierre Nepveu : L’espace caressé par ta voix : Poésie : Éditions du Noroît : 2019

Hugo écrit les vers suivants :

Jeanne parle ; elle dit des choses qu’elle ignore ;
Elle envoie à la mer qui gronde, au bois sonore,
À la nuée, aux fleurs, aux nids, au firmament,
À l’immense nature un doux gazouillement,
Tout un discours, profond peut-être, qu’elle achève
Par un sourire où flotte une âme, où tremble un rêve,
Murmure indistinct, vague, obscur, confus, brouillé.
Dieu, le bon vieux grand-père, écoute émerveillé.

Un siècle et demi après Hugo, c’est, comme on le verra plus loin, en recourant à une sorte de futur antérieur que Nepveu écrit ce qui dans son cas est loin de ressembler à un Art d’être grand-père. À vrai dire, le lien qu’on peut établir avec Hugo ne se situe pas où on pourrait l’attendre, pas dans une candeur faite des émerveillements que procure à qui vieillit une descendance à peine sortie de son berceau. Si le premier pose un regard attendri sur les petits qu’il chérit, le second va bien au-delà du bonheur et des joies que lui offre sa petite-fille. La pensée, le sentiment de Nepveu s’aventurent au-delà du présent où sa petite Lily entame son existence. Le présent du poète déborde, aborde le rivage lointain d’un temps à venir, alors que lui sera diminué, réduit en cendres dans une urne. Or, la petite vivra. Devant cet avenir qui sera le sien, le regard du poète se fait aujourd’hui prospectif, la couve d’affection, se fait précautionneux. Ce faisant, il jauge à l’aune de l’épanouissement où l’enfant s’ouvrira au monde ce qu’il en sera de sa propre finitude, sa fermeture à lui, sa disparition.

Comparer ce nouvel opus au recueil tardif du vieil Hugo, c’est surtout constater que chez le premier les verbes sont encore tout à fait majeurs, ce qui n’est pas le cas avec l’autre. L’un est impressionnant, l’autre négligeable, en tout cas négligé par la postérité, tapi dans l’ombre des Contemplations et autres Feuilles d’automne. C’est aussi constater une nette similitude, non pas de style, mais de qualités expressives et de ressources poétiques. Il y a dans L’espace caressé par ta voix des passages où les vers sont en effet comparables à ce que Hugo çà et là a écrit de plus beau, notamment sur le sentiment de sa fin, que même dans sa prime jeunesse le poète sut exprimer de manière remarquable.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi, sous ce soleil joyeux,
Je m’en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux !

Victor Hugo publie ces vers alors qu’il n’a que 27 ans. Nepveu aujourd’hui n’est plus un jeune homme. Il écrit : « … à mesure que la fête s’agrandissait/je retrouvais ma face cachée, celle/qui ne se présentait jamais aux assemblées/et qui faisait le guet derrière mes yeux ». En maints passages de son recueil, une sagesse inquiète, doucement auréolée d’inquiétudes, dans un déclin de lumière, m’émeut et fait songer à ce que chez Hugo on retrouve parfois : une parole qui fait sublime une ombre s’allongeant sur le sol devant soi entrouvert.

J’ai dit plus haut que le poète se projette dans l’avenir. C’est au futur antérieur qu’il s’adresse à sa petite-fille : « tu auras tiré un voile sur le temps gris/pour entrer dans le domaine de l’amour ». Deux citations sont mises en exergue, qui ouvrent l’ouvrage. La première est de Rachel Korn : « Dans les marges de la page/s’enflamme la lumière pourpre/de toutes choses non encore advenues,/de toutes choses qui meurent. » La seconde est puisée chez François Charron. Lorsque je l’ai lue, je l’ai trouvée quelque peu farfelue. Après avoir parcouru une première fois le recueil, cette impression s’est estompée : « Des souvenirs qui épousent mon ombre débarquent du futur. » C’est effectivement ce qui se produit dans les poèmes de ce recueil.

La première section s’intitule « Avenirs ». C’est depuis ce temps du devant de soi que le poète s’adresse à sa petite Lily. Elle est née en 2016. Cela est loin dans mon esprit, mais je songe à André Breton. Est-ce dans L’amour fou ou ailleurs ? Il s’adresse à sa fille Aube. Il termine son texte en lui disant ceci que je n’ai jamais pu oublier : « Je vous souhaite d’être follement aimée. » Or si mon souvenir est bon, cette lettre s’écrivait, elle aussi, au futur antérieur, je veux dire depuis un point situé dans l’avenir. « Avenirs » téléporte donc l’enfant et son grand-père dans le futur : « tu me verras peut-être assis à ma table,/[…] acharné à t’écrire ma dernière lettre,/mon testament des possibles, mon hymne au futur/déjà passé ». La seconde section du recueil s’intitule « Intervalles ». Elle est constituée de 28 poèmes. Je dirai pourquoi je considère que L’espace caressé par ta voix regroupe deux ouvrages distincts et ne constitue pas, à proprement parler, un seul et même ensemble de textes poétiques.

La particularité des livres de poèmes de Nepveu, c’est du moins ce que j’ai constaté chez les plus récents, c’est qu’ils sont conçus de manière tout à fait originale. On me dira qu’on peut en dire tout autant de la grande majorité des livres de poésie. En effet, mais leur originalité repose souvent sur des écarts et des différences comparables. Leurs poèmes sont semblables en cela qu’ils s’éloignent des mêmes normes. Ils ont en commun ce que j’appellerais un même type d’originalité. La poésie de Nepveu procède autrement. Il recourt à une autre méthode. Qu’on songe par exemple à Lignes aériennes. Ce livre évoque l’histoire de l’aéroport de Mirabel. Les poèmes qu’on y trouve prennent appui sur un phénomène de société, un monde concret, pistes d’atterrissage, expropriations, etc. Plus récente, La dureté des matières et de l’eau s’articule autour d’installations, de sculptures exposées en plein air, face au fleuve, à Lachine. L’auteur produit des œuvres qui sont à la fois personnelles et impersonnelles, où de l’intime affleure parmi une réalité sociale commentée, en tout cas jamais occultée.

Avec le recueil qui paraît cet automne, Nepveu réussit un nouveau tour de force, procède encore une fois de manière inattendue, « originale ». Il réalise dans la première partie de son recueil un saut dans le temps qui est particulièrement efficace, qui lui permet d’enjamber dans la temporalité l’espace qui sépare le récent passé de Lily, ainsi que le moment présent où s’écrit le poème, du futur où, en perspective cavalière, la femme adulte sera en mesure de refaire à l’envers le parcours accompli avec son grand-père.

Est-ce là un procédé ? Un artifice ? Une simple trouvaille qui, pour compliquée qu’elle soit, n’a que l’avantage d’une facile séduction ? Évidemment, ce qui pourrait sembler être de l’ordre du jeu obéit ici à une nécessité intérieure, intrinsèque au mouvement de l’âme qui anime le poème tout entier, et au premier chef le poète lui-même. Cette espèce de dédoublement (où deux êtres, une fillette et son grand-père, se métamorphosent en ce qu’ils deviendront) permet au poète d’exprimer de manière pérenne le sentiment qu’il a de la précarité des choses humaines. Plus particulièrement, il sème sur le parcours prochain de la petite les témoins lumineux de ses poèmes, de ses pensées bienveillantes, comme des sentinelles de sa présence, forte même au milieu de son absence à venir.

Le poète voit ce qui sera, par endroits le commente au passé. Son regard traverse le temps dans tous les sens. Ainsi voit-il la petite maintenant presque une femme : « alors je te vois sortir de ta chambre,/fugueuse aux ongles de rubis, oubliant/tes jouets décolorés par l’usage/et tes poupées qui n’ont plus d’yeux, là/par la quatrième porte de ta maison et derrière toi/ton père et ta mère accoudés au vent/qui te voient fréquenter les violences du monde. »

Le poète (le « je » du poème est, n’est pas et est davantage que Nepveu : il est « l’insensé qui crois que je ne suis pas toi » de Hugo), le poète, donc, s’imagine en l’an deux mille trente-quatre : « Mon absence future est remplie de ta voix,/je me demande quelle langue tu parles/et si l’une d’elles te fait rêver quand tu racontes/ton grand-père et la maison aux quatre portes. »

Cette maison aux quatre portes étaye mon propos, à savoir qu’il y a chez Nepveu cette faculté qui le fait s’emparer d’un motif (ici une maison de poupées, celle de l’enfance de Lily) pour élaborer à partir de ce point sa pensée, son discours. Lignes aériennes ou installations dans un espace vert, Nepveu puise dans ces réalités concrètes de quoi nourrir son imaginaire, étoffer sa rêverie ainsi que son propos.

La première partie de ce recueil est fort impressionnante, tout à fait réussie. C’est du solide, de la grande poésie. La palette de l’auteur est large. L’inventivité est au rendez-vous ; la fantaisie par endroits survole des abîmes. J’aimerais formuler les choses autrement, moins platement. Pour dire tout le bien que je pense de cette œuvre, ne sachant faire mieux, qu’il me suffise finalement de laisser tomber cet aveu : en lisant et relisant ces pages, je me suis souvent surpris à entendre mes propres émerveillements, à souffler tout haut des ho ! admiratifs. Je pourrais recopier ici de nombreux poèmes, tous plus forts les uns que les autres, dont les qualités d’écriture sont du plus bel effet. Je me contenterai de donner à lire un des plus brefs.

Quand tu déposes tes mains douces sur la table
un après-midi de mai dans un effluve de soleil
encline à séduire l’humeur des hommes,
n’oublie pas que devant toi celui qui parle
et te dit son amour a connu ses propres angoisses,
qu’il a marché sur des sentiers pauvres et broussailleux
et qu’il doute encore de sa propre substance,
ne crois pas que son corps ne soit que force
quand ses genoux fléchissent et que tous ses creux
implorent, entends sa voix se casser dans les aveux,
elle qui vient d’un silence plus grand
que l’empire des grammaires et des contes
et ses phrases toujours au bord de se rompre
sont les filles d’une tendresse qu’il n’a pas connue,
songe que c’est ce défaut aussi qui le fait homme.

Le titre du recueil vient d’un vers emprunté à la deuxième partie. « Intervalles » s’écrit, s’inscrit dans le temps présent. Curieusement, le grand-père et la petite ont quitté le livre, non pas sur la pointe des pieds, mais subrepticement, en quelque sorte congédiés par l’auteur qui passe maintenant à tout autre chose. Cette fracture m’a étonné. Rupture de ton et de propos, changement d’univers, de réalité. La vie d’un homme n’est pas une. Elle peut être faite de cloisons plus ou moins étanches, d’aventures diverses : elle part parfois dans toutes sortes de directions. Le grand-père affectueux peut donc également être un homme d’âge mûr désirant célébrer l’amour et l’afflux de vie que lui procure la présence de la femme qu’il aime. Il n’en demeure pas moins qu’une unité est rompue, qu’une coupure aurait été en quelque sorte atténuée, si le poète avait proposé cette section en tant que supplément, texte autre, livré à part du premier. La chose est d’autant plus curieuse que le titre du livre provient, comme je l’ai mentionné plus haut, de cette deuxième section. L’espace caressé par la voix n’est pas l’espace de la petite et ce n’est pas non plus sa voix enfantine qui caresse ce nouvel espace. Suis-je pointilleux ? Sans doute le suis-je. Mais loin de moi l’idée de restreindre la portée et la pertinence de ces 28 poèmes. Ils font entendre un autre son de cloche. Ils désorientent d’abord par la dissonance qu’ils introduisent dans le recueil, mais ils entraînent le lecteur dans un nouvel espace, celui où l’amour semble apaiser, réconcilier celui qui a fait « des trous dans le paysage » et qui par moments semble repris par l’ancienne souffrance, tout balloté encore qu’il est dans les « allers-retours du rire/et du sanglot qui [lui] fissure le crâne ».

***

Suite :

Décidément, un livre nous travaille. Un livre travaille en nous, même après et dans certains cas, surtout après qu’on l’ait refermé. Voici que dans ma rêverie s’ouvre à nouveau depuis quelques jours L’espace caressé par ta voix.
Cette sorte de fracture qui m’apparaissait entre les deux parties du recueil, maintenant voilà qu’elle s’atténue et que même j’en viens à perdre la vision que j’avais d’elle. Je me dis, après mûre réflexion, que si la chose est en cet état, c’est que l’auteur en a décidé ainsi, et qu’il savait sans aucun doute ce qu’il faisait. Voici comment maintenant je m’explique la chose.
Le poète a écrit d’abord au futur antérieur, dans l’espace pourrait-on dire de l’après son séjour sur Terre. Il a écrit une lettre à Lily. Puis, se tournant vers la femme aimée, il a entrepris dans l’intervalle (justement Intervalles est le titre de la seconde section de son recueil), d’écrire en se situant dans le présent qui le sépare de l’après.
Autre chose, je tentais sans y parvenir de qualifier cette rigueur qui me paraît être une constante dans ce que je connais de la poésie de Nepveu. Cette rigueur, je l’identifiais comme étant une marque d’originalité, j’aurais pu dire une approche distincte. J’aurais pu parler d’une méthode consistant à joindre le « concret social » (le monde physique) à ce qu’il y a de plus intérieur en nous, nos sentiments, et notamment ceux du poète lui-même. Un autre terme aurait pu également me venir en aide, celui d’unité.
Si une fracture m’arrêtait dans ma lecture, m’imposait de constater que deux œuvres cohabitaient dans le recueil et que l’on aurait eu intérêt à mettre ce phénomène en évidence, c’est que le principe d’unité dans chaque section y est rigoureusement respecté. Or l’auteur en publiant le tout dans un même ouvrage a pris la peine de faire confiance à son lecteur, lui a même fourni dans le titre donné à sa seconde partie une manière d’indice, en tout cas, tout ce qu’il faut pour comprendre que l’ouvrage offre un tout, un ensemble en deux volets : le premier, comme je l’ai dit, écrit à partir du point de vue de l’avenir ; le second, écrit dans cet intervalle qui justement l’en sépare.*

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Auteur : Daniel Guénette

Né le 21 mai 1952, Daniel Guénette est originaire de Montréal. Il a vécu la majeure partie de son existence dans l’arrondissement de Saint-Laurent. Après des études en lettres à l’Université de Montréal, où il obtient un diplôme de maîtrise en création littéraire, il enseigne la littérature au cégep de Granby. En 2011, il prend sa retraite après 34 années d’enseignement. À l’aube de la soixantaine, il renoue avec l’écriture qu’il avait cessé de pratiquer durant près de vingt ans. Il publie chez Triptyque deux recueils de poésie, Traité de l’Incertain en 2013 et Carmen quadratum en 2016, ainsi qu’un récit, L’École des Chiens, en 2015. Dans son œuvre antérieure alternaient ouvrages de poésie (3 titres au Noroît, 2 chez Triptyque) et productions romanesques (3 titres chez Triptyque). Ces ouvrages furent publiés entre 1985 et 1996. L’ensemble fut bien reçu par la critique. À l’occasion du vingtième anniversaire des éditions Triptyque, feu Réginald Martel écrivait : « Et on soupçonne que bien des éditeurs seraient ravis d’inscrire à leur catalogue, parmi quelques auteurs de Triptyque, le nom d’un Daniel Guénette, par exemple. » J. Desraspes a enchanté Jean-Roch Boivin : « Ce roman est un délicieux apéritif, robuste et délicat, son auteur un écrivain de talent et de grands moyens. » Réginald Martel parle d’un roman « qu’on dévore sans reprendre son souffle » ; il salue également la parution des romans qui suivent, se montrant surtout favorable à L’écharpe d’Iris. Pierre Salducci écrit dans Le Devoir un article élogieux sur ce roman : « L’écharpe d’Iris est une réussite, une petite musique qui nous parle de la nature humaine et qu’on n’arrive pas à oublier. Un roman magnifique, un vrai. Pas un phénomène de mode. Pas un produit branché et périssable. Mais de la littérature. Tout simplement. » L’École des Chiens, qui en 2015 marque le retour de l’auteur au récit, a été commentée par divers blogueurs, dont le poète Jacques Gauthier : « Ce beau récit du poète Daniel Guénette évoque, avec pudeur et humilité, les onze années vécues auprès de Max qu’il a dû faire euthanasier à cause d’un cancer. Ils sont rares de tels livres qui traitent si tendrement de la relation entre un homme et son animal de compagnie. Ça parle de vie et de mort, d’attachement et d’amitié, d’enfance et de solitude. » Pour sa part, Topinambulle écrit : « Dans ce très beau récit, un homme apprivoise doucement le deuil de son chien. À la manière de Rousseau, Daniel Guénette nous invite à le suivre dans ses promenades, dans les méandres de ses souvenirs, où l'évocation de l'ami fidèle nous servira de guide. ». Dominic Tardif, dans Le Devoir, 4 juillet 2015 a rendu compte chaleureusement de L’école des chiens. Il a souligné qu’avec ce récit, l’auteur avait produit « de la vraie littérature » : « Plus qu’un livre sur un maître et son animal, L’école des chiens célèbre le pouvoir de l’écriture qui, chez Daniel Guénette, n’aspire pas à remplacer l’en allé, mais bien à en continuer la vie. » Recommandé avec enthousiasme à ses téléspectateurs, L’école des chiens a fait l’objet d’un échange de cadeaux à l’émission LIRE présentée sur ARTV. À partir de 1975, l’auteur a collaboré à diverses revues de littérature à titre de poète et de critique. On a pu lire ses recensions dans la revue Mœbius. Pour l’une d’elles, l’auteur a été finaliste au Prix d’excellence de la SODEP 2016, dans la catégorie Texte d’opinion critique sur une œuvre littéraire ou artistique. Plus récemment, l’auteur a publié deux nouveaux titres en poésie, Varia au Noroît en 2018 et, à l’hiver 2023, La châtaigneraie aux Éditions de la Grenouillère. Pour ce recueil, le poète a été finaliste au Prix d’excellence du webmagazine La Métropole. Dans la recension que réserve à cet ouvrage la revue LQ, le critique Antoine Boisclair écrit: « Ce recueil émouvant, très maîtrisé du point de vue formel, témoigne d’un savoir-faire indéniable. » Le critique et poète français Pierre Perrin écrit dans sa revue trimestrielle de littérature, la revue française « Possibles », ne pas confondre avec la revue québécoise du même nom : « Daniel Guénette a le vers sûr, souvent proche de l’alexandrin, parfois très bref. Il sait restituer une vie, avec sa foudre, ses éclairs, et les moments de calme, voire de communion. La Châtaigneraie constitue un beau recueil presque filial. » Pour sa part, dans Le Ou'tam’si magazine, Nathasha Pemba déclare que « La châtaigneraie est un recueil de poésie qui a l’allure d’un hommage, d’un renouvellement du contrat amical. C’est une poésie ontologique qui va au fond des choses pour faire émerger l’être. Daniel Guénette une fois plus confirme qu’il est poète, le poète de l’amitié, le poète de l’altérité, le poète de l’éternité. » Outre ces recueils de poésie, l’auteur fait paraître quelques nouveaux romans. De Miron, Breton et le mythomane, paru en 2017 à La Grenouillère, Dominic Tardif écrit dans Le Devoir : « Chronique des glorioles imaginaires d’un grand taquin aimant (se) conter des histoires et fabuler une légendaire vie d’aventures, Miron, Breton et le mythomane est le carton d’invitation d’une fête organisée en l’honneur du mensonge auquel s’abreuve n’importe quelle forme de littérature digne de ce nom. » Pour sa part, Dédé blanc-bec reçoit dans Nuit Blanche un commentaire signé Gaétan Bélanger : « Le ton poétique empreint d’humour et de nostalgie adopté par l’auteur rend extrêmement agréable la lecture de ce roman émouvant. Il faut préciser que, tout d’abord, il est un peu déroutant de suivre les bonds fréquents de la narration dans le temps. Plus que de simples digressions, elles donnent parfois l’impression que l’auteur saute du coq à l’âne pour revenir aux mêmes événements, observés sous un angle différent. Mais on s’habitue vite à cette manière ou à ce style et on l’apprécie pour son originalité. Voilà donc un roman au texte minutieusement poli et se démarquant par sa qualité et son audace. » Vierge folle est le dernier roman de l’auteur. La recension parue dans Culture Hebdo se termine avec ces mots : « Nous vous laissons le soin de découvrir la conclusion. Excellent, est un euphémisme. On a adoré. » Ce roman, sans doute le meilleur de l’auteur, s’il a suscité l’enthousiasme de ses lecteurs n’a guère fait l’objet de recensions sérieuses. Pour des recensions sérieuses, il aura fallu attendre l’hiver 2023. Au billet d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie, se sera ajoutée dans Le Devoir une chronique de Louis Cornellier consacrée non pas à un roman ou un recueil, mais à un essai. Le journaliste y salue d’abord le travail entrepris par l’écrivain sur son blogue : « Fin lecteur de poésie, l’écrivain s’y impose comme un critique raffiné, érudit et amical dont le style, limpide et élégant, s’apparente à celui de la conversation relevée. Ces qualités en font une rareté dans le paysage littéraire québécois. » Puis, il rend compte de l’essai : « Dans Le complexe d’Orphée (Nota bene, 2023, 186 pages), l’écrivain se fait plus essayiste que critique en proposant « une manière de promenade » dans laquelle il tente « de saisir la nature de la poésie ». Fidèle à son approche modeste et exploratoire, il déambule en compagnie des poètes et penseurs qu’il aime afin de délimiter son objet, tout en cultivant le souci de ne pas l’enfermer. » Il conclut sa chronique en ces termes : « Partisan des « poèmes limpides » qui disent de « simples vérités », Guénette trouve dans la poésie un antidote « à l’endormissement de [ses] facultés » ou, comme l’écrit Valéry, un discours « chargé de plus de sens, et mêlé de plus de musique, que le langage ordinaire n’en porte et n’en peut porter ». Fénelon aurait aimé ce livre admirable. » La conclusion de l’article d’Antoine Boisclair portant sur La châtaigneraie était elle aussi plutôt réjouissante : « Romancier accompli (son dernier récit, Vierge folle, est paru en 2021 aux éditions de La Grenouillère), critique littéraire important (son blogue, intitulé Dédé blanc-bec, offre des comptes rendus très étoffés sur des publications québécoises), Daniel Guénette est aussi un poète qui mérite toute notre attention. »

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